Philippe Val: "Le FN? Des gens qui, face au feu, arrivent avec un bidon d'essence"

Dix-sept ans chez Charlie Hebdo, de 1992 à 2009, puis directeur de France Inter jusqu’en 2014, Philippe Val est ce samedi 5 décembre l’invité du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première. Il vient de publier chez Grasset "C’était Charlie", où il raconte l’histoire du journal français. Il avait refondé Charlie Hebdo, avec Cabu, avec l’assentiment de Cavanna et de Wolinski.

Depuis près de 10 ans, il vit sous protection policière, depuis que Charlie Hebdo a publié en 2006 des caricatures du prophète : en couverture du numéro, Mahomet débordé par les intégristes affirme d’un air désolé "C’est dur d’être aimé par des cons". Trois ans plus tard, il quitte le journal français et devient directeur de France Inter. Aujourd’hui, Philippe Val écrit.

Refonder un troisième Charlie Hebdo

Son dernier livre se conjugue à l’imparfait : "C’était Charlie". Pourtant, Charlie Hebdo existe bel et bien toujours. Le dernier numéro est paru le 2 décembre, le numéro 1219. Alors pourquoi en parler au passé ? Philippe Val explique : "Ce second Charlie est différent du premier. Le code génétique est différent, même si les valeurs sont les mêmes : l’adhésion au principe des Lumières, le savoir pour tous, les libertés fondamentales, la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, la cruauté envers les animaux. Et puis, arrive cette catastrophe qui décime le journal. Aujourd’hui, Riss se trouve donc à la tête d’un nouveau Charlie Hebdo, très difficile à faire. Le journal fait l’objet de menaces extrêmement graves et il travaille sous la loupe des autres médias, ce qui n’est jamais bon pour un journal. Il faut donc qu’il recrée un troisième Charlie, ce dont il est tout à fait capable, une 3ème saison. Il va le faire car il a toujours eu une vision d’avenir pour le journal. Il faut refonder un 3ème Charlie".

La peur de nommer les choses

Pour Philippe Val, la lutte contre le terrorisme trébuche notamment sur la peur de nommer les choses. Pour lui, les responsables, ce sont les religieux salafistes. "Ceux qui ont décidé que l’Islam serait la règle au-dessus de la loi, précise Philippe Val. Quand les gens viennent vivre en Belgique, en France ou en Allemagne, quand ils quittent leur terre natale, c’est pour vivre dans des pays où ils n’ont pas les mêmes contraintes. Ils veulent vivre heureux et libres, d’une façon moderne. Je fais crédit à tous ces gens d’aimer l’Europe. Mais il se passe quelque chose au sein de cette religion qui est très politique, aussi politique que le nazisme dans les années ‘30."

L’impact des attentats sur les régionales

A la veille du premier tour des élections régionales en France ce dimanche, Philippe Val commente aussi la montée de l’extrême-droite dans les récents sondages. "Je ne voterai pas pour les Verts qui n’ont pas voté l’état d’urgence. C’est scandaleux dans l’état des choses. C’est des paranos stupides." Et la gauche ? "J’ai un gros problème avec Bartolone (Claude Bartolone, tête de liste socialiste aux régionales en Île-de-France, ndlr) parce que depuis très très longtemps, il a des responsabilités en Seine-Saint-Denis et quand je vois ce qu’est devenue la Seine-Saint-Denis, je n’ai pas envie qu’il fasse la même chose en Île-de-France. Et le Front National, que diriez-vous aux gens qui sont tentés par ce vote extrême ? D’abord, je suis furieux d’une chose, c’est que le Front National nomme les choses, pas très bien, mais il les nomme. Beaucoup de gens entendent enfin parler de leurs problèmes, ce que la gauche ne fait pas parce que la communauté musulmane (comme elle l’appelle) est un réservoir d’électeurs. Évidemment, le FN en parle pour dire des trucs qui ne tiennent pas debout. Donc, je dis aux gens : si vous avez un jour l’espoir de revivre un peu plus en sécurité et heureux, le vote FN c’est juste la catastrophe. C’est des gens qui, quand ils voient du feu, arrivent avec un bidon d’essence pour vous aider."

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