Payer pour publier un article scientifique : le fléau des revues prédatrices

Payer pour publier un article scientifique : le fléau des revues prédatrices
2 images
Payer pour publier un article scientifique : le fléau des revues prédatrices - © axel2001 - Getty Images/iStockphoto

C’est une pollution quotidienne dans les boîtes mail des chercheurs, mais surtout une arnaque permanente : des revues scientifiques en ligne contactent des chercheurs pour leur demander un article : des termes flatteurs, pour toucher l’ego de l’investigateur, mais surtout, une demande de payement, en contrepartie d’une publication de plus à son actif.

Les revues prédatrices ne manquent ni d’imagination, ni d’initiatives. En posant la question sur Twitter "Qui parmi les chercheurs a déjà été contacté par une revue prédatrice ?", les réponses fusent : "C’est tous les jours" et "il faudrait plutôt demander qui n’a jamais été contacté par une revue prédatrice ?"

Christophe, un jeune chimiste, expert en circuits de refroidissements, nous a mis la puce à l’oreille. Interpellé parce qu’une revue médicale lui a envoyé un courriel lui proposant de publier un article, peu importe lequel… alors qu’il ne travaille pas du tout dans le domaine médical.

Dans ce cas-ci, pas de mention de payement au premier courriel. Mais la plupart du temps, quelques centaines d’euros sont demandées en échange de l’article. Il y a même parfois des "soldes", où l’on vous offre un prix réduit pour publier. Des chercheurs tombent parfois dans le panneau, car la pression est rude pour acquérir une notoriété scientifique. Bernard Rentier, ancien recteur de l’Université de Liège, a été récemment contacté par un chercheur de son université, pris au piège : "Il avait envoyé de l’argent, il a demandé à le récupérer, il a demandé à récupérer son manuscrit et à faire annuler la publication. Il a fallu une intervention d’avocats pour finir par la récupérer".

Cet exemple fait légion : "Ça arrive tous les jours", poursuit Bernard Rentier. "On reçoit des demandes de publications de maisons d’édition inconnues, souvent avec des commentaires flatteurs sur votre qualité, votre prestige, votre excellence en recherche et si on est un peu naïf, on peut se laisser piéger par ça, envoyer un manuscrit et payer pour qu’il soit publié. Evidemment, ça manque totalement d’intérêt puisque ça va être publié dans une revue que personne ne lit, c’est un piège en fait".

La tentation du facteur d’impact

Les chercheurs sont motivés par la manière dont ils vont être évalués par leurs pairs, par le monde académique. Généralement, on examine la production scientifique : le nombre d’articles, leur référencement (citations), le prestige de la revue. Plus il y en a, plus grimpe le "facteur d’impact" du chercheur. Un système pervers, selon le chercheur FNRS Nicolas Dauby (CHU Saint-Pierre) : "Le facteur d’impact n’est pas adapté. C’est un système artificiel. On n’est pas évalué sur la qualité de la recherche, mais sur le nombre et la réputation. Cela mène à des dérives comme on l’a vu avec The Lancet."

Publier beaucoup, dans des journaux souvent cités, rapporte du prestige. Cet engrenage est bien huilé. Les évaluateurs et les organismes de financement de recherche devraient donc, selon Bernard Rentier, changer de méthode : "ne pas encourager la surproduction scientifique, mais évaluer la qualité. Il suffit de demander au chercheur 3 ou 5 de ses publications, peu importe s’il en a fait 400, qui pour lui sont les meilleures, pour pouvoir les analyser."

Durant la pandémie du COVID-19, les publications scientifiques ont connu une dérive : contributions non revues par les pairs, avalanche d’articles de valeur insuffisante… L’occasion d’une réflexion sur ce qui fait la valeur d’un chercheur et de ses publications.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK