Port du masque partout à Bruxelles : responsabilisation de la population ou obligation ?

Voilà bientôt 4 mois (depuis le 26 octobre 2020) que le port du masque est obligatoire sur l’ensemble du territoire de la Région de Bruxelles-Capitale. Une mesure qui avait alors été réinstaurée afin de faire face à l’épidémie de coronavirus. La capitale avait à l’époque pris des mesures additionnelles à celles imposées par le gouvernement fédéral, avec notamment le couvre-feu à 22 heures, la fermeture des magasins à 20 heures, l'interdiction de la consommation d’alcool dans l’espace public ou encore le port du masque généralisé.

Lors du dernier Comité de concertation, Rudi Vervoort, ministre-président de la Région de Bruxelles Capitale a annoncé une rencontre avec, notamment les bourgmestres des 19 communes, ce mercredi matin lors d’un Conseil Régional de Sécurité. Une réunion afin que les différentes mesures en vue de l’assouplissement qui sera un jour d’actualité "se fasse graduellement et en phase avec les ouvertures qui sont prévues…". S’agissant ici des mesures annoncées par le gouvernement fédéral le 5 mars.

Le point sur la situation

Depuis des mois donc, les Bruxellois ne quittent plus leur masque et cela pour la moindre sortie. La mesure prise à l’époque visait certainement la simplicité et éviter les doutes sur lieux où il était réellement nécessaire. Pas de différence que vous soyez seul en rue, aux abords d’une rue commerçante bondée ou dans les transports en commun. Est-ce tenable à long terme ? Si on se promène dans la capitale, les masques sous le menton ou au poignet prêt à être mis en cas de contrôle policier sont nombreux. Cela n’a certainement rien d’idéal. Pourtant, nous sommes nombreux à avoir compris l’importance du masque comme le reste des gestes barrières comme outil de lutte contre le coronavirus.

L’obligation du port du masque

Vincent De Wolf (MR), bourgmestre d’Etterbeek rappelle que sa commune a été la première au mois de mai dernier à imposer le port du masque dans les quartiers densément peuplés ou des zones commerciales où la distance d’un mètre cinquante ne pouvait pas être respectée.

D’autres communes lui ont emboîté le pas. Depuis lors, le port du masque est obligatoire en permanence sur tout le territoire bruxellois. Pour lui, il ne faut pas lever cette mesure : "tant qu’on n’aura pas progressé plus sensiblement dans la vaccination", et certainement pas dans la capitale avec une forte densité de population. Selon le bourgmestre d’Etterbeek, hormis les parcs et les espaces très aérés : "moi je remarque que les gens mettent maintenant le masque. C’est devenu une habitude… Moi je ne bougerais pas cette mesure-là".

Par ailleurs, cela deviendrait kafkaïen de déterminer quand il faut mettre le masque ou pas. En résumé, dans une ville qui compte plus de 1,2 millions habitants, la mesure se justifie, d’autant plus avec la présence du variant britannique.


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Quant au fait que la situation peut sembler grotesque lorsque l’on promène son chien seul le soir, Vincent De Wolf rappelle qu’il y a actuellement un couvre-feu et que l’essentiel des mouvements de population se fait en journée, pendant les heures de pointe et jusqu’à 21 heures. A choisir, il aimerait que l’heure du couvre-feu soit harmonisée avec la Wallonie, à savoir, de minuit à 5 heures du matin.

Ce n’est pas le masque qui revient le plus. C’est la vie sociale, la vie culturelle

Autre son de cloche, celui du bourgmestre de Saint-Josse, Emir Kir. La commune avait elle aussi rendu obligatoire le port du masque dans les zones commerçantes et plus tard aux abords des établissements scolaires. Selon lui : "ce que les gens n’aiment plus ce sont les différences." La lisibilité des mesures est importante, son premier réflexe serait de les harmoniser avec le reste du pays (couvre-feu, port du masque, etc.). Quant au port du masque : "ce n’est pas le masque qui revient le plus. C’est la vie sociale, la vie culturelle".

L'aspect psychologique

Pour Yves Coppieters, l’obligation du port du masque obligatoire en extérieur était nécessaire et était une stratégie de sensibilisation intéressante il y a 4 mois. "Il fallait faire passer des messages forts dans la population [...] Il n’y a aucun moment où on peut se relâcher par rapport aux gestes barrières". Et cela en raison de l’augmentation des nouveaux cas à l’époque.

Mais pour le professeur de Santé publique à l’ULB, on s’est aussi vite rendu compte que porter ce masque dans toutes les situations de la vie bruxelloise "n’avait pas beaucoup de sens. Puisque fatalement, lorsque vous n’êtes pas à proximité d’autres, vous n’êtes pas à risque".

