Pour 7 Belges sur 10, vapoter, c’est aussi mauvais que fumer selon une étude commandée par la British American Tobacco

C’est la conclusion d’un récent sondage mené par le bureau d’études iVOX auprès de 1000 Belges et 300 vapoteurs pour le compte de la BAT. Une conclusion qui ne fait pas les affaires de ce géant de la production de tabac et cigarettes, qui produit aussi sa propre cigarette électronique.

Même si "cette image négative s’est légèrement améliorée par rapport à 2019. 69,9% des personnes interrogées pensaient alors que le vapotage est au moins aussi nocif que le tabagisme".

74% des Belges pour une législation plus stricte

En 2019 également 69,9% des Belges estimaient que le vapotage était dangereux et 74% réclamaient une législation plus stricte".

Du côté de la Fondation contre le Cancer (FCC), qui a commandé, aussi en 2019, une étude (3100 Belges de plus de 15 ans interrogés) sur le tabagisme et sur la cigarette électronique, on relevait également une méfiance des fumeurs quant à la cigarette électronique : 37% étaient d’avis que la cigarette électronique est aussi mauvaise, voire plus mauvaise, que d’autres produits du tabac.

"Forcément", note Suzanne Gabriëls, chargée de la prévention tabac à la FCC "Les professionnels de la santé sont réticents… Difficile pour des médecins ou pharmaciens d’oser conseiller un produit qui n’a pas encore parcouru toutes les étapes exigées pour les médicaments. Et l’e-cigarette est souvent vue d’un angle négatif dans la presse".

Contre l’avis des scientifiques

Les personnes sondées, s’émeut la BAT, rejetteraient ainsi "l’avis des scientifiques et organismes de santé qui considèrent que la cigarette électronique est moins nocive que le tabac et représente un outil d’aide au sevrage tabagique", soulignant que "plusieurs gouvernements de pays comme le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande encouragent aussi activement le vapotage en vue de réduire le tabagisme.

L’organisation gouvernementale britannique Public Health England a conclu que le vapotage est jusqu’à 95% moins nocif que le tabagisme".

La British American Tobacco ajoute encore que chez nous, "Tabacstop et la Fondation contre le Cancer ne sont pas contre le vapotage lorsqu’il aide au sevrage tabagique des adultes."

Seulement pour le sevrage

"Exact", dit-on à la Fondation : "on peut conseiller le passage à l’e-cigarette dans le cas d’un sevrage tabagique mais uniquement dans ce cas. La plupart des utilisateurs déclarent qu’ils utilisent la cigarette électronique pour réduire leur consommation ou arrêter de fumer.

Certains fumeurs parviennent à réduire leur consommation de cigarettes normales, mais continuent néanmoins à fumer. L’e-cigarette n’est un bon outil alternatif de sevrage tabagique que si on y passe complètement. Il peut réduire les envies de fumer, mais la gestuelle reste là".

E-cigarette + patch

En effet, si la cigarette électronique peut aider à la désintoxication physique de la nicotine, les aspects psychologiques et comportementaux de la dépendance doivent également être pris en compte. "Un tabacologue peut alors vous aider, mais il ne faut surtout pas combiner les deux. Il vaut mieux, si on est un gros fumeur, combiner l’e-cigarette avec des patchs à la nicotine pour un meilleur dosage".


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Achats en ligne malgré l’interdiction

L’étude commandée par la BAT met en lumière un autre fait frappant : la moitié des 300 vapoteurs belges interrogés (50,4%) ont déclaré avoir acheté des produits de vapotage sur Internet.

Or, en Belgique, il est interdit de vendre en ligne des produits de vapotage contenant de la nicotine. Il est toutefois permis de commander en ligne des produits liés au vapotage, puis de les réceptionner dans un magasin physique.

La nicotine est une drogue dure

Passer outre l’interdiction, note encore Suzanne Gabriëls de la FCC, "c’est certainement par facilité, et parfois pour des questions de distance, n’ayant pas toujours un magasin spécialisé à proximité. La nicotine est une drogue dure. Pour les consommateurs qui se sentent incapables d’arrêter tout est bon pour trouver leur dose de nicotine. Et le confinement a sans doute augmenté cela !"

Si 20,6% des sondés sont passés par un site Internet belge, 18% ont aussi fait leurs achats dans une boutique en ligne étrangère. De plus, 18% des personnes interrogées ne connaissaient pas l’origine du site Internet, ajoute encore la BAT.

Concurrence déloyale

" Comme nous sommes autorisés à vendre nos produits de vapotage à de nombreux endroits, comme dans les supermarchés, librairies, stations-service et magasins de vapotage, nous pensons que nous devrions également pouvoir les vendre en ligne à des adultes", plaide le géant du tabac. "Si cette interdiction est maintenue, nous demandons au gouvernement fédéral de prendre des mesures plus strictes pour protéger nos magasins de cette concurrence déloyale et illégale de l’étranger. "


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A la Fondation, on relève surtout que la BAT "reste dans le business des addictions. Elle continue dans les autres pays (où les règles de publicité sont moins sévères) de promouvoir les cigarettes classiques. Ce discours de reconversion est " window dressing"; un essai de "sauver les meubles ".

Mais les cigarettiers s’en sortent bien au niveau financier. La crise COVID les aide probablement. Les fumeurs qu’ils perdent dans les pays riches, ils les récupèrent dans des continents pauvres".

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