Personnel soignant : combien sont morts du coronavirus en Belgique ?

Personnel soignant : combien sont morts du coronavirus en Belgique ?
Personnel soignant : combien sont morts du coronavirus en Belgique ? - © Maskot - Getty Images/Maskot

Parmi les 9548 décès recensés en Belgique figurent également des soignants, tombés en combattant le coronavirus. Leur nombre exact est toutefois introuvable.

Ils sont en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Ce sont les membres du personnel soignant qui ont pris des risques maximaux depuis le début de la crise. Certains l’ont payé de leur vie. Aujourd’hui encore en Belgique, personne ne connaît le nombre précis des membres du personnel soignant décédés du coronavirus. L’Absym, le syndicat des médecins réclame un cadastre des morts.

Sur la première ligne de front, ils tombent

Tous l’admettent, c’est comme une guerre. Mais l’uniforme est une blouse blanche. Parfois, l’une d’elles disparaît anonymement. Qui sont-ils, combien sont-ils ? Pour mener notre enquête, nous avons appelé les hôpitaux et les maisons de repos. Si tous rendent hommage aux membres de leur personnel décédé, peu admettent qu’ils sont décédés dans l’exercice de leur fonction.


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Néanmoins, une première porte s’entrouvre. A l’hôpital universitaire Saint-Luc à Bruxelles, le service des patients covid-19 est aujourd’hui désert. Mais le lieu, est toujours chargé d’émotion. Carmen y travaillait comme infirmière. Un jour, de soignante, elle est devenue patiente. Et malgré tous les efforts déployés par ses collègues, elle est décédée. Aujourd’hui encore pour, Renaud Mazy, l’administrateur-délégué de la Clinique universitaire Saint-Luc le choc persiste : " C’est évidemment une mort de trop. Quand une personne aide les patients à combattre le covid et l’attrape puis en décède, c’est profondément marquant. C’est un mélange de tristesse profonde et de colère car c’est le combat qu’on n’a pas pu gagner contre la maladie". Dans la chapelle de l’hôpital, une flamme brûle à la mémoire des victimes du Covid. Parmi les noms, celui de Carmen se détache. Joelle Durbecq est la responsable des infirmières de l’hôpital : "Nous nous sommes d’abord rendu compte que nous pouvions tomber malades mais le décès de Carmen, était vraiment très dur. Nous avons perdu une collègue et son décès nous a mis aussi face aux propres risques que nous courrons tous les jours. En tant que soignants, nous sommes proches des malades et nous sommes confrontés à la mort.

Les maisons de repos 'dindons de la farce'

Autre lieu, même deuil. A la maison de repos du Val des roses à Forest, Marie-Madeleine exerçait comme aide-soignante. Elle aussi a été emportée par le coronavirus. Lesley Moreels l’avoue, il n’a jamais été confronté à un tel choc professionnel. Mais après le traumatisme et la stupeur vient un autre sentiment, celui de la colère. " Nous avons tout de suite compris, dans cette crise, que les maisons de repos allaient être les dindons de la farce. Les maisons de repos n’étaient pas prioritaires ni pour les masques, ni pour les admissions à l’hôpital, ni pour le testing. Le personnel n’a pas eu le temps de faire son deuil et pourtant il a continué à faire tourner notre maison de vie. "

Comme face à un lion dans la jungle, la peur surgit

Carine est infirmière dans une unité spéciale covid. Elle a eu plus de chance que ses deux collègues. Si elle est tombée aussi malade, elle s’en est sortie après quelques semaines. Mais elle a eu très peur à certains moments. Comme ce jour où elle est entrée dans la chambre d’un patient sous respirateur. Elle devait y faire un soin qui ne nécessitait pas de casque mais uniquement un masque FFP2. Mais soudain, le respirateur s’est déconnecté. Carine témoigne : " Je sentais le souffle. C’est comme si tout pénétrait dans mon corps. J’étais pétrifiée. Tous les sentiments me sont passés par la tête. C’est comme dans la jungle et que vous vous retrouvez face à un lion."

Combien ont payé de leur vie pour affronter le danger ?

Le bureau d’études Sciensano a recensé près de 600 membres du personnel soignant hospitalisés suite au covid-19. Ils sont aussi le double à avoir le test sérologique positif au covid par rapport au reste de la population. Rien, par contre, sur le nombre de décès. Sciensano se défend : jamais les autorités fédérales ne leur en ont fait la demande.

L’Absym, le syndicat des médecins, lui, réclame un cadastre des décès. Son président, Philippe Devos estime que c’est le moindre des hommages à rendre au personnel soignant décédé : "Tous ces gens qui ont fait le sacrifice de leur vie dans l’exercice de leur profession méritent plus qu’une stèle au soldat inconnu. Ils méritent vraiment que leur nombre et leur identité soient connus de manière à leur consacrer un moment de commémoration adéquat".

Carmen, Marie-Madeleine, Alain, Marc, Françoise… Rien qu’au cours de notre enquête nous avons déjà identifié une dizaine de décès. Et ils ne sont sans doute pas les seuls.

Autre danger pour le personnel soignant: le stress post-traumatique (JT du 16/05/2020)

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