Les perturbateurs endocriniens ont un impact sur la qualité du sperme

Ces perturbateurs endocriniens seraient particulièrement nuisibles pour les jeunes enfants et les fœtus. Aujourd'hui, "Childproof", un groupe d'associations belges et hollandaises et des scientifiques lancent un cri d'alarme.

Pour comprendre, nous nous rendons à la clinique de la fertilité à l'hôpital Erasme de Bruxelles, ici comme dans d'autres centres, les demandes d'aide se multiplient. Mais depuis une dizaine d'années, ce sont de plus en plus, les hommes qui seraient touché par des problèmes de fertilité. Même chez les donneurs sains, il y a une baisse de qualité nous explique Fabienne Devreker, la responsable de la banque de la reproduction: "Nous avons une banque de donneurs de sperme, donc d'hommes volontaires qui viennent donner du sperme pour pouvoir aider des dames infertiles à avoir des enfants, et donc là, ce sont des hommes normaux avec une fertilité prouvée. Là, effectivement sur les dix ou quinze dernières années, on observe une diminution de la concentration des spermatozoïdes au sein des échantillons."

Baisse de concentration en spermatozoïdes et baisse de qualité du sperme

Baisse de la qualité du sperme, spermatozoïdes malformés, anomalies dans leur ADN, il est très difficile d'évaluer l'ampleur du problème chez nous, il y a peu de statistiques. En France, en revanche, des chiffres existent. "L'institut français de veille sanitaire" vient de publier une cartographie interpellante où l'on peut découvrir des régions en rouge, où la qualité du sperme est en chute libre. Ces régions sont surtout des grandes zones vinicoles comme par exemple, en Midi Pyrénées où l'on a massivement pulvérisé.

Or, dans les résidus de certains de ces pesticides, il y a ce qu'on appelle des perturbateurs endocriniens. Ces molécules imitent nos hormones, elle prennent parfois leur place et chamboulent notre système hormonal. Le problème, c'est qu'on les trouve dans les résidus de pesticides mais aussi dans 800 autres produits de la vie courante, des plastifiants de nos bouteilles, aux cosmétiques en passant par nos aliments.

Les perturbateurs endocriniens en cocktail que l'on retrouve dans nos organismes

Au service de toxicologie clinique du CHU (Centre Hospitalier Universitaire) de Liège, des chercheurs ont justement pisté quelques-unes de ces molécules dans des échantillons d'urine et de sang de 270 personnes.

Lucas Dewalque, chercheur F.N.R.S dans ce laboratoire, nous montre des pics sur un graphique : "on peut voir des niveaux urinaires chez différents individus en bisphénol A qui montre une contamination de la population à ce produit." Dans l'étude, certaines catégories de population sont contaminées à 100%. L'impact sur notre santé serait de plusieurs ordres: obésité, problèmes de thyroïde, ou de fertilité, puberté précoce chez les filles, cancers des testicules chez les garçons.

Corinne Charlier, la directrice du laboratoire de Toxicologie clinique du CHU met en garde: "Il y a des populations qu'il faut protéger, c'est sans doute la femme enceinte, la femme allaitante, le petit enfant, parce que ce sont les périodes où par exemple, le développement du système sexuel masculin va se finaliser. Et l'impact d'une pollution, à ce moment-là de la vie fœtale ou de la petite enfance, peut avoir des conséquences chez l'homme de vingt ans, au moment où il aura peut-être envie de procréer."

C'est vrai qu'un de ces perturbateurs avérés, le Bisphénol A, est aujourd'hui interdit mais seulement dans les biberons. Les défenseurs de l'environnement estiment en effet que cette interdiction dans les biberons n'est qu'une étape. Valérie Xhonneux de "Inter Environnement Wallonie" nous explique: "La commission européenne s'est dotée en 1999 d'une stratégie sur les perturbateurs endocriniens et aujourd'hui, on est toujours en attente des critères qui permettent d'identifier ces perturbateurs (...) plus de dix ans après la publication de la première stratégie. Là, la commission tarde de manière inacceptable."

Débusquer et répertorier tous ces produits chimiques qui sont des perturbateurs hormonaux, c'est donc la prochaine étape à laquelle les autorités devraient s'atteler. Il n'est pas encore trop tard mais il est temps.

Pascale Bollekens

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