Pauvreté des enfants: les ménages sans emploi particulièrement fragilisés en Belgique

Comment estimer la pauvreté d’une population d’un pays ? L’indicateur le plus simple, et le plus facile à utiliser, est le revenu :  les membres d’un ménage sont considérés comme pauvre si leur revenu s’élève à moins de 60% du revenu médian national. C’est-à-dire, en Belgique, moins de 10.618 euros par an, ou 885 euros par mois.

Afin d’élargir cette perception de la pauvreté, des chercheurs européens ont développé un autre type d’indicateur, appelé la "déprivation spécifique des enfants". On considère ici un ensemble de 17 "items" auquel un enfant doit avoir accès : manger des fruits et légumes, pouvoir inviter des amis à la maison, pouvoir participer à des excursions scolaires, etc. Un enfant est en situations de déprivation quand il lui manque au moins trois items. Une étude de Frank Vandenbroucke (Université d’Amsterdam) et Anne-Catherine Guio (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research) et publiée par la Fondation Roi Baudouin utilise cet indicateur pour analyser la situation en Belgique.

En Belgique, le taux de déprivation des enfants, est d’environ 15%. C’est similaire à la France, mais supérieur aux pays voisins…. et cet écart se creuse pour les enfants les plus défavorisés : 12% d’entre eux sont privés d’au moins quatre items, alors que ce taux est de moins de 10% chez nos voisins, et de 2% au Luxembourg.

Niveau très élevé de pauvreté à Bruxelles

Mais derrière ces chiffres nationaux se cache une forte disparité régionale. Si la Flandre fait office de bon élève (belge, et européen), Bruxelles souffre d’un niveau très élevé de pauvreté. Une situation qui s’explique par le statut particulier de la région, qui est une grande ville… et c’est dans ce type d’environnement que se concentre la pauvreté en Europe. La Wallonie, elle se situe vers le milieu du tableau, avec des niveaux de déprivation proche de ceux du Royaume-Uni, de la Croatie ou de la Pologne.

Proportion d'enfants privés d'un certain nombre d'items, par région :

En poussant l’analyse un peu plus loin, les chercheurs ont pu identifier les facteurs de risque de déprivation. Sans surprise, le revenu est le facteur ayant le plus d’impact, particulièrement en Flandre. Le niveau de formation a également une forte influence : les enfants de parents peu qualifiés sont plus à risque de déprivation. Vivre dans une famille monoparentale et être locataire augmente aussi le risque, tout comme le fait que des membres du ménages souffrent de problèmes de santé chroniques.

Les ménages sans emploi particulièrement fragilisés

Une particularité belge, par rapport aux autres pays européens, est la forte proportion d’enfants déprivés dans les ménages sans emploi : ils sont 54% en Wallonie-Bruxelles, et 41% en Flandre, pour un taux national de 50%. Ce qui place notre pays sur la première place, pour cet indicateur. En cause, selon les auteurs de l’étude, le fait que la plupart des allocations sociales (chômage, revenu d’intégration sociale) ne permettent pas aux bénéficiaires de s’élever au-dessus du seuil de pauvreté. En d’autres mots, les allocations sociales en Belgique sont trop basses pour permettre aux ménages de vivre dignement.

Afin de lutter contre la pauvreté, les chercheurs appellent à une réforme des systèmes fiscaux et sociaux, avec ce défi crucial : augmenter les perspectives d’emploi et le niveau de vie des parents isolés et peu qualifiés. Et de proposer différentes pistes : revaloriser les allocations d’assistance sociale et familiales, développer de services d’accueil de la petite enfance abordables et de qualité et mettre en réseau les différents acteurs locaux concernés par la lutte contre la pauvreté.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK