Port du masque : et si cela améliorait notre communication avec les autres ?

Port du masque : et si cela améliorait notre communication avec les autres ?
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Port du masque : et si cela améliorait notre communication avec les autres ? - © Photo by Vera Davidova on Unsplash

Depuis plus de 6 mois, "vivons heureux, vivons masqués" est devenu un slogan mondial. Avec ces accessoires nouveaux sur nos visages, des milliers de moitiés de visages se sont effacées. Mais alors que la bouche est le principal moyen de communiquer avec les autres, les masques nous empêchent-ils vraiment de communiquer avec les autres ? Si on arrête de voir le verre à moitié vide, il se pourrait même que le masque permette d’accroître notre capacité à partager nos émotions.

Interrogée par CNews, Marie-Nathalie Jauffret, sémiologue et chercheuse en communication confirment que "plus de 80% du message" passe par le langage corporel. Le visage est partie intégrante de notre corps et sans doute la partie où se posent le plus rapidement les regards lorsqu’on cherche à discerner les émotions de la personne en face de nous. "Comme la bouche est cachée et qu’une série de muscles activés par les émotions provoquent des expressions faciales, cela altère une partie de notre communication", observe Olivier Klein, professeur à la Faculté des sciences psychologiques et de l’éducation de l’ULB.

Le visage seul ne suffit pas non plus

Selon le chercheur, une série d’indices sont disponibles pour détecter les émotions, avec ou sans masque. "C’est réducteur de penser que les émotions sont transmises seulement par le bas du visage", ajoute-t-il. Un signe de la main, une posture "bras croisés", une voix qui devient plus grave, … Ces signes sont autant d’éléments qui permettent de comprendre comment se sent notre interlocuteur, ce qu’il cherche à nous dire exactement et quelle est son intention.

Le professeur de l’ULB fait un pas supplémentaire. Selon lui, observer le visage seul peut aussi biaiser notre perception des sentiments d’autrui. "Par exemple, lors de matchs de foot, quand les supporters crient de joie car leur équipe a marqué un but décisif. Leur visage peut parfois paraître dur, "énervé", lorsqu’ils crient. Pourtant quand on analyse l’attitude corporelle globale, on se rend compte que c’est bel et bien de la joie", explique-t-il. Cet exemple montre que se focaliser sur le visage de quelqu’un génère parfois une mauvaise identification de ses émotions.

Adaptation naturelle

Alors pourquoi sommes-nous déstabilisés lorsqu'il s'agit d'entrer en contact avec quelqu'un dont la bouche est masquée par une bande de tissus ou de papier ? "Des études ont montré que les gens traitent les visages non pas par parties mais comme un tout", répond Olivier Klein. C'est cela qui nous empêche parfois de reconnaître quelqu'un lorsqu'il porte le masque. Ou plus simplement lorsqu'on efface une partie de son visage sur un logiciel de retouche photo par exemple.

Mais passée la reconnaissance de la personne, le masque n'aurait, selon cet expert, aucune implication sur la communication car l'être humain est formidable : il compense. "Avec la multitude d'informations dont on dispose, on parvient à compenser ce déficit dans nos interactions. Les yeux, les sourcils mais aussi tous les plis du visage qui s'activent quand on parle sont autant d'indices que nous sommes capables de décrypter. Lorsqu'un canal de communication est bloqué, on compense."


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Comme nous vivons essentiellement masqués lorsque nous sortons de chez nous, on s'adapte. "Avec les moyens du bord", on modifie notre manière de communiquer pour être compris. "C'est la même chose lorsqu'on parle au téléphone, pointe le professeur. Personne ne nous l'a jamais appris pourtant, on change notre voix, on ne parle pas de la même façon que lorsque la personne est face à nous."

Par nature, l'humain n'apprécie pas être amputé de ses émotions. Lorsqu'on sait qu'une partie de notre communication est restreinte, on met tout en oeuvre pour y palier. Le spécialiste donne aussi l'exemple de la communication par SMS où l'on palie l'inconfort de ne pas pouvoir transmettre ses émotions en donnant des indices sur son humeur à son interlocuteurs grâce aux emojis et autres smileys.

D'autres messages

Vous regrettez les sourires échangés avec les passants dans la rue ou dans les transports en commun ? Ils sont toujours là. Les regards participent à partager la bienveillance des gens, même masqués. D’autant qu’Olivier Klein estime que le port du masque participe à communiquer quelque chose de différent. "On porte le masque pour protéger les autres. Cela exprime une solidarité même si cela masque certains indices des émotions. L’effet positif contrebalance l’effet négatif", martèle-t-il.

Le professeur de l’ULB est aussi persuadé que porter le masque permet à tout un chacun d’apprendre à se focaliser encore plus sur des gestes plus subtils que de simples sourires. "Cela donne plus d’ampleur aux différents canaux et nous apprend naturellement à communiquer d’une autre manière puisqu’on aura tendance à utiliser les autres moyens de manière plus expensive", conclut-il. Alors oui, avoir le nez et la bouche coincés dans un morceau de tissu peut être inconfortable mais l’excuse de la difficulté à communiquer et quant à elle, difficile à justifier car au contraire, il améliore notre perception des émotions par d’autres signes. Et qui sait, il en restera peut-être des traces dans la Belgique post-Covid.

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