"Plus de radicalisme en Belgique qu'en France" pour le recteur de la Grande Mosquée de Paris

Dalil Boubakeur a critiqué le climat de laisser-faire qui a permis à l'Islam radical de prospérer en France mais aussi, et surtout, en Belgique.
Dalil Boubakeur a critiqué le climat de laisser-faire qui a permis à l'Islam radical de prospérer en France mais aussi, et surtout, en Belgique. - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Dalil Boubakeur incarne en France la figure d'un Islam républicain. Ce vendredi matin, il a tenu des propos remarqués en critiquant le climat de laisser-faire qui a permis à l'Islam radical de prospérer en France mais aussi, et surtout, en Belgique: "Je suis allé plusieurs fois en Belgique. J’étais étonné de voir combien il y a de foulards, de femmes et de garçons complètement endurcis, intégristes, radicaux. J’ai vu du radicalisme en Belgique autant, sinon plus, qu’à Paris".

Lors de ses nombreuses visites et interventions en Belgique, le recteur de la Grande Mosquée de Paris a d’ailleurs observé un auditoire musulman de plus en plus radical: "Dans plusieurs facultés en Belgique, je voyais une assistance musulmane composée par des gens "enfoulardés" et qui ne rêvent que de l’Islam radical. Et puis, petit à petit, l’hostilité est devenue une recherche à faire du mal. On a véritablement laissé l’hostilité grandir".

Reynders nuance

Le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a pris note de ces remarques ce vendredi matin à l’occasion du Conseil des ministres mais tient à nuancer: "Monsieur Dalil Boubakeur n’a pas parlé que d’un problème belge. Il a aussi évoqué la radicalisation en France".

Pas question de nier le problème pour Didier Reynders mais cette radicalisation est globale: "Nous connaissons aussi cet échec de l’intégration dans certains quartiers en Belgique mais ça existe en France. Dalil Boubakeur a aussi cité Paris".

Pour le ministre libéral, la situation exige d'ailleurs des mesures sécuritaires mais aussi un travail pour endiguer le phénomène de radicalisation: "Des efforts vont devoir être faits, c’est certain. En particulier dans l’enseignement".

Pas plus en Belgique qu'en France

Pour Corrine Torrekens, politologue à l'ULB et spécialiste de l'Islam. Il n'y a pas plus de fondamentalisme ou d'hostilité dans un pays plutôt que l'autre: "Il n'y a aucune indication dans les études qui tendraient à démontrer que l'Islam tel qu'il est pratiqué en Belgique soit différent de la manière dont il est vécu en France. Au contraire, les courants actifs en Belgique, comme les courants salafistes par exemple, sont tout aussi actifs en France. Donc cette comparaison n'a pas lieu d'être". 

"Il n'y a pas une seule façon d'être musulman"

Corinne Torrekens ne nie pas qu'il y ait des problèmes de radicalisme chez nous. Mais elle insiste sur l'erreur qui consisterait à globaliser la population de confession musulmane: "Il n'y a pas une seule façon d'être musulman du point de vue de la pratique. Il y a au moins 3 pratiques. Même si c'est paradoxal vu les récents événements, ils ne sont pas le résultat d'une tendance homogène: il y a un véritable bricolage religieux selon l'interprétation donnée au Coran et même l'emploi du temps des individus. Il y a une très forte individualisation de l'identité musulmane en Belgique. Les imams et les prédicateurs ont finalement très peu d'influence dans la construction religieuse".   

"On peut être très conservateur, très pratiquant, et ne poser aucun problème"

La situation est en fait bien plus complexe qu'il n'y parait pour la politologue. Il ne faut pas tout confondre: on peut être très conservateur, très pratiquant, et ne poser aucun problème de radicalisme. Corinne Torrekens précise aussi que la radicalisme ne connait pas de frontières et qu'il est malsain de la part d'un responsable religieux français comme Dalil Boubakeur de dédouaner son pays "alors qu'il faut toujours rappeler que la plupart des responsables des attaques à Paris du 13 novembre étaient de nationalité française".

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