Peut-on vivre du cinéma en Belgique? Oui, mais...

Peut-on vivre du cinéma en Belgique? Question posée à l'aube de la dixième cérémonie des Magritte, récompensant la crème du cinéma belge francophone. Derrière les strass et paillettes, quelles sont les réalités et les difficultés des Belges qui vivent du cinéma? Les moyens alloués au septième art sont-ils suffisants en Belgique? Comment les productions belges se vendent-elles? Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités: Annabella Nezri, productrice chez KWASSA FILMS, et Frédéric Delcor, Secrétaire général du ministère de la Fédération Wallonie Bruxelles, ancien directeur du Centre du Cinéma et de l'Audiovisuel et à l'initiative des Magritte du cinéma belge.

Avant les Magritte, le Prix Joseph Plateau

C'est le 5 février 2011 qu'avait lieu la première cérémonie des Magritte, sous la présidence de Jaco Van Dormael. Cette cérémonie au nom choisi en hommage au peintre surréaliste belge est l'équivalent des Césars en France ou des Oscars aux États-Unis. Mais on récompense le cinéma belge depuis plus longtemps que ça... Les Magritte ont en fait remplacé les Prix Joseph Plateau, décernés de 1985 à 2006, aux personnalités du cinéma belge contribuant à propager sa réputation nationale et internationale. 

L'histoire se poursuivra à un niveau régional, avec les Prix du cinéma flamand décernés depuis 2010, et qui portent le nom d'Ensors aujourd'hui. Les Magritte eux sont organisés par l'académie André Delvaux et attribués dans 22 catégories.

Faire un film 100% belge c'est très compliqué...

Le cinéma belge va bien, pour Annabella Nezri: "beaucoup de choses se font à l'international, avec une renommée... Au niveau de la faisabilité par contre, faire un film 100% belge c'est très compliqué, on est sur des budgets relativement petits, mais la contrainte peut aussi amener la créativité. On est souvent obligé de coproduire avec des pays francophones: France, Suisse, Luxembourg".

Frédéric Delor reconnaît qu'il y a des défis à relever: "le financement du cinéma dans un pays comme le nôtre n'est pas évident, la concurrence de plateformes comme Netflix joue aussi, il faut s'ajuster en permanence à un monde mouvant".

...Pourtant, on fait partie des "pays riches"

Les métiers du cinéma sont des métiers à risques, poursuit Annabella Nezri, "scénariste, réalisateur, comédien, ce ne sont pas des métiers où l'on travaille toute l'année, il y a des périodes compliquées, le statut d'artiste est aussi devenu plus compliqué à obtenir et sa réforme pose problème". "On a une concertation très forte avec les gens du secteur", assure Frédéric Delor, "mais on n'a pas toutes les cartes en mains. Concernant le statut d'artistes et le chômage, par exemple, on est plutôt sur des compétences fédérales... Mais dans le cadre de nos compétences, on a cette volonté de s'adapter et de rencontrer au mieux les besoins".

"Il ne faut pas oublier qu'on est un très petit pays", intervient Annabella Nezri, "et qu'on fait partie des pays européens où les financements sont les plus élevés, quand je compare à un producteur de Slovénie par exemple, nous on fait partie des "pays riches", financés par le tax shelter, les fonds régionaux, la Fédération Wallonie Bruxelles, les chaînes de télé. Il y a un vrai dynamisme du cinéma belge".

Parmi les sources de financement, le tax shelter a marqué un tournant, ajoute la productrice qui craint les effets du tax shift (faisant baisser le plafond des montants que les entreprises peuvent investir) sur l'avenir: "on a déjà senti la différence cette année, avec certains films qui ont du être reportés, ou même annulés. Il y a eu un vrai changement lié à la réforme de l'impôt et à l'ouverture du tax shelter aux arts de la scène".

A l'origine des Magritte, 3 motivations

Frédéric Delcor tient à préciser: "on a quand même une certaine fierté de ce cinéma d'auteur qu'on fait en Belgique francophone. Nos films, par rapport à des films d'auteur d'autres pays, n'ont pas à rougir!", conclut-il.

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L'entièreté du débat ci-dessous.

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