Plaines de jeux: votre enfant s'amuse-t-il en toute sécurité?

Une équipe de contrôleurs visite les aires de jeux, partout en Belgique. Du petit toboggan derrière la pizzeria au pont de singes de Pairi Daiza, ils peuvent tester n'importe quelle attraction. Avec toujours cette question: les normes de sécurité sont-elles respectées? Nous avons suivi un contrôleur sur plusieurs sites.

Vous les avez certainement déjà croisés, ces panneaux "A vos risques et périls" ou "Sous la responsabilité des parents uniquement", à l'entrée d'une plaine de jeux. "C'est tout simplement interdit, et faux!", avertit Benoit Miclotte. expert technique contrôleur au SPF économie. "Que l'accès soit gratuit ou non, l'exploitant doit mettre à disposition des équipements sûrs". Des messages de ce type lui mettent même carrément la puce à l'oreille! "Souvent, cela indique que les normes en vigueur ne sont pas connues. Et donc...régulièrement on détecte des problèmes lors de la visite!"

Sur cette plaine de jeux de la région montoise, pas de mise en garde des parents. Un bon point. Le panneau d'accueil mentionne des numéros d'urgence, un âge limite pour se trouver sur les lieux. "C'est très bien, continuons!" Dans sa mallette, le contrôleur dispose d'une panoplie de gabarits. Chacun représente une partie du corps d'un enfant. "Il y a des yeux, des doigts, des torses, des têtes de différentes tailles". Avec les gabarits de torse et de tête, il va tester un petit pont suspendu. "Il s'agit de vérifier que l'enfant, s'il tombe entre les mailles du filet, ne va pas rester coincé. Donc si le torse passe, il faut que la tête passe. Alors, il se retrouvera dans le sable, il ne courra pas le risque de rester suspendu et peut-être de s'étrangler". Ok de ce côté également, place à une autre simulation, avec le gabarit du globe oculaire. 

"Là, je vais vérifier que si un enfant tombe à côté de ce jeu à poignées, il ne risque pas de se crever l'œil". Le test révèle un problème. La poignée est trop fine, elle pourrait causer des dommages à l'œil d'un enfant. "Il va falloir changer ça", indique le contrôleur à l'ouvrier. "Je précise quand même que ces jeux ont été installés il y a assez longtemps. A l'époque, c'était permis! Mais les normes ont changé, ce qui fait qu'aujourd'hui les poignées ne sont plus conformes". Même problème du côté des chevaux à bascule. Benoit fait démonter les repose-pieds. "On va même mettre du silicone dans les trous laissés par les repose-pieds, pour éviter qu'un petit doigt ne puisse s'y coincer!" L'ouvrier condamne les jeux "problématiques", le temps de procéder aux réparations. "Ils auront un délai d'un mois", précise Benoît. "On note tout, on demande qu'ils modifient, puis on fait des visites de contrôle". 

Sur une plaine de jeux, c'est le toboggan qui fait courir le plus de risques aux enfants. Près d'un tiers des accidents ont lieu sur ce type d'équipement. "Nous avons plusieurs tests à réaliser sur le toboggan. D'abord, celui de la cordelette. Ce test est là pour vérifier qu'une cordelette de manteau ne peut pas se coincer dans une rainure du toboggan. Pas de problème". Il se dirige ensuite vers le bas du toboggan, avec son mètre. "Je mesure la distance entre le bord du toboggan et le sol. Il faut 35 cm maximum". Ici , malheureusement c'est 38. Quel est le risque? "Que l'enfant se tape l'arrière de la tête, et, dans le pire des cas, ait le coup du lapin. Ici, il manque donc 3 centimètres, c'est peu, donc il suffit de mettre un peu de sable. C'est classique, ce problème: les enfants prennent du sable un peu partout pour faire des châteaux, ça creuse des surfaces...

Les surfaces de réception sont très codifiées. Pour les attractions où l'enfant se retrouve suspendu, à 2 mètres de haut, il faut un revêtement très souple, ou du sable. Pour des hauteurs moins importantes, des écorces peuvent suffire, voire même du béton. Le contrôleur constate les manquements. Prépare un rapport.

