Peste porcine: la confédération du bois appelle à reprendre très vite le travail dans la zone touchée

Comme nous l’annoncions sur notre site hier, l’exploitation forestière va pouvoir reprendre dans la zone touchée par la peste porcine africaine. Par mesure de précaution et pour éviter de disperser les animaux malades, quasi-tout le travail avait été stoppé, et ce depuis déjà un an et demi. Seuls les épicéas scolytés (malades) pouvaient être sortis des forêts. Mais l’AFSCA considère aujourd’hui que, avec quelques précautions, le travail peut reprendre. Et il y a du travail, comme l’explique Sylvain Genin, exploitant forestier. "Nous, on va déjà vite aller rechercher tous nos bois qui pourrissent là depuis le début de la crise, parce qu’on a des bois par terre, en forêt, qu’on n’a pas pu aller chercher. Ça fait depuis février de l’année dernière. On a payé depuis deux ans. Les bois sont payés, mais on ne peut pas y accéder, donc c’est un manque dans la trésorerie."

Des entreprises ont-elles arrêté leur activité ? "Oui, un débardeur qui travaillait pour nous a tout revendu". Et la vie des travailleurs du secteur, comme Sylvain Genin a, de manière générale, été bouleversée : "On n’a pas dormi pendant un mois, l’impression d’avoir tout sur le dos… Du jour au lendemain, on nous retire notre outil de travail. Point de vue privé comme professionnel, ça n’a pas été facile"

François De Meersman, le secrétaire général de la Confédération belge du bois, est, quant à lui, soulagé : "C’est en fait un signal positif qu’on attendait déjà depuis 18 mois maintenant. En effet, le secteur était particulièrement touché par cette interdiction d’accès. Ce sont des millions d’euros qui sont perdus par les propriétaires, par les exploitants forestiers et par l’ensemble de la filière bois, et ce sont aussi des centaines d’emplois qui ont été perdus, des gens ont dû arrêter car ils croulaient sous les dettes et n’avaient plus d’activité. D’autres ont dû aller travailler 300 ou 400 kilomètres plus loin. Et donc, enfin un signal positif ! On espère qu’il sera mis en œuvre très rapidement et qu’on ne devra pas attendre le mois d’avril pour pouvoir y aller."

Si le travail peut reprendre partiellement dans les bois au mois d’avril (pour ce qui est de la balade, ce ne sera pas avant mai, comme l’a indiqué récemment la ministre wallonne de la Forêt Céline Tellier), des conditions sont cependant demandées. Les exploitants devront nettoyer leurs bottes, leurs vêtements, désinfecter le matériel, etc. Le secrétaire général de la Confédération belge du bois comprend tout à fait : "Notre objectif n’est pas de diffuser le virus. Notre demande était vraiment depuis des mois de pouvoir reprendre le travail, moyennant évidemment toutes les mesures de biosécurité nécessaires pour annuler les risques de transfert du virus en dehors de la zone. Donc, ces conditions-là ne sont pas trop contraignantes, surtout que d’après ce que je comprends, la désinfection des engins ne sera plus nécessaire comme c’était obligatoire pour la récolte des bois scolytés après chaque chantier, mais ici uniquement lorsqu’on sortira de la zone, ce qui semble plus logique et qui entraînera moins de coûts pour la Région wallonne."

Une crise qui dure depuis presque deux ans…

La crise de la peste porcine africaine dure déjà depuis septembre 2018. Une délégation a été reçue en février dernier au gouvernement wallon, c’est un peu ça qui a débloqué les choses. François Meersman regrette cependant de ne pas avoir été suffisamment entendu à l’époque. "On a très peu été écouté dans cette crise, déplore-t-il. On nous a, depuis le début, promis des indemnisations qui ne sont toujours pas arrivées depuis 18 mois. Toujours pas un euro qui n’a été versé aux exploitants forestiers malgré toutes les promesses qui ont été faites."

Beaucoup de travail sur les arbres malades a été réalisé. "Depuis le mois de mars, on peut aller récolter les bois scolytés (infestés de petits insectes, ndlr), explique François Meersman. Moyennant certaines mesures de biosécurité, on a sorti plus de 300 000 mètres cubes de bois scolytés dans la zone, ce qui est énorme (c’est 40% des bois scolytés de la Région wallonne pour l’année 2019). On a fait la preuve qu’en récoltant ces bois scolytés, on respectait les conditions de biosécurité et on mettait tout en œuvre pour ne pas diffuser le virus, tout en permettant la reprise du travail. Maintenant, les bois scolytés sont des bois qui ne valaient malheureusement plus rien."

Ces bois ont à présent disparu, et ne joueront malheureusement plus leur rôle de puits de carbone comme peut le jouer la forêt dans la région.

Sortir les bois morts avant le printemps

La confédération du bois demande donc de pouvoir reprendre le travail d’ici dix jours et que l’arrêté ministériel soit rédigé dans les prochains jours. Suite aux tempêtes des week-ends précédents, selon François Meersman, il y a énormément de bois chablis. Ce sont des bois qui sont tombés. "Si on ne les récolte pas avant le printemps, ce sera une véritable bombe sanitaire, étant donné que ce sont ces bois qui vont être attaqués par les scolytes et qui vont entraîner le développement exponentiel de ces insectes si on ne les sort pas avant le printemps. Donc, attendre le mois d’avril pour sortir ces bois-là, c’est beaucoup trop tard, il faut vraiment qu’on puisse aller très vite et pouvoir y aller dès maintenant idéalement, mais j’imagine qu’il y a toutes les démarches administratives, et notamment de consultation du Conseil d’État, qu’il faudra passer. Mais on pense que tout ça devrait pouvoir être mis en œuvre d’ici 10 jours" explique-t-il.

En Wallonie, le secteur du bois, c’est 6000 entreprises et 18 000 emplois. Le secteur est très important et aurait perdu énormément d’emplois.

"Clef de l"info" dans notre JT du 20 février dernier