Pièces rouges: toutes les questions que vous vous posez sur leur abandon

Cela fait un an que l'on sait les pièces de 1 et 2 centimes d'euro condamnées en Belgique. En novembre 2018, le ministre des Finances Kris Peeters avait annoncé que le gouvernement fédéral avait approuvé un projet d'arrêté royal pour restreindre l'usage de ces pièces. En conséquence, les commerçants devront obligatoirement arrondir à 5 centimes tous les paiements en espèces. Mais d'où vient cette décision ? On vous explique tout.

Pourquoi y a-t-il des pièces de 1 et 2 centimes d'euro?

C'est une question légitime : qui n'a jamais pesté en voyant la somme de petite mitraille qui s'amoncelait dans les poches ou les pots ? Toutes les devises n'ont effectivement pas la même base et pas les mêmes divisions. Pour le cas de l'euro, l'idée était d'assurer que la transition des monnaies nationales vers l'euro n'était pas un prétexte pour augmenter les prix chez les marchands.

Pourquoi la Belgique veut restreindre l'usage de ces pièces?

Le premier argument invoqué est la pénurie de pièces rouges. En septembre 2018, le SPF Finances révélait que depuis le mois de juillet, les petites pièces manquaient. Problème : l'Europe n'autorisait pas le pays à en frapper de nouvelles, estimant qu'il en restait suffisamment en circulation sur le continent. La Belgique avait déjà eu le problème en 2017. Elle avait alors pu mettre en circulation 60 millions de nouvelles pièces.

L'autre raison, c'est le coût de ces pièces. Frapper et transporter des monnaies qui circulent très peu et finissent au mieux chez des collectionneurs, quand elles ne traînent pas au fond des tiroirs du Belge moyen. Un "énorme gaspillage", estime le SPF finances.

La Belgique a d'abord appelé la population à rendre les pièces rouges à la Banque nationale, mais depuis, le gouvernement est allé plus loin : arrondir systématiquement le montant total des achats des clients à 5 centimes près. Cette mesure était déjà possible depuis 2014, mais très peu populaire chez les vendeurs, qui estimaient qu'un arrondi vers le haut n'était pas un très joli geste commerçant.

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Le prix de ce steak sera réévalué à 4,25€ par exemple. NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Concrètement, qu'est-ce que ça va changer?

L'arrondi, qui rentrera en vigueur le 1er décembre, se fera à cinq centimes au-dessus ou en-dessous de la somme exacte. Cela ne fera donc pas théoriquement grimper les prix, comme s'en inquiétaient les commerçants. Exemple : si votre paquet de riz coûte 3,32 €, vous ne le paierez que 3,30€. A l'inverse, si votre paquet coûte 3,58€, vous le paierez 3,60€.

Dans les faits, les prix de la grande distribution resteront globalement les mêmes, puisque la plupart des produits sont déjà arrondis à 5 centimes. Même si l'astuce commerciale de réduire le prix à un centime au-dessous ne fonctionnera plus : si le paquet coûte 4,99 € sur le papier, cela signifiera bien 5€ en paiement réel.

En revanche, les prix pourraient changer dans les petits commerces et au marché : le prix au kilo des fruits et légumes n'est généralement pas arrondi. Si toutefois vous voulez payer la somme exacte, il reste une solution : payer en chèque ou en carte bancaire plutôt qu'en espèces. Attention cependant, certains commerçants peuvent appliquer l'arrondi par CB. Ils doivent pour cela l'afficher.

La Belgique est-elle le seul pays européen concerné?

Non, la Belgique y pense depuis longtemps mais elle n'est pas la première à mettre en place cette mesure. Dès janvier 2002, juste avant le lancement de l'euro, la Finlande avait obligé les commerçants à arrondir leurs prix aux 5 centimes, dans le but avoué de réduire au maximum la circulation des pièces de 1 et deux centimes. En septembre de la même année, c'était au tour de nos voisins néerlandais de bannir progressivement leurs plus petits "rostjes". Pour sa part, l'Italie a cessé d'émettre ces pièces en janvier 2018.

Côté français, on y réfléchit aussi, d'autant que le pays avait déjà arrêté la production de pièces de 1 centime de franc en 1979. En 2004, 74% des Français étaient favorables à l'abandon de la pièce de 1 centime, selon une étude européenne. Mais certains affirment que c'est une fausse solution, et que le coût des pièces de centimes n'est pas si élevé. "Cette façon de voir les choses est erronée, avançait Christophe Beaux, le PDG de la Monnaie de Paris, dans une interview au magazine Challenges en 2013. La valeur économique d'une pièce, ce n'est pas son coût de fabrication mais sa valeur d'échange sur les marchés, qui découle notamment de sa vitesse de circulation. Or, les centimes d'euros circulent énormément entre personnes, quand elles vont acheter du pain, des journaux, ou d'autres produits du quotidien. Leur importance dans l'économie est donc bien plus importante que leur simple valeur faciale ou que leur coût de fabrication." Le monnayeur français rappelait notamment que pour les milieux modestes, chaque sou compte.

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Les pièces de Monaco et du Vatican peuvent valoir très cher. FOTOR - RTBF

Faut-il se débarrasser de ses pièces de 1 et 2 centimes?

Surtout pas ! D'abord, vous pouvez les donner dans le cadre de l'opération Viva For Life, afin d'aider les enfants qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Et puis vous pouvez aussi les revendre. Car si pour vous elles ne font que vous encombrer, ce n'est pas l'avis des numismates, les collectionneurs spécialisés dans la monnaie. Vérifiez d'abord de quel pays vient votre pièce. Selon le site Info-collection, une pièce d'un centime autrichienne de 2005 vaut par exemple un euro à l'argus, mais une pièce monégasque d'un centime de 2002 peut valoir... plus de 100 euros ! Les pièces supprimées verront d'ailleurs leur valeur augmenter : vos pièces belges pourraient valoir cher dans quelques années. N'oubliez pas surtout de regarder attentivement vos pièces : chaque défaut fait augmenter sensiblement la valeur de la pièce. Peut-être disposez-vous dans votre tiroir d'une pièce d'un centime italien, trop grande, dont la valeur pourrait atteindre 6000 euros...

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