Philippe Hensmans, Amnesty International : "En Belgique, il y a plus de victimes de féminicides que de terrorisme"

Le 10 décembre est la journée anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. L’occasion de faire le point sur les droits humains en Belgique et dans le monde. Philippe Hensmans, directeur de Amnesty International Belgique était invité sur La Première. Entre violences, " crise de l’accueil des migrants" et précarité de la population, de nombreux chantiers demeurent en Belgique.

Zoom sur la Belgique

Pour Philippe Hensmans, la Belgique fait face à plusieurs problèmes en termes de droits humains. C’est le cas notamment, des violences faites aux femmesSelon l’expert, "il y a beaucoup plus de femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint aujourd’hui que de victimes de terrorisme en Belgique". Et d’ajouter, "c’est un phénomène qui ne date pas d’hier, mais c’est heureusement plus visible aujourd’hui grâce notamment aux mouvements de femmes et à tous les mouvements autour de ça". Quoiqu’il en soit, estime Philippe Hensmans, c’est "un problème majeur que rencontre la Belgique aujourd’hui"


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A cela s’ajoute, la gestion de la crise migratoire par la Belgique. D’ailleurs, pour l’expert, il s’agit surtout d’une "crise de l’accueil des migrants" car "lorsqu’on en vient à emprisonner des enfants avec leur famille, c’est un signe très clair qu’on n’arrive pas à gérer ça comme il faut, et il y a en tout cas un message politique derrière davantage qu’un message de gestion de l’accueil des migrants".

Enfin, si la pauvreté est un problème global en termes de droits humains, la Belgique n’est pas en reste.


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Philippe Hensmans rappelle qu’"un enfant sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté"

L’Union européenne n’est pas épargnée

Si la situation a parfois changé dans certains pays, elle s’est aussi, par endroits, dégradée. C’est le cas, contrairement à ce que l’on pourrait penser au cœur même de l’Union européenne.


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La Pologne et la Hongrie, par exemple. "La Pologne attaque un des piliers de la démocratie, à savoir la justice, et Viktor Orbán, en Hongrie, s’attaque au théâtre, aux SDF, aux heures supplémentaires des travailleurs ou aux migrants. On voit donc qu’il y a là aussi un retour en arrière, y compris à l’intérieur de l’Union européenne. Ce sont des choses qui nous inquiètent beaucoup parce qu’elles pourraient être le signal d’une dégradation plus générale, y compris dans des zones où on espérait que cela avait disparu pour toujours, comme l’Union européenne", analyse Philippe Hensmans.

L’accent mis sur la jeunesse

Mais, comme le souligne le directeur de la section belge d’Amnesty International, les résistances et luttes pour les droits humains dans le monde existent. La résistance est toujours d’actualité, "lorsqu’on regarde ce qui se passe dans différents pays, un peu partout dans le monde aujourd’hui, les populations résistent, ne se laissent pas faire et exigent le respect de leurs droits fondamentaux, que ce soit au Chili, à Hong Kong ou au Liban. Ça bouge un peu partout dans le monde".

Cette année, la journée des droits de l’Homme met l’accent sur la jeunesse. Primordial selon Philippe Hensmans, car "d’une part, ils sont actifs et ils l’ont montré en étant présents sur le terrain et en manifestant. Je pense que, que l’on aime ou pas, Greta Thunberg a fait beaucoup plus pour la lutte contre le réchauffement climatique que beaucoup de partis traditionnels durant les 20 dernières années. C’est extrêmement important. D’autre part, ce sont les citoyens de demain et ce sont eux qui, d’une manière ou d’une autre, aideront à rétablir les sociétés dans lesquelles les droits humains sont respectés, tous les droits humains, y compris le droit à un environnement sain".