Plusieurs directeurs d'Ubisoft accusés de harcèlement sexuel, le studio de jeu vidéo enquête en interne

Le directeur créatif d'Assassin's Creed Origins, et de Valhalla, a démissionné suite à ces témoignages.
2 images
Le directeur créatif d'Assassin's Creed Origins, et de Valhalla, a démissionné suite à ces témoignages. - © Christian Petersen - AFP

L’éditeur de jeux vidéo Ubisoft, créateur des licences Assassin’s Creed, Far Cry, ou encore Just Dance, a annoncé avoir lancé plusieurs enquêtes internes concernant des allégations de violence et harcèlement sexuel à l’encontre de certains de ses cadres, sur fond de mobilisation depuis plusieurs jours contre le sexisme dans ce milieu encore très masculin, et bercé par une culture misogyne.

Depuis le 19 juin, le monde du jeu vidéo est secoué par une nouvelle vague de révélations de harcèlements et violences sexuels. Déjà en 2019, certaines femmes travaillant dans l’industrie avaient fait part des difficultés à évoluer ou simplement travailler dans certains studios de jeu vidéo, tant la culture de la violence misogyne et homophobe y est encore bien ancrée.

Cette fois, les témoignages se focalisent plus sur les conférences et événements de réseautage dans le milieu, faisant état d’attouchements et de harcèlements sexuels parfois violents. Ce ne sont pas seulement des développeuses qui se livrent, mais aussi des streameuses et des joueuses professionnelles d’e-sport.

Industrie toxique

Parmi les personnes citées, plusieurs cadres de gros studio, notamment Insomniac Games et surtout Ubisoft. Parmi eux, le directeur artistique du prochain Assassin’s Creed, Ashraf Ismail, qui a démissionné après qu’une femme l’a accusé sur Twitter d’avoir entretenu une relation avec elle en lui cachant qu’il était marié (parmi d’autres accusations de harcèlement de fans de la licence). Le responsable marketing du studio, Andrien Gbingie, et le directeur des relations publiques, Stone, ont aussi été plusieurs fois dénoncés.

Des témoignages anonymes d’employés ou d’ex-employés d’Ubisoft visent des cadres des studios de Toronto et Montréal, mais aussi au Brésil, en Bulgarie et aux États-Unis, et concernant parfois des faits remontant à plusieurs années.

"Saoul et enragé", un directeur créatif "a étranglé une employée lors d’une soirée Far Cry (une célèbre franchise d’Ubisoft)", accuse l’un d’eux, qui ajoute que le responsable du studio en question était au courant et "n’a rien fait", la personne visée ayant même obtenu par la suite une promotion.

D’autres témoignages dénoncent une industrie "incroyablement toxique pour les femmes": une ex-employée raconte qu’un collègue lui a demandé une fellation lors d’une soirée alors qu’elle travaillait encore à son bureau, d’autres relatent que tel directeur créatif a "léché le visage" d’une collaboratrice lors d’une autre fête d’entreprise. "J’ai fait l’objet de moqueries lorsque je suis allée voir mon patron pour lui parler de mes problèmes", explique l’une d’elles.

Nous nous engageons à prendre toutes les mesures disciplinaires appropriées

Certains tweets laissent entendre qu’Ubisoft avait connaissance de ces comportements, sans qu’aucune mesure ne soit pourtant prise. Vu l’ampleur des révélations, Ubisoft a publiquement réagi à ces allégations.

"En fonction des conclusions (de ces enquêtes), nous nous engageons à prendre toutes les mesures disciplinaires appropriées", écrit Ubisoft dans un communiqué publié dans la nuit de jeudi à vendredi, en se disant "sincèrement désolé" et "engagé à créer un environnement inclusif et sûr pour nos équipes, nos joueurs et nos communautés".

"Il apparaît clairement aujourd’hui que nous n’avons pas réussi à atteindre cet objectif", admet l’entreprise.

"Nous procédons également à l’audit de nos politiques, procédures et systèmes existants afin de comprendre là où ils ont été défaillants, et de nous assurer que nous puissions mieux prévenir, détecter et punir tout comportement inapproprié", poursuit-elle.

Contacté par l’AFP, Ubisoft n’était pas en mesure d’indiquer si des personnes avaient été mises à pied.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK