Essais cliniques en Belgique: qui sont les cobayes?

Dans ce centre d'essais cliniques, adossé à l’hôpital universitaire Erasme de Bruxelles, on accueille chaque année entre 500 et 1000 volontaires de 18 à 55 ans. La recherche en cours concerne un médicament contre la cirrhose du foie qui n’est pas due à l’alcoolisme. Il s’agit d’une étude de première phase. On administre la pilule, pour la première fois à des humains, dans ce cas-ci, dix volontaires sains. Il s’agit de voir s’il y a des effets toxiques éventuels. Lionnel Cupif est l’un d’entre eux, il séjourne ici avec neuf autres personnes depuis deux semaines, et est sous surveillance rapprochée.

Motivations financières et philosophiques

C’est la 4ème fois qu’il joue les cobayes dans ce centre. Il nous explique que l’aspect financier n’est pas négligeable (environ 120 euros par jour) mais il y a aussi le fait d’apporter sa pierre à la recherche scientifique, lui qui aurait voulu être pompier. Et quand on lui demande s’il a peur pour sa santé, il nous répond que le risque zéro n’existe pas, prenant l’exemple du voyage en avion où il y a parfois des crashs mais il n’y pense pas. Cela s’est toujours bien passé jusqu’ici, conclut-il.

Un de ses compagnons de séjour avouera avoir déjà eu, lors d’un test, quelques boutons pendant quelques jours sans gravité. Ici, par exemple, le nouveau traitement rend le patient photosensible. Alors pour la promenade quotidienne accompagnée par des infirmiers, il faut se tartiner le visage de crème solaire et porter des lunettes noires.

Critères très stricts pour la santé du volontaire

Les critères de l’essai demandés par l’Agence belge du médicament et le Comité de bioéthique sont très stricts. Isabelle Huyghe, le médecin de recherche clinique nous le confirme, ici, tout est très surveillé 24 heures sur 24 : électrocardiogrammes, prises de sang et de la tension… Le volontaire ne fait pas ce qu’il veut. Il doit suivre un régime alimentaire et se soumettre à tous les tests.

Même si des salles de jeu, des espaces "détente" et même une salle de cinéma sont disponibles, on est loin d’être au Club Med. Mais elle l’assure, sans ces volontaires sains, aucune étude clinique ne serait possible et donc il n’y aurait plus aucun nouveau médicament sur le marché.

La Belgique, deuxième au niveau européen pour les essais cliniques

"La Belgique est une des championnes du monde au nombre d’essais cliniques par habitant" affirme le Dr Anne Colzi, la directrice médicale de l’unité. "Ceci est le seul centre en Europe d’étude cliniques de première phase de notre société, l’une des plus importantes multinationales pharmaceutiques du monde (..). Il faut dire que pour obtenir le feu vert de l’agence du médicament, ici, il ne faut que deux semaines, c’est beaucoup plus rapide et moins compliqué que dans les pays voisins (..) On a déjà testé en 25 ans près de 75 nouvelles molécules sans jamais avoir eu de décès ou d’incidents graves".

Essais: des volontaires mais aussi des patients atteints de cancer

Mais il n'y a pas que les labos privés qui font des essais, aux cliniques universitaires St-Luc de Bruxelles, ce ne sont pas des volontaires rémunérés mais des patients atteints de cancer qui bénéficient des progrès de la science. Le professeur François Duhoux, oncologue spécialiste du cancer du sein, explique: "Il faut passer par des étapes d'études cliniques dans lesquelles des patients vont pouvoir bénéficier, en tout premier, de nouvelles molécules, de nouvelles approches thérapeutiques et, très souvent, on constate que grâce à leur participation, on fait non seulement avancer la science mais on est bénéfique pour eux, directement.

Dans notre pays, il y a sept centres d’essais cliniques dont deux financés par des firmes pharmaceutique. En 2016, 1399 essais cliniques ont été menés chez nous, dont plus de 80% par l'industrie pharmaceutique. La Belgique se classe ainsi 2ème au classement européen des tests cliniques par habitant derrière le Danemark. Une étude sur trois concerne la recherche contre le cancer. Chaque année, 170 000 personnes jouent les cobayes. Même si recruter de nouveaux volontaires reste très compliqué.

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