Port du voile dans un service public : neutralité inclusive ou exclusive ? Deux méthodes opposées pour un même objectif

Faut-il bannir les signes religieux visibles des services publics ? Le tribunal du travail de Bruxelles a récemment condamné la Stib pour discrimination envers une jeune femme qui portait le foulard islamique. Une info qui relance le débat autour de la neutralité de l’Etat.

C’est un débat qui secoue en effet la Belgique depuis bien longtemps, comme en témoigne ce tweet d’un de nos confrères du journal Le Soir : il y a plus de 30 ans, le débat faisait déjà la Une du journal belge.

Et pourtant, il y a bien des solutions qui sont proposées par les différents partis. Toutes convergent vers un même but affiché : lutter contre les discriminations. Elles misent sur la neutralité, un principe de base en Belgique. Elle implique que notre pays reconnaît et finance plusieurs religions et le courant laïque.

Le hic, c’est que nos représentants n’ont pas la même vision de cette notion : les uns prônent une neutralité "inclusive", les autres une neutralité "exclusive". Quèsaco ? On vous explique.

Accepter l’expression de toutes les confessions

La première vision, soutenue par exemple par Ecolo, certains membres de Groen et certains socialistes, c’est la neutralité inclusive. Dans ce modèle, on estime que pour que l’État soit neutre, il doit accepter l’expression de toutes les confessions tant que la neutralité du service est garantie. Ainsi, il est possible de porter le voile mais aussi un pendentif avec une croix ou une kippa.

C’est le modèle qu’a par exemple choisi la firme Ikea. "C’est un plus d’avoir la culture qui représente nos clients, explique Richard Jimenez, directeur d’Ikea Anderlercht. Et puis, de s’enrichir des horizons des uns et des autres et de leurs origines."

La neutralité, c’est ne rien montrer

Deuxième vision totalement opposée à la première : la neutralité exclusive. Elle est soutenue entre autres par DéFI, par le MR et l’Open VLD. Dans ce modèle, tous les signes convictionnels sont interdits, que vous soyez en contact avec le public ou non. Donc, pas de kippa, pas de croix, pas de voile, rien.

C’est le modèle qui s’appliquait jusqu’ici à la Stib et pour lequel la société de transport bruxelloise a été condamnée pour discrimination. Or, c’est bien le but poursuivi avec cette méthode. Comme quoi, tout est question de perspective.

La justice elle-même n’est d’ailleurs pas unanime. La jurisprudence, autrement dit, les décisions de justice déjà rendues par le passé, part dans tous les sens en donnant parfois raison aux uns, parfois raison aux autres.

Que le politique se positionne

Aujourd’hui, des voix s’élèvent donc pour demander aux politiques de faire preuve de courage, de se positionner clairement sur cette notion de neutralité. Car si la patate chaude est refilée aux entreprises publiques, c’est parce que la notion de neutralité, présente dans nos textes législatifs, n’y est définie ni par le fédéral ni par les Régions ni par les Communautés.

Ainsi, les administrations, les organismes publics, les communes ou encore les pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel sont livrés à eux-mêmes. Et en bout de course, c’est le citoyen qui est tributaire.

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