Philippe Van Parijs, économiste et philosophe : "je propose un Sénat sans sénateurs"

Philippe Van Parijs, économiste et philosophe est notre invité ce jeudi matin. Les Britanniques sont appelés aux urnes ce jeudi pour des législatives anticipées fatidiques pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et l’avenir du pays pour des décennies. Des élections pour renouveler le parlement qui, ces derniers mois, est resté empêtré dans ses divisions sur le Brexit. Philippe Van Parijs est professeur émérite de l’UCLouvain, de la KULeuven mais aussi de l’université d’Oxford.

Pour Philippe Van Parijs : "Selon mes informations on s’achemine vers une victoire des conservateurs, avec une majorité un peu plus faible que prévu, mais quand même une majorité absolue. Il y a dans le pays une fatigue du Brexit et c’est une des raisons pour lesquels des gens qui avaient voté pour rester dans l’union vont voter aujourd’hui pour Boris Johnson pour que l’on puisse passer à autre chose. Et c’est maintenant que vont commencer les vraies négociations sur les relations futures entre la Royaume-Uni et l’Europe. Je considère le départ du Royaume-Uni comme une forme de régression, mais aujourd’hui je pense que c’est mieux qu’il nous quitte, car quel que soit le parti au pouvoir, il sera toujours sous la pression d’une grosse minorité ou une petite majorité de personne qui vont râler car on n’a pas suivi les résultats du référendum".

Philippe Van Parijs, compare les systèmes politiques et parle des réformes à faire également chez nous pour que le peuple soit plus écouté dans les décision politique : "Je propose un Sénat sans sénateurs, un système ou les sénateurs sont remplacés par une assemblée tirée au sort et chargée par la Chambre de réfléchir au long terme. Si les propositions qui émanent de ce sénat, ne sont pas suivies par une majorité à la Chambre alors on procède à un référendum. Dans ce cas-là on a un véritable débat à partir de propositions qui viennent en quelque que sorte de la base et qui conduise à une décision qui est prise par le peuple".

Pour lui ce type de dispositif est différent du référendum sur le Brexit "là, c’est un chef de gouvernement qui voulait se tirer d’un embarras et qui a soumis au peuple une proposition qui était vraiment peu précise. On a demandé aux Britanniques est-ce que vous voulez le beurre ou vous voulez le beurre et l’argent du beurre. Donc un bon nombre de gens se sont dit on va prendre le beurre et l’argent du beurre et ensuite seulement on se rend compte que si on veut quitter il y a des choses que l’on va perdre".

Après plus d’un an en affaires courantes, les Belges n’ont toujours pas de gouvernement fédéral, Philippe Van Parijs décode : "Il ne faut pas se voiler la face, faire fonctionner une démocratie ou il y a deux opinions publiques c’est beaucoup plus compliqué. Nous n’avons pas deux démocraties, mais de fait cinq, grâce aux composantes de notre état. Une démocratie c’est surtout une conversation pour façonner un avenir commun. Nous avons, dû à notre histoire maintenant deux conversations qui fonctionnent en parallèle".

Pour lui, Bart de Wever, a changé d’avis et il ne veut plus sortir de la Belgique, "c'est pour cela qu'il propose maintenant sa formule de confédéralisme permanent pour mieux faire fonctionner les institutions du pays".

Philippe Van Parijs est également l’un des animateurs du groupe "Initiative Re-Bel", dont l’objectif est de repenser les institutions belges. Selon lui, "il est légitime et opportun de faire place à une conversation entre universitaire ouverte sur l’avenir institutionnel du pays". Et de conclure après ce travail : "Une des objections majeure à ce confédéralisme de la N-VA, c’est que c’est un confédéralisme à deux, Flandre et Wallonie et nous nous pensons que cela doit être à quatre. Il faut faire des propositions, travailler ensemble des deux côtés de la frontière linguistique pour faire fonctionner cette Belgique qui continuera à exister mais qui doit mieux fonctionner".

 

 

 

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