Patrimoine: comment moderniser nos vieux ascenseurs sans tuer leur âme ?

Difficile de moderniser nos vieux ascenseurs
2 images
Difficile de moderniser nos vieux ascenseurs - © Tous droits réservés

Au milieu du hall d’un immeuble bruxellois, trône un ascenseur au style art déco. Depuis 1913, il emmène ses voyageurs à destination. Ses grilles de fer forgé, ses vitraux et sa cabine en bois verni font de lui un objet d’art. Mais comme tous les ascenseurs mis en service avant 1958, il devra être modernisé d’ici 2022. L’objectif : augmenter sa sécurité. Ses propriétaires, comme beaucoup d’autres, craignent que cette mise aux normes détruise son authenticité et lui fasse perdre de son cachet.

Ce que veux la loi

La présence de hautes barrières tout autour du dispositif est requise ainsi que la présence d’une gaine enveloppant la cabine, ou encore un espace minimum entre l’ascenseur et le palier. Autant d’éléments faciles à mettre en place sur un ascenseur moderne mais jugés excessifs par des propriétaires de machines plus anciennes. Conséquence : certains ont décidé de ne pas moderniser leur ascenseur et attendent un changement dans la loi. "Au lieu de créer des aménagements trop lourds qui vont détruire l’esprit original de l’ascenseur, nous essayons d’avoir une loi qui respecte, bien sûr la sécurité des usagers, mais aussi l’âme de cet ascenseur ", explique Paolo De Chiara, un copropriétaire dont l’immeuble possède également un vieil ascenseur art déco. Un risque qu’il est prêt à prendre même si les amendes en cas de non-conformité pourront aller jusqu’à 150 000 euros.

Une analyse de risque

Face aux revendications, un apport a été ajouté à la loi. Les propriétaires d’ascenseurs anciens peuvent demander une analyse du risque sur-mesure. Celle-ci, la méthode Kinney prend en compte la valeur historique et esthétique de la machine. Mais selon Sidney Schreiber, copropriétaire et président de l’association Save Our Heritage Elevators, elle est trop souvent ignorée par les services de contrôle. " Il ne semble pas y avoir une vraie volonté d’utiliser et de mettre en œuvre la méthode Kinney ", précise-t-il. Avec son association, il milite en faveur d'une meilleure application de la loi et pour une rénovation réalisée par des artisans. "Cela veut dire former une main d’oeuvre capable de répondre à nos demandes, soit préserver nos ascenseurs, les mettre en sécurité, utiliser des méthodes modernes et employer des techniciens locaux".

L’artisan ascensoriste

Paul Marien est l’un des derniers artisans ascensoristes. Il sécurise les vieux ascenseurs sans les dénaturer. Sa technique consiste à utiliser la technologie afin de proposer des solutions de modernisation. Les hautes barrières sont remplacées par du plexiglas. Exit la gaine, et place à un rideau de fermeture électronique, installation d’un verrouillage des portes et d’une nouvelle machine de commande. Tout cela permet à l’ascenseur d’être plus sécurisé tout en conservant son style d’origine. Malgré tout, même ainsi rénovés, les ascenseurs ne respectent pas tout à fait la réglementation, encore trop stricte aux yeux de ces passionnés. Et pourtant, dans cinq ans, les 12 000 anciens ascenseurs que compte notre pays, devront être en règle.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir