Port du voile dans les services publics : parfois, "un signe religieux ne devient-il pas un signe politique ?"

C’est l’histoire d’une jeune femme qui cherche du travail. Elle s’adresse à des agences d’intérim, et en décembre 2015, elle postule à la STIB, la société de transports publics bruxellois. La jeune candidate disposerait des compétences requises pour accéder à un poste administratif interne, que la société cherche, elle, à remplir. Mais, à deux reprises, en décembre 2015 et en janvier 2016, elle est refoulée, car elle porte le foulard. La jeune femme pourtant se présente à l’entretien d’embauche de l’agence d’intérim avec un léger turban. Mais la STIB, lui répond-on, veut appliquer à la lettre sa politique de neutralité exclusive, c’est-à-dire qu’en aucun cas, les signes convictionnels ne doivent être visibles au travail.

La jeune femme n’est pas d’accord, car elle estime être victime de discrimination en tant que musulmane et en tant que femme. La question va donc être portée devant le Tribunal du travail de Bruxelles, et le 3 mai dernier, la justice va lui donner raison, cela malgré les dénégations de la STIB concernant les accusations de discrimination. Selon le tribunal, la société de transports public n’a pas à appliquer ce principe de neutralité exclusive.

Faut-il bannir les signes religieux des services publics ? La neutralité doit être inclusive ou exclusive ? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités : Farida TAHAR, députée bruxelloise Ecolo et sénatrice et François DE SMET, président de DéFI.
 

"Cette décision est conforme à la loi anti-discrimination", commente Farida Tahar ; la STIB doit donc revoir sa politique de recrutement, pour qu’elle soit à l’image de la société bruxelloise ajoute l’élue Ecolo. Au lieu de stigmatiser un signe convictionnel – "ne nous trompons pas, il s’agit du foulard islamique" et pas d’autre chose ajoute-t-elle – "c’est la mise à l’emploi qui doit être visée" et c’est cela la préoccupation du citoyen. "Moins de 10% du personnel de la STIB sont des femmes", et celles-ci sont doublement victimes donc, à la différence des hommes dont l’appartenance religieuse n’est pas sanctionnée.

Faire appel?

François De Smet, pour sa part, estime, lui que la STIB devrait faire appel de cette décision : "Parce que la STIB, c’est le premier employeur de la Région bruxelloise, et c’est une entreprise publique qui a une politique de diversité qui a fait sa renommée, ils ont une politique inclusive en termes d’emploi. Et surtout, à suivre ce jugement, il serait impossible d’avoir la moindre politique de neutralité dans quelque service public que ce soit", même si la liberté de religion, dit-il, est fondamentale pour son parti, "l’idée qu’il faut un socle de valeur ou un espace un peu sacré où aucune conviction n’ait droit de cité" est fondamentale.

François De Smet ajoute qu’il ne faut pas mélanger discrimination et laïcité, même si ces discriminations existent bien. ''Est-ce qu’un signe religieux ne devient pas parfois un signe politique ?" lorsque la personne concernée explique qu’elle ne peut pas retirer son foulard pendant quelques heures, demande-t-il.

 

Pour Farida Tahar, "il ne faut pas y voir un attachement quelconque", c’est le fait de limiter l’émancipation des femmes qui est important. Derrière cette question, c’est la question de l’islam dans notre société qui est posée. Et les femmes en paient le prix.

 

 

L'"uniforme du service public" peut-il être neutre ?

"L’uniforme du service public" doit être la neutralité, estime pour sa part François De Smet. "Quand vous avez une région qui compte 180 nationalités et autant d’origines, il faut que le socle soit solide […] comme le slogan anglais pour la justice, pour être complètement juste il faut qu’elle soit vue comme telle", ajoute-t-il en rappelant que la construction e la neutralité en Belgique a vu le jour "dans le tête à tête entre cléricaux et anticléricaux".

"Je ne crois pas à la neutralité d’apparence, c’est un leurre, réagit Farida Tahar, qui peut prétendre avoir une neutralité d’apparence ? Par contre je suis intransigeante par rapport à l’acte posé au citoyen qui doit être impartial " S’il y a une tentative de prosélytisme ou d’imitation çà la haine, "là il faut punir sévèrement".

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK