Perquisitions dans les milieux islamistes, une enquête de longue haleine

Des perquisitions ont été menées à Vilvorde
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Des perquisitions ont été menées à Vilvorde - © BELGA/ LAURIE DIEFFEMBACQ

Des perquisitions de grande ampleur ont été menées par des unités d’intervention ce mardi matin à Anvers, Malines, Vilvorde et Bruxelles. Ce sont les filières qui envoient des jeunes Belges en Syrie qui étaient visées. L'ancien porte-parole de Sharia4Belgium Fouad Belkacem a été arrêté à son domicile de Boom, près d’Anvers. Le parquet fédéral a expliqué qu'il s'agissait d'une enquête en cours depuis des mois.

La police judiciaire fédérale d’Anvers a mené 48 perquisitions dans les provinces d’Anvers et du Brabant Flamand, à Bruxelles et à Charleroi, sur ordre du juge d’instruction spécialisée en matière de terrorisme d’Anvers, tôt ce 16 avril, a indiqué le parquet fédéral dans sa communication. 32 perquisitions ont eu lieu dans la province d’Anvers, principalement dans la ville d’Anvers, mais également à Malines, Borsbeek, Turnhout, Kapellen, Boom et Beerse.

15 perquisitions ont eu lieu dans le Brabant Flamand et à Bruxelles, essentiellement à Vilvorde, mais aussi à Laeken, Schaerbeek, Jette et Zaventem. En Wallonie, une seule perquisition a été menée à Charleroi. Six personnes ont été privées de liberté et ont été mises à la disposition du juge d’instruction.

Au cours des perquisitions, des ordinateurs, des GSM et de l’argent ont été saisis. Par contre, aucune arme et aucun explosif n’ont été trouvés.
 
225 policiers ont été mobilisés pour l’ensemble de l’opération, précise le parquet fédéral.
 
Sous l'empire de la législation anti-terroriste
 
Le parquet fédéral a confirmé que l' intervention judiciaire s’inscrivait dans le cadre d’une instruction pénale fédérale en matière d’infractions à la législation anti-terroriste que le parquet fédéral et le parquet d’Anvers mènent déjà depuis début 2012. "L’instruction a pour objet de vérifier si le groupement de fait Sharia4Belgium est un groupe terroriste, tel qu’incriminé par le Code pénal belge et si et dans quelle mesure les personnes appartenant à Sharia4Belgium participent aux activités de ce groupe ou y occupent un rôle de premier plan", souligne le parquet fédéral dans son communiqué.
 
Car, disent les magistrats, "l’instruction met en lumière des éléments permettant de penser que le cadre de référence idéologique et militant de Sharia4Belgium est le salafisme djihadiste". De plus, l’instruction semble démontrer "que Sharia4Belgium s’est fixé pour objectif de renverser les régimes démocratiques existants au départ de l’idéologie du salafisme djihadiste et de les remplacer par un État islamiste (califat) appliquant la sharia et d’autre part, de rechercher la suprématie mondiale de l’Islam". Le parquet fédéral s'appuie notamment sur un certain nombre de textes idéologiques de base de Sharia4Belgium.
 
La filière syrienne
 
L’instruction montrerait que les activités de Sharia4Belgium vont du recrutement à la dispense d’entrainements poussés à l’organisation d’actions violentes en Belgique et de la participation active à la lutte armée à l’étranger. 33 personnes originaires d'Anvers et de Vilvorde se trouvent en Syrie ou sont en train de s’y rendre, selon le parquet.
 
Toujours selon le parquet, le recrutement a par exemple eu lieu via ce que l’on appelle les "streetdawa", qui consistent à aborder personnellement les jeunes en rue pour les inviter ensuite à rejoindre des espaces de rencontre privés à Anvers.
 
Les magistrats détaillent ensuite l'entraînement de ces recrues. Il commence par de longs processus d’endoctrinement et se poursuit par des formations au combat. "Depuis août 2012, s’ajoute à cela le constat que plusieurs membres actifs de Sharia4Belgium se sont rendus en Syrie, manifestement pour participer à la lutte armée. L’instruction montre que les membres de Sharia4Belgium auraient rejoint en Syrie des groupes de combattants aux idées salafistes djihadistes inspirées par Al Qaïda et qu’ils participeraient à des combats et même à l’enlèvement et à l’exécution de ce qu’ils appellent des 'mécréants'", poursuit le communiqué.
 
Enquête de longue haleine
 
Le parquet fédéral insiste sur le fait que les activités de Sharia4Belgium attirent l'attention de la justice "depuis un certain temps". "Pendant plus d’un an, une enquête a été menée discrètement et de manière ininterrompue afin de mettre à jour, la structure, les activités et l’idéologie des membres de Sharia4Belgium en Belgique et à l’étranger, principalement en Syrie."
 
"Nous n'avons pas été influencés par les débats en cours notamment dans les médias au cours des dernières semaines", ont d'ailleurs tenu à préciser les magistrats, expliquant que seule l'enquête minutieuse menée autour des activités de Sharia4Belgium avait mené le juge d'instruction à déclencher l'opération. 
 
Pas de criminalisation des jeunes "idéalistes"
 
Pour les autorités judiciaires, c'est la structure mise en place par Sharia4Belgium qui était clairement visée, moins les jeunes embrigadés. "Le parquet fédéral estime qu’il est important de s’attaquer aux structures et aux groupes qui permettent à des jeunes Belges de se rendre en Syrie. Il ne souhaite cependant pas mettre dans le même panier tous les jeunes qui sont partis. Certains partent en effet par idéalisme et rejoignent des groupes en Syrie qui ont pour objectif de protéger la population civile, de renverser le régime en place et de le remplacer par un État démocratique. D’autres partent pour des motifs idéologiques djihadistes et appartiennent à des groupes en Syrie qui agissent plutôt de manière autonome, qui ne se privent pas de recourir à la terreur et qui souhaitent la mise en place d’un État islamiste appliquant la sharia." 
 
C’est principalement cette dernière catégorie qui demande un suivi, surtout lorsque ces personnes reviennent ensuite en Belgique explique le parquet, "car leur retour implique en effet certains risques", notamment leur radicalisation et l'acquisition d'une expertise militaire qu’ils pourraient ensuite utiliser en Belgique ou en Europe.
 
Le parquet fédéral a en outre confirmé qu'au delà de l’instruction judiciaire à Anvers dans le cadre de laquelle l’intervention a été menée le 16 avril, plusieurs autres instructions et informations judiciaires fédérales sont en cours. Sans entrer dans les détails, "en dehors d'Anvers", il y des enquêtes judiciaires en cours pour des faits similaires a précisé le magistrat.
 
Pour ce qui concerne les mineurs embrigadés, partis vers la Syrie, le magistrat fédéral a expliqué ne pas avoir la possibilité de poursuivre de tels faits, mais qu'un dossier "mineur en danger" a chaque fois été ouvert auprès du parquet territorialement compétent. "Nous prenons toutes les mesures possibles pour empêcher les départs", souligne par ailleurs le parquet fédéral.
 
Sur base des informations recueillies, les magistrats estiment qu'aucun attentat n'était planifié en Belgique.

Fouad Belkacem interpellé

Ces perquisitions ont débuté peu avant 6 heures à Anvers, à Malines puis à Bruxelles afin de tenter de démanteler le(s) réseau(x) d’envoi de Belges en Syrie. Parmi les personnes qui ont été appréhendées il y a Fouad Belkacem.

Le leader de Sharia4Belgium serait impliqué dans l'enrôlement de jeunes allés se battre en Syrie. Fouad Belkacem, qui a déjà été condamné pour incitation à la haine, était actuellement surveillé par bracelet électronique. Il va être présenté au juge d'instruction car l'enquête a montré des que des faits nouveaux pouvaient lui être imputés.

Maison perquisitionnée à Vilvorde

L’opération s'est poursuivie à Vilvorde dans le quartier de la gare, en plein centre de la commune, où une équipe de la RTBF se trouvait. Le dispositif se voulait discret mais était impressionnant: une vingtaine d'hommes de l'Escadron spécial d'intervention, armés et munis de gilets pare-balles, étaient dans des voitures anonymes ainsi que des fourgons. L’équipe de la RTBF était tenue à distance.

A 7 h, une ambulance est arrivée, la rue était alors entièrement bouclée par des policiers en cagoule, armés de mitraillettes. Un jeune homme blessé a été emmené sur un brancard. D’après les voisins, il s’agirait d'un jeune de 19 ou 20 ans, qui serait revenu blessé de Syrie. Il pourrait s'agir d'un sympathisant de Sharia4Belgium condamné après les émeutes survenues à Molenbeek-Saint-Jean en mai 2012 suite au contrôle de police d'une jeune femme portant le niqab.

Ensuite l'ambulance, escortée par 4 véhicules de police banalisés, a pris la direction d'un hôpital de Bruxelles. Un autre jeune d'une vingtaine d'année a également été emmené par les forces de l'ordre. La maison a été ensuite entièrement fouillée, plusieurs caisses en carton et deux ordinateurs ont été saisis par les enquêteurs. Les policiers ont également emmené la mère des jeunes gens afin d'entendre son témoignage.

RTBF

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