Pénurie d'eau en Flandre: "L'eau est plus déterminante pour nos vies que le coronavirus"

Pénurie d’eau en Flandre: "L'eau est plus déterminante pour nos vies que le coronavirus"
Pénurie d’eau en Flandre: "L'eau est plus déterminante pour nos vies que le coronavirus" - © Tous droits réservés

La Flandre occidentale interdit les prélèvements dans certains cours d’eau en raison de la sécheresse de ces deux derniers mois. Le pompage des cours d'eau sera également interdit en 19 endroits de la province de Flandre orientale à partir de jeudi, a indiqué le gouverneur intérimaire Didier Detollenaere. Et le gouverneur de la province de Limbourg a annoncé l'interdiction de pompage de l'eau à partir de jeudi. Les réserves d’eau en Flandre diminuent dangereusement alors qu’en Wallonie, les niveaux des eaux souterraines sont plus élevés que l’année dernière.

La Flandre crève soif : deux-tiers des stations de contrôle y enregistrent un niveau "faible à très faible". Le niveau des eaux souterraines a diminué dans 9 stations sur 10 en un mois. La gouverneure de la province d’Anvers, Cathy Berx, a interdit début mai le prélèvement d’eau dans 10 petits cours d’eau car les niveaux descendent dangereusement.

À l’issue d’une réunion de la commission sur la sécheresse (qui regroupe les représentants du secteur de l’eau en Flandre), la province de Flandre occidentale vient d’emboîter le pas ce mercredi et applique des mesures similaires. "C’est historiquement tôt", commente le gouverneur Carl Decaluwé.

Code orange en vue ?

Arroser son jardin, remplir sa piscine, nettoyer sa voiture… Ces gestes, qui semblent anodins, ont déjà été interdits temporairement en Flandre ces deux derniers étés. La commission sur la sécheresse a déjà enclenché " le code orange " à cause des vagues de sécheresse.

Contrairement à la Wallonie, la Flandre dépend fortement des eaux de surface comme les rivières pour son approvisionnement en eau. Elle est d’ailleurs la seule région d’Europe de l'Ouest à être en "pénurie hydrique extrême", selon des chercheurs du World Resources Institute de Washington.


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Dans une grande partie de la zone entre l’Escaut et le sillon Sambre-et-Meuse, l’agriculture irriguée, les industries et les communes utilisent en moyenne chaque année plus de 80% des réserves disponibles.

Faire des choix

Les ménages flamands ne peuvent donc pas seulement compter sur leurs nappes souterraines pour s’approvisionner en eau potable. C’est pour ça qu’elle cherche de l’or bleu ailleurs : aujourd’hui, 40 % de la production d’eau potable en Flandre provient du canal Albert. 

En 2018, les compagnies d’eaux flamandes ont acheté respectivement 34,1 et 27,8 millions de mètres cubes à Bruxelles et à la Wallonie, selon le média d’investigation Médor.

"Pour l’instant, la situation n’est pas encore dramatique, mais s’il ne tombe pas une goutte d’eau pendant encore plusieurs semaines, c’est à ce moment-là que les ennuis commenceront", prévient Patrick Meire, professeur en gestion d’écosystèmes et d’eau à l’université d’Anvers.

Face à une période de sécheresse prolongée, le niveau des cours d’eau va diminuer et il n’y aura peut-être pas assez d’eau pour tous les secteurs de la société : industrie, agriculture, navigation fluviale, citoyens, etc.

Selon le professeur, il faudra alors prendre des choix difficiles : "Ce sera un grand problème. On ne peut pas pomper de l’eau du canal Albert pour approvisionner l’agriculture flamande, les volumes sont beaucoup trop grands. Certaines entreprises risquent de manquer d’eau de refroidissement et seraient contraintes à l’arrêt."

Wallonie épargnée

Alors que des provinces flamandes commencent à interdire le prélèvement d’eau à certains endroits, la Wallonie n’a pas de souci à se faire. Les niveaux des eaux souterraines sont même plus élevés que l’année passée.

"La situation est très bonne. La recharge a été correcte, les lits sont plus élevés que l’année passée. Les barrages sont remplis. A priori, il n’y aura pas de problème cette année-ci", rassure Cédric Prevedello, d’Aquawal, l'Union professionnelle des opérateurs publics du cycle de l'eau potable en Wallonie.

Le seul bémol que relève le conseiller scientifique d’Aquawal est qu’on retrouve des nappes superficielles dans certaines régions en Ardenne. "Il y a donc moins de capacité de stockage et ces nappes dépendent plus de la météo à court terme."

Même s’il ne peut prévoir l’impact du coronavirus sur le tourisme en Ardenne, Cédric Prevedello reste optimiste : "A priori, il n’y aura pas de problème en Wallonie. Ces dernières années, il n’y a pas eu de grosses restrictions, seulement des recommandations pour consommer moins d’eau."

L’eau plus déterminante que le coronavirus

Pour continuer à approvisionner les ménages flamands, les compagnies des eaux flamandes se tournent vers d’autres sourcesEn mars, une station de dessalement a par exemple vu le jour à Ostende.

Patrick Meire considère néanmoins que ce type de station d'épuration n’est pas la panacée : "Ça consomme beaucoup d’énergie et génère beaucoup de déchets. De plus, les volumes ne peuvent répondre qu’à la demande de ménages pour une certaine région et cela ne concerne pas l’agriculture."

Pour améliorer la situation à long terme, le professeur du département de biologie plaide pour un changement de mentalité : "Il ne faut pas seulement réagir, mais plutôt investir dans des mesures préventives pour diminuer les risques de pénurie."

Il propose par exemple de réduire la vitesse à laquelle l’eau est évacuée vers la mer. "Pendant longtemps, l’eau a été rapidement évacuée vers la mer, par peur d’inondation. En période de pluie, nous devons la laisser s'écouler vers la mer le plus lentement possible. Mais ces mesures ne peuvent pas se prendre du jour au lendemain, il faut y aller progressivement."

En cette période de crise du coronavirus, le scientifique remet l'église au milieu du village : "La situation risque de s’empirer d’année en année. Le coronavirus est un problème important, mais sans eau, nous ne pouvons pas vivre. En ce sens, l'eau est beaucoup plus déterminante pour notre vie que le coronavirus. "