Pilule du lendemain dans les plannings familiaux: "Il est grand temps qu'on change le système"

Que faire lorsqu’on est une jeune femme et que l’on a eu un rapport non protégé ou, bien pire que cela, que l'on a subi un viol et que l’on craint de tomber enceinte ?

Il existe une solution médicale facile et discrète depuis des décennies : la pilule du lendemain. On peut s’en procurer dans les pharmacies, mais aussi dans les centres de planning familial sans prescription et gratuitement. Mais en réalité ces centres n’ont légalement pas le droit de la distribuer.

Selon la loi, seuls les pharmacies et les médecins sont autorisés à distribuer des pilules du lendemain. Et il ne faut pas d'ordonnance pour l'obtenir. Deux députés, Fabienne Winckel (PS) et Muriel Gerkens (Ecolo), avaient déposé chacune une proposition de loi pour créer un régime d’exception pour les centres de planning familial, qui auraient donc aussi pu distribuer ces pilules du lendemain. Mardi, en commission santé de la Chambre, le couperet est tombé : c’est non, pas d’exception donc pour les centres de planning familial.

5000 pilules du lendemain distribuées chaque année

Gaëtan De Laever, directeur de la Fédération laïque des centres de planning familial, était l'invité de François Heureux dans Matin Première ce mercredi sur les ondes de la RTBF. Pour lui, ce refus de changer la loi est une surprise. "C’est une surprise parce que ce sont des faits qui existent depuis excessivement longtemps en Belgique, et plus particulièrement en Belgique francophone, explique-t-il. On s’attend à un certain moment que la loi suive la pratique, que le bon sens l’emporte sur l’intérêt général. Ici, une nouvelle fois, on ferme les yeux, on a l’impression que ça n’existe pas alors que ce sont quand même 5000 pilules du lendemain qui sont distribuées dans les centres de planning familial."

Pour Gaëtan De Laever, cette distribution via les plannings "permet aussi d’apporter une garantie à laisser le choix à la femme de pouvoir choisir sa vie particulièrement, et plus particulièrement sa vie sexuelle et affective."

Les pouvoirs publics savent qu'on est dans l'illégalité puisque dans le passé ils finançaient la pilule du lendemain

Dès lors, les centres de planning familial sont-ils dans l'illégalité depuis des années ? "Oui, répond Gaëtan De Laever. On est dans l’illégalité, on le sait depuis longtemps et les pouvoirs publics le savent aussi puisque dans le passé ils la finançaient. Maintenant, ils ont un peu changé d’avis malheureusement. Par contre, à Bruxelles, la ministre Fremault continue à subventionner cette distribution et nous la remercions d’ailleurs parce que c’est un signe fort et nos centres de planning, de toute façon, continueront à distribuer cette pilule du lendemain. Les centres de planning ont été les premiers à faire des avortements dans le cadre de l’illégalité, c’est bien clair que ce n’est pas aujourd’hui une position de la ministre De Block et de sa majorité qui va empêcher les travailleurs de distribuer et de faire leur travail correctement et d’encadrer les jeunes filles ou les jeunes femmes."

Aucune plainte n'a été déposée pour le moment. "Si la justice n’a pas d’autre chose à faire que de pourchasser un travailleur qui, à un moment donné, va distribuer une pilule qui est en vente libre dans les pharmacies, alors je pense qu'il est grand temps qu’on change un peu le système", note encore Gaëtan De Laever.

On trouvera encore la pilule du lendemain dans les plannings

Dans un communiqué diffusé ce mercredi, la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial confirme que ses centres affiliés poursuivront la distribution de la pilule du lendemain malgré l'absence de cadre légal.

"Dans le passé, des centres de planning familial ont pratiqué l’avortement de manière illégale avant la dépénalisation. Ce n’est pas, aujourd’hui, une quelconque menace sur une pratique de santé publique qui fera changer cette position. Au-delà de braver l’illégalité, c’est surtout la volonté de protéger le droit de chaque femme à disposer de son corps que la Fédération Laïque de Centres de Planning Familial entend défendre fermement", peut-on lire dans ce communiqué.

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