Pénurie de dons de corps à la science: il faudrait deux fois plus de corps

Cours d'anatomie à l'ULg
Cours d'anatomie à l'ULg - © P. Bonnet - ULg

Chaque année, dans les facultés de médecine, les étudiants doivent travailler sur des corps humains pour étudier en détail l'anatomie et la pratique des actes chirurgicaux. Mais les corps disponibles pour la science manquent ! Aujourd'hui, la majorité des universités ont besoin de deux fois plus de corps pour travailler dans des conditions optimales. Donner son corps à la science reste une décision difficile à prendre. Pourtant, c'est indispensable pour former les médecins de demain.

A l'Université de Liège, huit étudiants en moyenne travaillent sur un même corps pendant les cours d'anatomie. Il y a dix ans, ils n'étaient que quatre. Aujourd'hui, en attendant qu'un corps se libère, certains étudiants suivent la même matière sur support informatique. L'an passé, une septantaine de corps sont arrivés à l'ULg. Il en faudrait le double. "On a de plus en plus besoin de corps car le nombre d'étudiants en médecine augmente fortement explique le Dr Alain Carlier, chirurgien et professeur d'anatomie à l'ULg. D'autre part, il y a des chirurgiens et des assistants qui doivent travailler pour apprendre des techniques opératoires et des travaux d'anatomie. Et on ne peut pas faire cela sur l'animal, on doit faire cela sur des corps humains". La situation reste gérable, mais elle n'est pas optimale.

"Ça aide vraiment les étudiants et les chercheurs"

"Cela nous aide vraiment à visualiser l'anatomie en 3D" confirme Julie Raquet, étudiante en 3ème bac Médecine. "Sans dissection, on n'aurait pas cette approche, dès le départ manuelle et technique pour former des médecins ayant une dextérité qui leur permet de faire correctement leur travail" ajoute Julien Johnen, médecin et assistant à l'Université. Pour ces futurs professionnels de la santé, c'est aussi le premier contact avec la mort et cette anatomie, si complexe. Les cours, les livres de médecine et les mannequins en plastique ne remplacent pas ces moments de travaux pratiques.

Toutes les universités sont touchées

Cette pénurie de corps ne touche pas que l'ULg. Toutes les universités en fédération Wallonie-Bruxelles tirent la sonnette d'alarme. Idéalement, à l'UCL, il faudrait 70 corps supplémentaires, à l'UMons une quinzaine, et près de 80 à l'ULB. C''est à Bruxelles justement que nous rencontrons des étudiants en kinésithérapie. Ils étudient sur de vrais corps, plus anciens, conservés, ... pour eux, c'est une chance et ils en ont bien conscience. "Moi, si je donnais mon corps à la science, je n'aimerais pas que les étudiants jouent alors que, justement, c'est indispensable pour leur formation. Je pense que le respect, c'est primordial" explique l'un d'entre eux.

Une décision difficile mais utile

Xavier Lambrecht a 54 ans. Cet homme a décidé de léguer son corps à la science. Une décision qui n'est pas facile à prendre. Pour lui, il faut absolument en parler avec ses proches. "Je pense que tout ce qui touche à la mort ne laisse pas indifférent explique-t-il. Alors je pense qu'on doit tenir compte de son entourage quand on réfléchit à un sujet comme celui-là". C'est l'utilité du geste qui l'a convaincu. "J'estime que j'ai profité d'une médecine performante et de qualité de mon vivant. C'est donc un juste retour des choses".

Intéressé(e) ? Les universités informent

Toute personne intéressée peut s'informer auprès des facultés de médecine des universités. Généralement, les seuls frais sont ceux liés à l'entreprise de pompes funèbres (transports, ...), comme pour un enterrement ou une incinération ordinaire. Le don de corps est compatible avec le don d'organes. Lors du décès, la famille a, en général, le temps de rendre un dernier hommage au défunt. En moyenne, un corps reste entre six mois et trois ans entre les mains des scientifiques, sauf accord à plus long terme. Ensuite, le corps peut-être rendu à la famille si tel est le souhait. Il n'y a pas de limite d'âge pour donner son corps et, évidemment, il est toujours possible de revenir sur sa décision. Même la famille proche peut encore s'y opposer, après le décès.

Eric Destiné

 

 

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