Pénurie de don d'organes: "Entre 1200 et 1250 patients attendent un organe", selon Dominique Van Deynse

Le don d’organes, un geste qui sauve des vies chaque jour et qui pourrait encore en sauver davantage. Le problème, la pénurie d'organes. Il existe effectivement une disproportion entre l’offre et la demande. Il reste donc encore des patients qui ne bénéficient pas de transplantation et qui malheureusement décèdent en liste d’attente.

"Il y a une différence entre les différents types d’organes, puisque les patients qui attendent un rein ont la possibilité de bénéficier de la dialyse. Le taux de décès pour ces patients-là oscille entre 5 et 6%. Par contre, les patients qui attendent un foie sont dans des situations beaucoup plus difficiles, beaucoup plus délicates, et ces taux peuvent monter jusqu’à 20%, voire parfois 25%", précise Dominique Van Deynse, coordinateur principal de la transplantation d’organes aux cliniques Saint-Luc à Bruxelles.

C'est le cas pour le foie et le cœur par exemple.

Chaque citoyen est supposé donneur d'organes

La liste de patients en attente d'un organe est longue. "Dans une certaine mesure, la transplantation reste victime de son succès. Il reste certainement aujourd’hui entre 1200 et 1250 patients qui attendent un organe, quel qu’il soit. Dans cette liste d’attente, la majorité des patients attendent un rein."

En Belgique, chaque citoyen est supposé donneur d'organes, sauf avis contraire. "Depuis 1986, nous avons une loi basée sur le principe du consentement présumé. Nous sommes tous des donneurs présumés. Néanmoins, il y a cette possibilité de marquer son opposition au prélèvement d’organes en enregistrant sa volonté auprès de l’administration communale du lieu de résidence. Cette notion est conservée dans un registre national et le législateur va plus loin, il permet aussi la possibilité d’enregistrer sa volonté express d’être donneur d’organes."

La demande express

Il nuance: "Bien entendu, la majorité des gens n’ont pas fait cette démarche d’enregistrement et quand on regarde les chiffres au registre national, il y a actuellement près de 360.000 personnes qui ont marqué leur volonté d’être donneurs d’organes, pour 196.000 qui ont marqué une opposition. Bien entendu, la majorité des personnes n’ont pas enregistré leur volonté et entrent donc dans le principe du consentement présumé. Dans ces situations-là, les familles sont abordées pour non pas demander une autorisation au prélèvement d’organes, mais pour tenter de connaître une opposition éventuelle qui aurait pu être émise du vivant de la personne qui est décédée."

L’avantage de formuler cette demande express est "surtout de marquer sa volonté en tant que personne de son vivant, mais ça ne change absolument rien puisque notre législation est basée sur le consentement présumé. De toute façon, les familles seront abordées non pas pour demander une autorisation, comme je le disais, mais pour tenter de connaître une opposition éventuelle. Il est bien évident que lorsque la volonté est affichée et enregistrée, c’est bien plus simple quand on aborde une famille."

La première cause de décès c’est bien sûr l’hémorragie cérébrale

On a encore en tête l’image de la personne qui décède brutalement dans un accident de la route et à qui on prélève les organes pour sauver des vies. Un cliché, qui ne correspond pas à la réalité.

La première cause de décès "c’est bien sûr l’hémorragie cérébrale, qui touche toute une série de personnes, pas nécessairement la personne plus âgée. Ça touche effectivement une très grande quantité de donneurs qui nous sont référés. Bien entendu, on va retrouver ces donneurs potentiels dans les services des soins intensifs pour la plupart du temps, donc à l’hôpital. Ce sont donc des gens qui vont effectivement décéder dans un contexte hospitalier. Et bien entendu, tous ceux qui ont marqué leur volonté d’être donneurs ne vont pas nécessairement évoluer vers un prélèvement d’organes puisque les conditions sont d’être décédé à l’hôpital et de rencontrer les différentes conditions spécifiques pour être donneur."

Nouvelles technologies

L'organe le plus transplanté reste le rein, vient ensuite le foie, le coeur, les poumons et le pancréas. "Il y a récemment eu une transplantation d’utérus qui a été réalisée. D’autres greffes, qui sont des greffes de tissus composites, sont envisagées ; rappelez-vous la première greffe de visage, de face. On va donc de plus en plus vers de nouvelles technologies. Il est aussi probable que dans un futur on développera encore plus la bio-ingénierie, qui permettra de développer d’autres choses", explique-t-il.

Le Parlement européen rassemble aujourd’hui tous les acteurs de la transplantation d’organes comme les patients, médecins, institutions, agences de transplantation. Dominique Van Deynse sera présent. L'objectif, pouvoir échanger entre les différents partenaires de l'Europe, bien que la Belgique se place dans le top mondial en termes de donneurs par million d'habitants. "On a toujours des choses à apprendre des uns et des autres. C’est donc une réunion particulièrement intéressante qui aura lieu aujourd’hui", conclu-t-il.

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