Le fait que cette mesure s’inscrive dans le temps, sans y mettre des nuances par rapport à des situations à moindre risque, "c’est là que l’on perd l’adhésion […] C’est comme si on n’osait pas remettre en cause la stratégie. Et ça, je pense que c’est une erreur". Yves Coppieters fait le parallèle avec la bulle d’une personne autorisée dans un foyer à l’intérieur. Une mesure forte et nécessaire à l’époque : "mais la laisser dans le temps n’a pas de sens parce qu’elle n’est pas cohérente dans toutes les situations de vie de tout un chacun".

Yves Coppieters rappelle que le facteur de risque n’est pas réellement à l’extérieur. Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19 ne disait pas autre chose avant le dernier Comité de concertation ce vendredi 5 mars : "Toutes les recherches montrent que le risque de contamination à l’extérieur est moindre qu’à l’intérieur […] La plupart de ces recherches aboutissent à un risque d’infection qui est de l’ordre de 10 à 20 fois plus bas" en plein air. Le risque se situe plutôt dans des foules à l’extérieur, à proximité d’autres personnes qui n’auraient pas le masque, notamment dans les rues commerçantes, "et là, c’est clair qu’on augmente le risque de transmission", précise le professeur de santé publique. D’autant qu’avec les variants actuels, la contamination est plus facile et plus forte et qu’à l’extérieur le virus aurait plus de chances de se transmettre d’une personne à l’autre si le masque n’est pas porté.


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On l’a bien compris, lors de l’application de cette mesure, il était question de faire passer un message fort. Les entrées et sorties dans des zones à risque compliquent la situation, il est donc plus simple de l’imposer partout.

En revanche, "cela ne peut marcher qu’à court terme, dans une situation aiguë, mais cela ne peut pas s’inscrire dans le temps", observe Yves Coppieters. Il est difficile de garder l’adhésion à de telles mesures ou à des situations où les gens "ne comprennent pas eux-mêmes l’utilité de la mesure de protection".

Responsabiliser la population

Pour le professeur de Santé publique, il faut être capable de responsabiliser les gens. Être conscient que le masque est obligatoire dans certains lieux, les zones commerçantes, par exemple, "et en dehors de cela il faut donner la pleine responsabilité aux gens lorsqu’ils se sentent en danger".

Porter le masque dans de nombreuses situations restera probablement la norme encore un certain temps. Habituer les personnes à l’utiliser de façon responsable, lorsque cela est nécessaire pour les autres et pour soit. 

Manipuler un masque

Responsabiliser, avoir les bons réflexes, d’accord. Mais comment manipuler le masque ? L’OMS, l’Organisation mondial de la santé, a publié sur son site des recommandations pour une utilisation en toute sécurité des différents masques. Quelles sont les probabilités de se contaminer lorsque l’on touche le masque avec ses mains ? La charge virale est-elle suffisante pour nous contaminer ? Le docteur Anne Simon, médecin spécialiste en prévention et contrôle de l’infection pour le groupe hospitalier Jolimont insiste sur l’importance de mettre un masque lorsque la distance physique ne peut pas être respectée. Si elle reconnait que le risque de transmission est moindre à l’extérieur, elle rappelle que : "vous savez que ce n’est pas zéro". Pour cette spécialiste, si effectivement se promener seul ne fait pas courir de risques à beaucoup de monde, "mais qui me dit que dans 30 secondes je ne vais pas rencontrer un grand groupe de personnes. Et là qu’est-ce que je fais si je n’ai pas mon masque ?". La suite est connue. On prend son masque dans sa poche qui n’est peut-être plus très propre. Si on n’a pas la possibilité de se laver les mains, on les contamine "je peux très bien me contaminer moi-même. […] Observez combien de fois vous touchez votre visage, vos yeux, c’est vraiment impressionnant". Pour cette spécialiste en prévention et contrôle de l’infection, il est important d’anticiper les risques. Porter son masque en permanence permet d’être protégé et de protéger les autres quoi qu’il advienne et limite aussi la manipulation du masque.

Carole Schirvel, médecin hygiéniste pour le groupe Chirec ne dit pas autre chose : "Le laisser sur son visage en permanence permet en effet de moins toucher le masque: au plus on manipule le masque, au plus on augmente le risque de se contaminer". Elle donne, par ailleurs, ce conseil au moment de retirer son masque pour le ranger : "il vaut mieux le mettre dans une enveloppe ou un sachet en papier réservé à cet usage. Il ne faut jamais toucher le masque en dehors des élastiques et ne jamais toucher l'extérieur du masque".

Pour Anne Simon, le risque d’être contaminé en manipulant son masque est réel si on a croisé une personne infectée. Elle rappelle qu’une fois les mains contaminées "vous vous touchez le visage, le nez et les yeux. Vous pouvez être contaminés". Pour conclure, elle espère que toutes ces mesures mises en place pour contrer le coronavirus pourront être appliquées aussi à l’avenir lorsqu’ "en hiver, lorsqu’ils toussent, le fait de mettre un masque va probablement bien protéger le reste de la population, même en dehors de l’épidémie Covid. Moi, je crois que ce sont des choses qui doivent rester".

Comité de concertation du 05/03/2021: mesures complémentaires à Bruxelles

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