Pauvreté: "Accepter d'être aidé, un cap difficile à franchir"

Pauvreté : "Accepter d'être aidé, un cap difficile à franchir "
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Pauvreté : "Accepter d'être aidé, un cap difficile à franchir " - © Tous droits réservés

Ils n'ont plus le choix. Il faut manger, se chauffer, donc faire appel à des associations. Mais ils nous tiennent tous le même discours. Faire la file pour recevoir un colis, choisir des vêtements dans un vestiaire de seconde main : ce n'est pas naturel. Les premiers temps, la gêne est souvent au rendez-vous. L'opération Viva For Life vient en aide à des dizaines d'associations, qui aident des familles à garder la tête hors de l'eau.

"Jamais je n'aurais pensé être ici", raconte Philippe. Papa d'un bébé de 4 mois, il bénéficie des colis alimentaires depuis quelques semaines. "Alors que, dans le temps, j'ai distribué moi-même la soupe populaire pour aider les gens. Tout allait bien, à ce moment-là. J'avais un travail. Une belle maison. Une voiture décapotable. J'étais bien. Mais une mauvaise rencontre, puis une séparation ont tout ruiné. Et je suis ici."

Ce jour-là, Philippe est loin d'être le seul à faire la file. Nous sommes en fin de mois, un samedi. L'Estrella, une association mouscronnoise, distribue les "gros" colis. "Avec ça, on a de quoi manger pendant une semaine. Ça aide bien ! Vous savez... À un moment donné, j'ai même dû aller dans les champs, chercher des pommes de terre, des carottes", raconte Philippe.

"T’es tombée bien bas !"

"Moi, j'ai toujours voulu m'en sortir seule", explique Julie. Elle a deux petits bouts, vient d'accoucher du dernier. "Mon homme est tombé malade. Arrêt maladie pendant 2 ans. Je travaillais, mais, avec ma grossesse, ça s'est compliqué. On en est arrivé à toucher 400 euros de chômage pour moi, 800 euros pour mon compagnon via la mutuelle. Au début, on tire à gauche, à droite, on pense que ça va aller. On supprime tout. Et puis on se sent coincé de toutes parts !"

Julie a mis 3 mois avant d'oser franchir le seuil de l'Estrella. Et elle pleure encore en nous racontant. "Jamais, jamais je n'aurais pensé venir ici. Je connaissais l'endroit. Je me disais : 'Ces gens n'ont qu'à travailler ! Moi je me lève tous les matins, je sais pourquoi !'. Et en fait... je me trompais ! Car, maintenant, bien que j'ai recommencé à travailler, j'ai encore besoin d'être aidée. Je ne m'en sors pas. Ça reste difficile de se dire 'T'es tombée bien bas' !"

Christelle Rys la console. On voit qu'elle a beaucoup d'affection pour la jeune femme, et ses bénéficiaires en général. Christelle sait combien ils sont nombreux à ressentir de la gêne, les premiers temps.

"La plupart des gens pleurent, la première fois, raconte-t-elle. C'est difficile de demander de l'aide. Encore plus de l'aide alimentaire ! On leur dit 'Faites ce pas. Allez !' Moi, je suis le chien qui aboie, mais qui ne mord pas ! Quand le pas est fait, on les prend en main. Vous savez, on est comme eux, on n'est pas plus. Moi, je suis une maman de 5 enfants. Je sais que les accidents de la vie ça peut arriver à tout le monde !"

"Quand on m’aide, j’ai l’impression d’avoir 12 ans"

Il arrive que des personnes, suite à une baisse de moral, ne se présentent plus le jour du colis. "Je l'ai fait, reconnait Cathy. J'avais plus envie. C'était trop pour moi, même si j'avais besoin de ce colis, je trouvais ça tellement dégradant."

Elle a croisé Christelle en rue, "et elle m'a grondée", sourit Cathy. "Elle m'a dit 'Tu viens ! Pense à ton fils ! T'en as besoin, de ce colis'." Depuis, Cathy ne manque plus une distribution. "Je me dis que j'y ai droit. J'ai des papiers qui le prouvent, je ne suis pas ici pour rien."

Faire appel à une association la met finalement moins mal à l'aise que d'accepter les dons de ses proches. "Chaque fois qu'on m'aide, j'ai l'impression d'avoir 12 ans. Les gens te disent 'Tiens, un reste de carbonnade, tu fais ça avec ça, t'ajoutes ça...'. C'est bon, quoi ! L'autre jour, une dame m'a offert un sac contenant des produits du Lidl. C'est très gentil, mais elle a tout déballé sur le trottoir. Produit par produit. En insistant sur le fait que c'était des bonnes choses. C'était tellement humiliant..."

De plus en plus de travailleurs dans la file

La crise touche un nombre croissant de familles. Christelle le remarque au profil des bénéficiaires. "Oui, on voit la différence. De plus en plus de familles mono-parentales. Énormément de femmes avec la garde des enfants, pour qui il est très difficile de retrouver un travail, il faut faire garder les enfants, assumer des frais supplémentaires. On a de plus en plus de personnes âgées. C'est triste aussi, car il n'y aura pas de changement pour eux, leur retraite ne va pas augmenter. Et puis je voudrais dire aussi qu'il y a énormément de gens qui travaillent ! On a l'idée que ce sont des gens qui ne font rien, qui glandent. Mais non ! Ils n'y arrivent pas, car les salaires sont bas et les charges sont là."

L'asbl L'Estrella aide des centaines de personnes, mais sans doute pas encore les plus pauvres. "Je ne crois pas, non. Je pense que, les vrais pauvres, même si c'est un drôle de mot, eux, ils se terrent chez eux. Ils n'osent pas. Ils ne se montrent pas."

Envie de soutenir des associations ? L'opération Viva For Life se déroule du 17 au 23 décembre. L'an dernier, grâce à la somme récoltée (plus de 4 millions d'euros), 104 associations ont pu être aidées.

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