"Dans les cas les plus graves, ça peut etre transmis au parquet", explique Etienne Mignolet, porte-parole du SPF Economie. "Ici on prend des mesures. On interdit l'accès à certains jeux, on peut aller jusqu'à fermer la plaine, tout dépend du risque pour l'enfant". 

L'année dernière, près de 600 contrôles ont été effectués en Belgique. "Environ 550 étaient en ordre, dans 30 ou 40 cas on a dû prendre des mesures plus sévères. Cela veut dire que 9 fois sur 10, les enfants peuvent jouer en toute sécurité", poursuit le porte-parole.

Les visites des contrôleurs sont généralement annoncées. "L'exploitant doit préparer des documents, c'est difficile d'imaginer des contrôles surprise. Mais ça peut arriver malgré tout", prévient Benoît. Les inspecteurs peuvent cibler des aires de jeux de toutes les tailles, dans des lieux publics comme chez des exploitants privés. Un matin, ils sont dans un restaurant. Le jour suivant, au parc Pairi Daiza. "Nous nous y sommes d'ailleurs rendus juste avant la réouverture. L'inspection des jeux a duré toute une journée. Puis il a fallu près d'une semaine pour obtenir les documents nécessaires, et la mise en conformité de l'ensemble de la plaine".

Benoit et ses collègues contrôlent aussi des aires de jeux intérieures. Elles sont de plus en plus à la mode, pour l'organisation d'anniversaires notamment.  "Ce sont des contrôles assez différents, vu qu'on ne constatera pas de problèmes d'usure, liés à la météo, aux intempéries...Mais nous veillerons,entre autres, à l'hygiène. Dans les piscines à balles par exemple", explique Benoît. Le propriétaire de la plaine de jeux athoise, Arnaud Ghyselings, n'a pas gardé de mauvais souvenirs des précédentes inspections. "C'est pointilleux, oui, mais c'est justifié! Pour moi, un accident dans une plaine de jeux...c'est la pire publicité qui soit!" Il lui a fallu près de 3 kilomètres de fil pour construire ses modules, sur plusieurs étages. Un trou dans les filets peut mener à la catastrophe. "Toutes les semaines je vérifie. Parfois plus souvent encore, ça dépend de la fréquentation. Ici, voyez, j'ai un petit trou. Il faut réparer". Une à deux fois par an, il procède au grand nettoyage des balles. "Il y a des machines heureusement pour ça!" Dans les piscines à balles, il retrouve régulièrement des petites surprises. Chaussettes, jouets, poupées...Tout est potentiellement dangereux quand les lieux sont envahis d'enfants. 

Arnaud organise pendant l'été un festival de châteaux gonflables. Là encore, il a reçu la visite de Benoit. "On fait des contrôles sur les événements temporaires, les festivals, on va parfois dans les écoles aussi". Souvent, les chateaux gonflables ne sont pas installés correctement. Ils présentent un risque pour le public. "Hé oui! Il existe un tas de normes à respecter. Six points d'ancrage par exemple. Respecter des zones de dégagement. Protéger la soufflerie, le système électrique. Beaucoup de gens ignorent cela, et installent un peu n'importe comment les châteaux gonflables. On fait beaucoup de sensibilisation là autour, c'est important..."

Pour une heure passée sur le terrain, Benoit en passe trois autres à rédiger des rapports ou lire les courriers qu'il reçoit. N'importe qui peut contacter les inspecteurs, pour signaler un risque potentiel. Des contrôles pourraient suivre. Il arrive aussi que le SPF économie contacte des fabricants d'équipements. "Lorsque nous constatons plusieurs accidents similaires, survenus sur le même jeu, de la même marque. Cela pourrait signifier qu'il existe un problème de qualité de conception. Cela demande des investigations plus poussées, toujours dans ce souci de préserver la sécurité des enfants". 

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