Plusieurs causes à la baisse de consommation de médicaments génériques

Des plaquettes de médicaments génériques
Des plaquettes de médicaments génériques - © Philippe Merle

Frilosité des patients, appel à la prudence de l'Académie de médecine, réserves de certains médecins: plusieurs facteurs semblent expliquer la baisse de consommation de médicaments génériques en France constatée par l'Assurance maladie qui espère inverser la tendance.

Le taux de substitution des médicaments originaux (princeps) par des génériques a stagné autour de 72% au mois d'avril après avoir atteint 79% en 2010, selon les données de la Cnam (Caisse nationale d'assurance maladie).

En 2011, les fabricants de génériques ont vendu 614 millions de boîtes de génériques, un chiffre en baisse pour la première fois (-3%).

La France est donc loin de rattraper son retard sur ses voisins européens : le taux de pénétration des génériques était de 23,86% fin 2011 (contre 24,39% fin 2010) contre autour de 60% en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Danemark, en Roumanie, en Bulgarie, ou en Pologne, selon des données du Gemme (association de fabricants de génériques).

Seuls le Portugal, la Belgique, l'Espagne, l'Irlande, l'Italie et la Grèce font moins bien, mais "ils progressent", souligne Catherine Bourienne-Bautista, déléguée générale du Gemme.

"Il y a une propension des médecins français à utiliser davantage de produits brevetés, par rapport à leurs confrères européens : quand une molécule est +génériquée+, son taux de progression s'arrête et sa part sur le marché diminue", affirme-t-elle.

Ces industriels dénoncent la progression des ordonnances portant la mention "NS" (Non substituable) inscrite par les médecins, qui empêche le pharmacien de remplacer le princeps par le médicament générique associé, comme il en a la possibilité depuis 1999.

Mais selon une étude de la Cnam, sur 12.000 ordonnances examinées, seules 4,2% portent cette mention, avec cependant de fortes disparités régionales.

La mention NS est plus utilisée pour le clopidogrel (anti-agrégant plaquettaire, Plavix, 12,6% des ordonnances) et la levothyroxine (hormone thyroïdienne, Levothyrox, 11,7% des ordonnances).

"L'inscription de la mention NS est un phénomène marginal", se défend Michel Chassang, président de la CSMF, principal syndicat de médecins libéraux, qui évoque toutefois les réticences "de plus en plus fortes" des patients.

La mention NS est selon lui utilisée pour répondre à la "fragilité de certains patients comme les personnes âgées ou les malades psychiatriques" qui peuvent être désorientés par l'utilisation d'un générique.

"Pour des personnes âgées, quand vraiment je sais que c'est compliqué, je demande le princeps", témoigne Christine Botte, médecin généraliste à Paris, qui inscrit le reste du temps le nom de la molécule, laissant le choix au pharmacien de proposer le générique.

Par ailleurs, les dosages ne sont pas "superposables" pour certains traitements "dont la marge thérapeutique est étroite", comme l'insuffisance thyroïdienne, estime M. Chassang.

L'Académie de médecine elle-même avait alerté médecins et pharmaciens sur ce point, dans un rapport qui avait alimenté la controverse en février.

L'institution avait alors appelé à la prudence dans l'utilisation des génériques, soulignant qu'ils n'étaient "pas la copie conforme" du médicament original.

Toutefois, la Cnam, qui a économisé 1,4 milliard d'euros en 2011 grâce aux génériques, entend bien enrayer cette baisse, jugeant "atteignable" l'objectif d'un taux de substitution à 85% fin 2012.

Depuis 2011, les médecins généralistes sont rémunérés notamment en fonction de la part de génériques délivrés.


AFP
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