Polio: quinze volontaires enfermés pour tester un vaccin

Polio: quinze volontaires enfermés pour tester un vaccin
4 images
Polio: quinze volontaires enfermés pour tester un vaccin - © Odile Leherte

C’est une expérience inédite qui débutera ce lundi 22 mai. Pendant 28 jours, quinze volontaires ont accepté d’être enfermés dans un village de containers, construit sur un parking de l’hôpital universitaire d’Anvers, à Edegem. Ce village porte un nom: Poliopolis. Car les volontaires vont tester deux nouveaux candidats vaccins contre la polio.

Le processus de développement du vaccin oral est mené par un consortium international de chercheurs et soutenu par la Fondation Bill & Melinda Gates.

Le village est complètement isolé du monde. Les 66 containers sont surélevés et les canalisations sont reliées à deux citernes où sont stockés et décontaminés tous les déchets produits à l’intérieur du village.

Certains volontaires comptent travailler depuis les containers équipés d’une connexion internet, d’autres sont étudiants et comptent profiter de ces 28 jours pour préparer leurs examens. L'indemnisation pour être enfermés pendant 28 jours pour un essai de vaccin : de 8500  à 10 000 euros.

Les participants ont été scrupuleusement sélectionnés et screenés sur le plan psychologique et médical. Il est interdit de consommer de l’alcool à l’intérieur, pour éviter des débordements et faire en sorte que l’expérience se passe au mieux. Le confort est également maximal, pour rendre l’expérience la moins désagréable possible et éviter que les volontaires ne veuillent quitter les containers en cours de route.

"La loi leur donne le droit de partir, explique Pierre Van Damme, vaccinologue. Mais ce serait très dommageable pour le test. S’ils partent, ils doivent être accompagnés d’une toilette chimique pour éviter que leurs selles ne se retrouvent dans la nature ". Ils doivent aussi avoir un adresse " back up " en Belgique pour y rester le temps que leurs échantillons soient vierges de toute trace vaccinale.

Pourquoi cela se passe-t-il en Belgique ?

Trois raisons expliquent ce choix, selon Pierre Van Damme :

  • Parce que les Belges sont immunisés contre la polio. "Grâce à la vaccination obligatoire, on a une immunité de base très large contre la polio. Plus de 99 % des gens sont vaccinés, protégés. On essaye de réduire tous les risques et ça fait partie d’une volonté de réduction des risques".
  • Parce que la Belgique est réputée au niveau international. "Au niveau de l’agence fédérale, au niveau des commissions d’éthique, qui travaillent de manière très professionnelle et rapide. Ils sont fiables".
  • Parce que la Belgique possède une expertise en vaccinologie. " Et à Anvers, on fait des études vaccinales depuis 30 ans. Tôt ou tard, cela se sait à l’international ".

Pourquoi les participants sont-ils néerlandais ?

Les participants retenus sont quinze volontaires néerlandais de 21 à 49 ans. Les Pays-Bas vaccinent en effet depuis de nombreuses années via le vaccin injectable, alors que la Belgique a utilisé le vaccin oral jusqu’en 2001. " Les adultes en Belgique ont encore reçu le vaccin vivant atténué contre la polio. Ils ont donc des anticorps dans les intestins, contrairement aux adultes néerlandais qui ont reçu le vaccin inactivé par injection. Si pendant la phase de test, les volontaires ont des anticorps dans les intestins, on saura donc qu’ils sont issus de l’expérience qu’on est en train de mener et pas de la vaccination qu’ils ont reçue quand ils étaient enfants ".

Qu’analyseront les chercheurs ?

La polio se transmet via les selles. Chaque jour, les volontaires doivent donc récolter en un échantillon, qui sera envoyé aux Etats Unis pour analyse. On y vérifie s’il y a des traces du virus et si celui-ci connaît des mutations. Il faut que le vaccin élaboré soit le plus stable possible.

A Edegem, les chercheurs observeront aussi les éventuels effets secondaires. " Les participants sont tous vaccinés eux-mêmes contre la polio, ils ne risquent donc pas de développer la maladie. Par contre, ils pourraient avoir une diarrhée, des vomissements, comme ceux observés avec l’ancien vaccin contre la polio".

Pourquoi développer un nouveau vaccin oral contre la polio de type 2 qu’elle a été éradiquée récemment ?

"Parce que l’Organisation mondiale de la santé veut qu’on crée une réserve de vaccins oraux contre la polio de type 2 au cas où le virus réapparaîtrait et qu’il y aurait une épidémie. Et avec le vaccin actuel, une personne sur un million développe la maladie. Nous voulons mettre au point un vaccin plus sûr. Et pourquoi un vaccin oral ? Parce que quand on a une épidémie, on ne vaccine pas quelques personnes, on en vaccine des millions. Et vacciner des millions de personnes avec un vaccin oral, c’est facile, mais avec un vaccin injectable, cela l’est beaucoup moins. Ensuite, on fera la même chose avec un vaccin oral de type 1 et de type 3 ". Pierre Van Damme espère que ces phases-là de développement auront aussi lieu à Edegem.

D’autres expériences pourraient-elles y être menées dans le futur ?

Le village de containers peut accueillir des expériences, des tests pendant deux ans. On pourrait y tester d’autres vaccins, y compris contre des maladies qui se propagent par l’air. " Il suffirait alors de fermer l’accès au jardin, explique Pierre van Damme. La structure est déjà équipée en système de ventilation pour permettre une quarantaine de ce type ". Le vaccinologue évoque les virus d’Ebola ou du Zika. " Evidemment il faudrait encore davantage de mesures de sécurité dans ce cas ".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK