Peut-on étudier l'amour sur le plan strictement hormonal?

Pour le docteur Jacques Balthazart, responsable du Groupe de Recherches en Neuroendocrinologie du Comportement à l’ULiège, la Saint-Valentin est très largement commerciale, « mais ce n’est pas une mauvaise idée de célébrer les relations d’amour qui existent dans les couples. C’est quelque chose qui est très ancien. Je me suis rendu compte que déjà au XIVe siècle, la fête est mentionnée en Grande-Bretagne, qui était encore catholique à l’époque, et elle célébrait à ce moment-là la date à laquelle on pensait que les oiseaux s’accouplaient. C’est assez amusant parce que cela a une part de vérité, puisque les couples sont en train de se former pour le moment. Si vous regardez dans vos jardins, les mésanges sont en train de commencer à chercher des nids pour pouvoir se reproduire. Je suis un biologiste qui étudie le comportement sexuel des oiseaux » explique-t-il, interrogé sur La Première.

Jacques Balthazart est endocrinologue. Selon lui, l’étude des hormones ne suffit pas à expliquer ce qu’est l’amour : « L’amour est un sentiment humain d’affection et d’attachement qui est très difficile à étudier chez l’animal et à réduire en termes d’hormones. Ceci étant, l’amour se base évidemment sur une attraction sexuelle, et là on a évidemment des moyens d’analyser ce qui contrôle cette attraction sexuelle. Et on a beaucoup de données scientifiques qui ont été récoltées soit chez l’animal, soit chez l’homme, qui nous permettent d’expliquer les bases de ce que sera l’amour. Mais l’amour a une dimension psychologique qui ne peut pas être réduite aux hormones ».

L’amour dure trois ans

Quant à savoir si l’attirance sexuelle et le sentiment amoureux sont caractérisés par les mêmes mécanismes chimiques dans le corps humain, « on n’en sait trop rien en fait. C’est ça la difficulté. On peut éventuellement placer des individus amoureux dans une machine qui va imager leur cerveau, une machine de résonance magnétique qui va imager quelles sont les zones du cerveau qui sont actives quand on présente par exemple une photo de l’être aimé versus une photo qui sera tout à fait neutre. On se rend alors compte qu’il y a certaines zones du cerveau qui sont activées et on peut plus ou moins savoir quelles sont les hormones qui sont libérées ou les neurotransmetteurs qui sont libérés dans ces zones du cerveau, mais c’est très difficile à expérimenter. Et on n’a pas de modèle animal réel de l’amour, on a des modèles animaux de l’attachement. L’attachement et la fidélité dans un couple, ça, on peut l’étudier chez l’animal et on a beaucoup de données expliquant quels sont les mécanismes hormonaux et nerveux qui les contrôlent ».

Le dicton populaire dit que l’amour dure trois ans. Selon Jacques Balthazart, il y aurait une base réelle à cette affirmation « en ce sens que l’excitation amoureuse et l’excitation sexuelle vont effectivement s’atténuer avec le temps. Mais ce n’est qu’une des dimensions de l’amour. L’amour, c’est un attachement aussi plus profond qui peut persister beaucoup plus longtemps dans un couple. Il y a des couples qui restent amoureux pendant très longtemps. Moi je suis marié depuis maintenant 48 ans et je suis toujours très amoureux de ma femme, même si évidemment le sentiment lui-même s’est modifié avec le temps ».

Cerveau masculin et cerveau féminin

Jacques Balthazart est l’auteur d’un livre intitulé « Quand le cerveau devient masculin » qui sera publié prochainement : « On a pensé pendant très longtemps qu’il n’y avait aucune différence entre le cerveau masculin et le cerveau féminin, et ce n’est en fait pas vrai. Il y a des différences qui sont présentes au niveau morphologique, au niveau fonctionnel, et au niveau des conséquences, au niveau des comportements. Ce qui induit en erreur les gens, c’est de se rendre compte que ces différences ne sont pas des différences qualitatives. Ce n’est pas totalement différent, ce n’est pas Mars et Vénus, ce sont des différences quantitatives avec un recouvrement. Donc, certaines caractéristiques qui sont typiquement masculines seront également présentes chez certaines femmes et inversement. Mais dire qu’il n’y a pas de différences reviendrait à dire qu’il n’y a pas de différences entre le climat à Marseille et à Liège parce qu’il y a recouvrement des températures. Or, en fait, vous savez très bien que le climat n’est pas le même à Marseille et à Liège, même si certains jours de l’année on a des températures qui sont les mêmes. C’est la même chose au niveau des différences sexuelles chez les humains ».

Mais l’éducation genrée, différenciée, entre les garçons et les filles contribue à façonner le cerveau et le genre, confirme Jacques Balthazart : «Je n’essaye absolument pas de nier le fait que l’éducation différentielle que l’on donne aux petits garçons et aux petites filles, et cela dès le premier jour de vie, n’a pas une influence dans les différences de comportement qu’on observe, voire même dans les différences de structure du cerveau, parce qu’on sait très bien que l’activité comportementale modifie la structure du cerveau. Le cerveau contrôle le comportement, mais le comportement contrôle également le cerveau en rétroaction. Mais ce que j’essaye d’expliquer dans ce livre, c’est une notion qui est rejetée très largement, c’est qu’en plus de ces différences qui sont causées par l’éducation, il y a aussi des différences biologiques fondamentales qui restent présentes. Ces différences ont des conséquences. Chez l’animal, on connaît très bien les mécanismes qui induisent la genèse de ces différences, et ces mécanismes ont tout l’air d’être présents chez l’homme également. C’est cela que j’essaye d’expliquer ».

 

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