Pédophilie: l'Eglise "a franchi un très grand pas" en 2011 (G. Ringlet)

Pédophilie: selon Gabriel Ringlet, l'Eglise "a franchi un très grand pas" en 2011.
Pédophilie: selon Gabriel Ringlet, l'Eglise "a franchi un très grand pas" en 2011. - © RTBF

Invité de Matin Première, le théologien et ancien vice-recteur de l'UCL Gabriel Ringlet porte un regard critique sur l'année 2011. Et retiendra notamment les mouvements d'indignation et de révolution qui ont secoué notre monde. Quant à l'Église, Gabriel Ringlet estime qu'elle a fait un très grand pas en accordant plus d'importance et d'attention aux victimes de prêtres pédophiles.

De cette année 2011, Gabriel Ringlet, ancien vice-recteur de l’UCL, retiendra particulièrement la vague de révoltes communément appelée "Mouvement des Indignés". Mais le théologien refuse de parler d’une protestation uniforme. "Vous avez une ligne commune : à travers tous les pays, des gens protestent en ne se sentant plus suffisamment reconnus par les pouvoirs intermédiaires. Mais c’est très diversifié." Et Gabriel Ringlet de citer notamment le cas de la Patagonie (où les Indignés protestent à cause des terres enlevées) ou celui de l’Espagne (où les revendications portent principalement sur l’emploi).

Si on ne sait pas vraiment quel impact les cris de ces Indignés auront dans les mois et les années à venir, l’invité de Bertrand Henne se félicite déjà de ce mouvement "révélateur et peut-être aussi annonciateur". "Mais ce phénomène n’aura de sens que si on sort de l’individualisme", prévient Gabriel Ringlet. "On ne voit pas un leader aujourd’hui, même par pays."

Un "Printemps arabe" sur le long terme

Les révolutionnaires arabes ont également marqué de leur empreinte l’année (bientôt) écoulée. Gabriel Ringlet se dit particulièrement frappé par la différence entre les discours d’il y a un an et ceux prononcés aujourd’hui. "Il y a un an, on parlait d’espoir, de lumière, de jeunes renversant les dictatures. Aujourd’hui, ce sont des discours plutôt sombres, pessimistes." Le théologien estime également que parler de "Printemps arabe" est une erreur, tant le mouvement s’inscrit sur le long terme.

Gabriel Ringlet condamne l’attitude de l’Europe face à la vague de révolutions qui a traversé le monde arabe. "Je ne suis pas certain qu’elle ait mesuré le sens de l’indignation de ces jeunes générations, qui veulent un autre mode de vie, y compris sur le plan culturel."

Elio Di Rupo: "Un magnifique pari"

L’incroyable crise politique belge a également frappé l’esprit de l’ancien vice-recteur. Gabriel Ringlet affirme n’avoir jamais cru à la théorie de l’échec et de l’éclatement du pays et note que la Belgique est "un étonnant laboratoire pour une Europe encore largement à construire".

Quant à l’arrivée d’un francophone au 16 rue de la Loi, elle arrache un sourire au théologien. "Un magnifique pari", souligne-t-il. "Dans ce pays très clivé, pas seulement sur le plan linguistique ou communautaire, j’espère qu’avec un socialiste francophone à la tête de l'État, il va peut-être y avoir aussi certains dépassements de vieilles querelles familiales difficiles, qui ont beaucoup bloqué. Il est grand temps, dans ce pays, que l’on jette des ponts, y compris sur le plan idéologique."

Si la page de la crise belge semble tournée, la crise de l’euro et les dettes des États sont toujours d’actualité. "Je suis inquiet", concède Gabriel Ringlet. "Moi, ce qui me frappe exceptionnellement dans cette crise, c’est la naissance d’une nouvelle classe sociale. (…) On a même réussi à créer un nouveau mot, "précariat", entre précarité et salariat, où des intellectuels côtoient des immigrés ou des travailleurs à temps partiel, des artistes, des jobistes." La réponse à cette crise, l’invité de Matin-Première la trouve dans une plus grande solidarité économique.

Église: une procédure simple et gratuite pour les victimes de pédophiles

L’Église a également fait la Une de l’actualité en 2011 (ndlr: cet entretien a été réalisé avant les révélations du magazine Humo concernant Roger Vangheluwe). Les victimes de religieux pédophiles peuvent désormais profiter "d’une procédure simple, claire, gratuite, indépendante, dans un lieu incontestable. Pour celles qui demanderont des dédommagements financiers, c’est tout à fait possible", se réjouit Gabriel Ringlet. "On vient de franchir un très, très grand pas. Ce serait ridicule de ne pas reconnaître que ce qui s’est passé en un an est spectaculaire. J’ai vécu cela de très près. J’ai encore souvenir du point de départ très chaotique où tout était centré sur l’individu déviant. (…) Je me réjouis beaucoup du travail de la Commission."

PIAB avec Bertrand Henne

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