Pierre François, patron de la Pro League: "Sur la saison 2017-2018, on a payé 37 millions aux agents, c'est trop"

A quand une opération mains propres dans le football belge ? Plus la justice creuse, plus elle semble découvrir des faits accablants, c’est le dossier du Footbelgate. Le patron de la Pro League, Pierre François, est l’invité ce jeudi matin pour s’expliquer sur cette histoire à rebondissements : "Il ne faut pas identifier un secteur avec uniquement à l’esprit les fautes, les erreurs, les infractions parfois, les excès, car globalement nous avons un secteur qui essaye de bien travailler. Nous publions maintenant chaque année un rapport économique et social pour monter l’importance et la place du secteur dans le PIB du pays. On s’est attelés à un travail de remise en ordre".

Un exemple récent, Herman Van Holsbeeck, l’ancien manager général du club de football d’Anderlecht, a été inculpé vendredi 13 septembre dernier pour corruption privée, pour blanchiment d’argent, faux et usage de faux et association de malfaiteurs. Il a été entendu pendant plusieurs heures par les enquêteurs puis par le juge d’instruction. Il a été libéré sous conditions. Est-ce le début de l’histoire ? "Je n’ai aucun accès au dossier judiciaire, mais je crois que ce qui devra sortir de cette instruction doit sortir. Ce sera tout bénéfice pour le football belge que de savoir là où il y a eu des erreurs et il faudra des sanctions. Mais cela doit se faire sans avoir le sentiment du tous coupables", commente Pierre François.

Pierre François a fait partie d’un groupe d’experts censés mieux baliser les règles en vigueur. Il avait déjà alerté par le passé : "Cela fait longtemps que dans notre secteur, en Belgique comme à l’étranger, nous nous doutons qu’il y a des choses qui ne tournent pas aussi rond qu’elles devraient tourner. On n’a pas pris la mesure des excès de certains et la justice joue son rôle et c’est positif".

Les rétrocommissions et le rôle des agents de joueurs ainsi que la récente inculpation de l’agent Christophe Henrotay sont au cœur du dossier "Footbelgate". Pierre François défend son bilan : "Nous avons travaillé à quelque chose de concret, un règlement avec des interdictions diverses, des obligations diverses et une clearing house (comité de transparence) pour vérifier que les règles proposées soient bien respectées. Nous avons présenté ce travail à l’autorité belge de la concurrence qui nous a fait quelques remarques. Nous avons répondu à ces remarques et le règlement un peu corrigé est actuellement à l’examen de l’autorité. Si jamais c’est positif, nous n’avons plus qu’à passer la vitesse supérieure, les clubs ayant déjà approuvé le texte".

Nenad Petrovic, CEO de la "Belgian Federation of Football Agents", est critique envers Pierre François. "En un an, il n’y a rien qui a évolué, les politiques n’ont rien fait, la Pro League a fait n’importe quoi, et l’Union Belge fait ce qu’elle peut […] Nous, ce qu’on veut, ce sont des réglementations pures et dures, avec des sanctions pures et dures, mais nous tout seuls, on ne peut pas faire grand-chose", explique le CEO dont la fédération a été créée l’an dernier suite au Footbelgate.

La Belgique cas unique?

Pierre François se défend : "Les pratiques des agents pour les négociations de contrats à l’étranger ne sont pas plus géniales que chez nous", tout en reconnaissant que les agents belges avaient été trop payés "sur la saison 2017-2018, on a payé 37 millions aux agents. Ce sont les 5 tops agents du marché qui ont touché le plus sur cette somme, c’est excessif. Il faut réduire les prix avec les règles que nous avons mis en boîte. Nenad Petrovic, CEO de la Belgian Federation of Football Agents, est contre et dit qu’on fait du n’importe quoi, mais nous, on fait ce qu’il faut pour assainir le secteur".

On reproche souvent à Pierre François sa proximité avec les agents de joueurs et ou d’être juge et partie dans ce dossier, il se défend avec vigueur. "Vous savez si rien n’a bougé en Belgique depuis un an, c’est qu’il n’existe aucun cadre au niveau international et que nous sommes dans un marché en concurrence. On annonce des taux plafonnés pour les commissions de joueurs venant de la FIFA. On va voir s’ils vont jusqu’au bout sans créer un système de cartel. Nous avons présenté notre projet de règlement à nos voisins et nous sommes cités en exemple, on nous dit que nous sommes sur le bon chemin. Je ne suis pas juge et partie, car je n’ai pas d’intérêt dans les clubs. Je suis juste un levier intéressant pour que les règlements soient mis sur table et que je puisse les faire adopter par les clubs."

Un agent ne peut détenir un club de football, pourtant cela ne fut pas respecté à Mouscron en 2016. La justice cherche maintenant à savoir comment Mouscron a obtenu ses licences. Une enquête est ouverte pour escroquerie, faux et usage de faux, mais aussi pour blanchiment car le club serait financé de façon illicite par des comptes offshore. Pourtant la Fédération leur a donné leur licence et Pierre François l'assume. "Quand je suis arrivé à la Pro Ligue ce type d’interdictions n’existaient pas, j’ai fait changer ces règles. L’instruction en cours devra faire la lumière sur cette question et s’il le faut nous prendrons des sanctions."

Fascisme dans les stades

En Italie des "cris de singe" ont retenti au moment où Lukaku s’apprêtait à frapper un penalty pour l’Inter début septembre, Pierre François évoque le racisme dans les stades, "cela existe en Italie, mais aussi chez nous, avec du racisme mais aussi du 'communautaire'. Nous avons mis en place pour réagir, une fonction dans le stade pour tracer ces incidents et les consigner dans un procès-verbal et mettre en place des poursuites disciplinaires. Nous avons aussi un plan d’action contre le racisme avec un volet prévention".

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