Plus de 1000 hospitalisés en Belgique à cause du coronavirus : où sont-ils ? Combien en soins intensifs ?

1050 personnes présentes dans les hôpitaux belges à cause du Covid-19, c’est une situation que l’on n’avait pas vécue depuis la fin avril, en plein confinement. Avec la grosse différence que ce nombre baissait alors chaque jour, au grand soulagement des soignants, tandis qu’il est aujourd’hui en pleine courbe ascendante, et crée une certaine angoisse parmi le personnel et les responsables hospitaliers.

Mais de nombreuses personnes s’étonnent aussi : dans leur hôpital, ou selon un contact y travaillant, on n’y voit presque plus de patient Covid. Alors, fake news ? Comment expliquer la différence entre ce discours sur les chiffres et certaines perceptions ?

Tâchons d’abord de mettre à plat cette question des hospitalisations, et leur répartition, surtout.

Il y avait donc en date du 7 octobre 1050 personnes hospitalisées en lien avec le Covid-19 en Belgique. Et un nombre de nouvelles admissions de 134. Précisons que ces chiffres sont collectés par Sciensano via une enquête en ligne comprenant deux questionnaires : un sur les informations d’admission et un sur les informations de sortie.

Et contrairement à une idée qui circule sur les réseaux, il ne concerne que les patients dont l’état a été confirmé en laboratoire et qui ont été admis en raison du Covid-19. Les patients qui ont été admis pour une autre raison mais qui ont été testés positifs dans un contexte de dépistage sont enregistrés séparément, ils figurent dans les cas, mais pas dans les admissions.

1050, ça peut paraître beaucoup, mais il y a plus de 100 hôpitaux dits "généraux" en Belgique, c’est-à-dire qui comportent au moins un service d’urgences et un de soins intensifs, ce qui fait donc une moyenne de 10 patients Covid par institution. Mais la répartition se fait bien sûr d’abord sur une base géographique, et les hôpitaux des régions plus touchées accueillent plus de patients.

Bruxelles en tête

Plus d’un quart des patients actuels sont ainsi hospitalisés à Bruxelles : 286. (Au pic de l’épidémie, il y en a eu jusqu’à 938).

A Anvers 194 (965 au pic de l’épidémie)

A Liège 150 (639 au pic de l’épidémie).

En Hainaut : 131 (764 au pic de l’épidémie).

En Flandre orientale 131 (691 au pic de l’épidémie)

En Flandre occidentale 50 (132 au pic de l’épidémie)

En Brabant flamand 41 (344 au pic de l’épidémie)

En Limbourg, province où l’on observe actuellement le plus faible taux d’incidence, et le plus faible taux de positivité : 39 (516 au pic de l’épidémie).

En province de Namur 31 (195 au pic de l’épidémie)

En province de Luxembourg : 13 (125 au pic de l’épidémie)

En Brabant wallon : 11 seulement (71 au pic de l’épidémie)

Comme l’a expliqué Yves Van Laethem en conférence de presse du centre de crise, il faut cependant relativiser les données concernant les Brabant et Bruxelles, car cette répartition est donnée selon les hôpitaux, et non selon les lieux de résidence (au contraire des cas détectés) : or, de nombreux habitants du Brabant wallon, où on enregistre un taux de positivité de 10%, se font soigner à Bruxelles, par exemple.

Il est aussi logique que la province d’Anvers, et ses 1,8 million d’habitants compte plus de patients.

Plus préoccupante est la situation du Hainaut et de Liège. Mais avec 1,3 million d’habitants, et surtout des hôpitaux répartis sur l’ensemble de son territoire, à Charleroi, La Louvière, Mons, Tournai et Mouscron, la pression ne semble pas trop forte sur le Hainaut.

Il en va différemment à Liège, où le virus circule visiblement beaucoup, avec 12,4% de taux de positivité, où le testing n’arrive plus à suivre, et où la part des lits Covid commence à poser un problème, comme l’expliquait Julien Compère dans "Questions en Prime":

"On est dans une situation d’occupation de 85 à 90% liée à la période, et à la récupération de ce qu’on n’a pas pu faire pendant la première vague, et qu’on a encore des patients en revalidation de la première vague. Et ce qu’on a vu, au CHU de Liège, c’est qu’on a quasiment en une semaine triplé le nombre de patients Covid, et donc oui, la situation est extrêmement tendue, et notre préoccupation est de pouvoir gérer l’ensemble des cas, avec le personnel disponible, insuffisant et fatigué. On a donc déjà commencé à déprogrammer des opérations non-urgentes, et c’est déjà un échec ".

Si on prend l’ensemble de la province, ce n’est pas en une semaine mais en trois, que ce nombre a triplé, passant de 53 le 19 septembre aux 150 actuels.

Des traitements plus efficaces

En attendant l’arrivée probable et prochaine d’un vaccin, il n’y a pas encore de traitement miracle mais on connaît certaines avancées, comme l’explique le docteur Martial Moonen, chef de service de médecine interne et des maladies infectieuses au CHR de la Citadelle de Liège : "Depuis quelques semaines maintenant, on utilise plutôt des corticoïdes à faible dose, de la dextamethasone, qui a quand même permis de noter une diminution de la gravité des symptômes et une diminution de la mortalité pour les cas les plus sévères".

Plus d’admissions que de gurisons

C’est un reproche qu’on fait parfois aux médias : ne pas assez parler des guérisons. Bien sûr, un nombre important de patients sortent chaque jour de l’hôpital, de 30 à 90 selon les jours. Mais il est un fait qu’actuellement, on enregistre plus d’admissions que de sorties de l’hôpital, ce qui a pour effet de gonfler leur occupation.

C’est notamment lié que dans les cas hospitalisés, il y a une plus grande proportion de patients plus jeunes, qui s’en sortent, mais parfois après de longues semaines de combat. Dans la première vague, il y avait hélas une plus grande proportion de décès parmi les patients, qui quittaient les statistiques de lits occupés.

Combien en soins intensifs ?

La proportion de patients en soins intensifs ne bouge en fait pas beaucoup : elle est environ d’un patient sur 5, lors de la première vague comme aujourd’hui. Sur les 1050 patients Covid actuels, 201 le sont ainsi aux soins intensifs, et 94 sont sous ventilateur. Ça, par contre, c’est une proportion un peu moindre que lors de la première vague.

La répartition des patients en soins intensifs suit celle des lits occupés : la plus grande part est à Bruxelles (56), Anvers (35), et Liège (29). À nouveau, les 18 patients en soins intensifs du Hainaut sont ventilés de façon que ça ne crée pas de surcharge actuellement.

En conclusion, la hausse des admissions actuelles ne pose pas encore de problème insurmontable aux hôpitaux, mais comme le rappelait Julien Compère, personne ne veut revivre l’horreur de la première vague, et si cette hausse se poursuit, elle aura un impact sur l’ensemble des soins en Belgique.

 

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