"Paye Ton Tournage" dénonce le sexisme dans le cinéma belge

Ces deux jeunes techniciennes du cinéma ont lancé "Paye ton tournage" pour dénoncer le sexisme dans le cinéma belge.
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Ces deux jeunes techniciennes du cinéma ont lancé "Paye ton tournage" pour dénoncer le sexisme dans le cinéma belge. - © Tumblr Paye Ton Tournage

Cécile et Sophie (prénoms d'emprunt) n'ont pas encore 30 ans et déjà une longue expérience du sexisme derrière elles. Dans leur milieu professionnel, le cinéma, on le leur répète dès l'école : "ce n'est pas un monde de femmes". En mars dernier, elles ont lancé le blog "Paye Ton Tournage" pour rassembler les témoignages anonymes des techniciennes et réalisatrices qui travaillent dans le cinéma belge : "Plus on aura de témoignages, plus on pourra élever la voix."

"À l'école, on vous annonce la couleur"

Elles ont été formées dans l'une des plus grandes écoles d'art de Belgique et, dès l'école, le ton était donné : "Là où j'ai étudié le montage à l’INSAS", explique Cécile, " on nous dit dès le départ que, en tant que femme, on va rencontrer plus de contraintes et moins de possibilités que les hommes. C'est intégré chez toutes les étudiantes."

Le corps professoral est lui-même majoritairement masculin : "Nos profs sont de vieux hommes de plus de 60 ans, il y a très peu de femmes. On n'a pas de modèle de référence, ni parmi les enseignants, ni parmi les films que l'on étudie, c’est comme s'il n’y avait pas de femmes dans le cinéma", dit Sophie. 

"On y pensait avant l'affaire Weinstein"

Que se passe-t-il une fois le diplôme en poche ? "On est toutes les deux sorties de l'école il y a moins de cinq ans. Sur les tournages, on a déjà encaissé tellement de remarques que l'on a décidé de lancer ce blog. On a contacté la créatrice de "Paye Ta Shnek" qui a lancé le mouvement pour lui demander si le nom de domaine était libre." "Paye Ton Couple", "Paye Ta Robe" et maintenant "Paye Ton Tournage" sont toutes des déclinaisons du blog "Paye Ta Shnek" créé par la féministe Anaïs Bourdet en 2012. 

Le mouvement #MeToo a-t-il été déclencheur ? "Non, mais il a rendu le sujet plus accessible, plus audible. Pour nous, c'était raconter comment les femmes sont sous-payées et sexualisées sur les tournages. On s’est aussi servies de nos expériences de l'Insas pour commencer. D'autres témoignages ont commencé à recouper les nôtres, comme celui de cette prof qui nous explique en cours qu’il ne faut pas aller en jupe sur un tournage."

"On se met à douter de soi"

Le but du blog est d'éveiller les consciences, sans accuser personne nominativement : "C'est grâce à l’accumulation de toutes ces paroles que l'on crée une prise de conscience dans le milieu et en-dehors. Non, les blagues potaches en permanence, ce n'est pas normal. On a tendance à minimiser l’impact très sur les personnes qui les subissent." 

Un impact insidieux au point que de jeunes professionnelles, comme Sophie, en viennent à douter de leurs compétences : "J’ai fait un stage avec un technicien renommé. Quand j'en ai parlé à un autre homme autour de moi, il m'a demandé : "Alors t’es pas encore passée sous la table ?" J’étais vraiment blessée et ça m’a fait douter de mes capacités professionnelles."

L'importance de l'anonymat 

"Quand on a discuté avec la fondatrice de "Paye Ta Schneck", elle nous a recommandé l'anonymat", explique Cécile, "On a créé une adresse mail spécifique pour éviter les cyber-attaques de nos comptes personnels. On nous a prévenues du fait qu'il y avait beaucoup de détracteurs en ligne. Puis, surtout, on n'avait pas envie de se griller professionnellement."  

"Même si nous sommes issues d'une nouvelle génération, cela reste mal vu d’être féministe, il valait mieux ne pas dévoiler son identité, c’est déjà difficile de faire du cinéma, on ne voulait pas se compliquer la vie", conclut Sophie.

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