Pays baltes: commémorations des déportations soviétiques

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Les trois pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, commémorent cette semaine les déportations massives et brutales en Sibérie de dizaines de milliers de leurs citoyens par le régime soviétique il y a soixante ans.

Le drame du 25 mars 1949 reste gravé dans la mémoire collective balte alors que le sujet était strictement interdit durant l'époque soviétique. Moscou a toujours refusé de reconnaître qu'un crime fut commis.

"Mon coeur pleure chaque fois que je repense à ma mère. Elle avait 31 ans quand elle a été arrêtée cette nuit-là, avec quatre enfants, de deux, cinq, six et neuf ans j'étais la plus jeune , emmenée à la gare, poussée dans un wagon à bestiaux plein d'autres gens désespérés et déportée en Sibérie", raconte à l'AFP l'Estonienne Tiiu Teesalu.

En 1939, Moscou s'était mis d'accord avec l'Allemagne nazie sur l'occupation des Etats baltes, tout comme sur le partage de la Pologne. Les Soviétiques ont envahi les pays baltes en juin 1940.

La répression contre l'opposition, réelle ou imaginaire, commença aussitôt. Des familles entières furent classées "ennemies du peuple".

Le 14 juin 1941, 10 000 Estoniens, plus de 15 000 Lettons et 16 000 à 18 000 Lituaniens furent déportés.

Après l'attaque de l'Allemagne contre l'URSS en 1941, l'armée rouge a été repoussée hors des pays baltes. Après trois ans d'occupation allemande, les Soviétiques étaient de retour et reprenaient leur propre répression.

Près de 21 000 Estoniens furent arrêtés dans les rafles de 1949.

"Tout comme en 1941, les listes comportaient les élites politiques et culturelles de l'Estonie d'avant la guerre, Moscou les considérant comme une menace potentielle pour l'occupation soviétique", explique Rein Purje, membre de l'association Memento dédiée aux victimes estoniennes des déportations.

M. Purje, 67 ans, est né en exil en 1941. Sa mère était enceinte au moment de son arrestation.

En 1949, plus de 42 000 personnes ont été déportées de Lettonie. Environ 29 000 Lituaniens ont connu le même sort.

La Lituanie vécut d'autres opérations massives semblables. Au total, 118 000 Lituaniens ont été déportés vers l'Est, de 1945 à 1952.

"Il s'agissait de deux catégories de personnes: les agriculteurs aisés et ceux qu'on traitait de 'nationalistes'", indique l'historien lituanien Arunas Bubnys.

Les fermes des déportés furent confisquées. La collectivisation forcée commença. Les maisons vides passèrent aux familles de militaires ou aux colons soviétiques transférés dans les pays baltes pour modifier leur composition ethnique.

Nombre de déportés sont morts en chemin ou en exil. Les survivants avaient reçu l'interdiction de rentrer chez eux, jusqu'à la mort de Staline en 1953. Mais la repression n'a pas fini.

Rentrée chez elle en 1956, Mme Teesalu, a tenté en vain d'entamer des études d'histoire. Son rêve lui fut interdit à cause de son passé de déportée. "Il n'y a pas de famille en Lettonie qui ne soit pas concernée par les déportations", estime l'ancienne ministre des Affaires étrangères de ce pays, Sandra Kalniete, 56 ans, née en Sibérie de parents déportés. "Ces crimes ont pu apparaître au grand jour seulement après la chute du mur de Berlin et du Rideau de fer", souligne-t-elle.

L'occupation des pays baltes a pris fin avec l'effondrement de l'empire soviétique en 1991. Depuis le divorce d'avec Moscou, leurs relations avec le grand voisin restent tendues. Les trois Etats ont rejoint l'Union européenne et l'OTAN en 2004.

Les désaccords sont alimentés par les interprétations divergeantes du passé, Moscou refusant toujours de reconnaître des crimes contre l'humanité.

Selon Mme Teesalu, auteur de quatre ouvrages sur cette période, "une simple demande de pardon et la reconnaissance (par Moscou) que l'occupation soviétique a provoqué d'énormes souffrances parmi les nations baltes suffiraient pour dissiper le gros de l'amertume à l'égard de la Russie".

 

(Belga)

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