Patrice Lumumba: une statue pour regarder notre passé colonial en face

Le 11 janvier dernier, des militants de la cause antiraciste et " décoloniale " déboulonnaient le buste de Léopold II dans le parc Duden. Ils protestaient de cette manière contre la manière dont notre passé colonial est abordé dans le débat public.

Ce dimanche, à l’initiative de l’association antiraciste BAMKO, plutôt que de déboulonner une statue, on en a inauguré une. Et pas n’importe laquelle puisque c’est une statue à l’effigie du héros de l’indépendance congolaise: Patrice Emery Lumumba.

C’est l'artiste Rhode Makoumbou qui a réalisé cette œuvre grandeur-nature. La sculpture a été réalisée à base de sciure de bois et de colle. Intitulée "Patrice Lumumba, le discours d'indépendance du 30 juin 1960", elle a donc été dévoilée ce dimanche dans la galerie Ravenstein, près de la Gare Centrale de Bruxelles, devant plus d’une centaine de personnes. Elle trônait alors sur une ‘place itinérante’, en attendant une hypothétique Place Lumumba à Bruxelles qui reste une revendication centrale des militants de la cause décoloniale.

En tuant Lumumba, la Belgique "a décapité la jeune démocratie congolaise"

Pour rappel, le 30 juin 1960, jour de l’indépendance congolaise, c’est Patrice Lumumba qui devient le Premier ministre du pays à la suite d’élections démocratiques. Il prononce ce jour-là son plus célèbre discours, face au Roi Baudouin et à une partie de l’establishment belge de l’époque. Un discours sans concession qui balaie les propos paternalistes qui viennent d’être prononcés avant lui par le Roi des Belges et le président Kasa-Vubu.

Ce rebelle, panafricaniste et anticolonialiste, sera assassiné le 17 janvier, au bout d’un processus dans lequel la Belgique tire les ficelles pour faire en sorte qu’il soit livré à ses pires ennemis. La CIA avait alors déjà échoué dans différentes tentatives de l’éliminer physiquement.

En "décapitant la jeune démocratie congolaise" (l'expression est de la journaliste Colette Braeckman -voir vidéo en tête d'article-), la Belgique et les Etats-Unis plaçaient de facto à la tête du pays un certain Joseph-Désiré Mobutu, futur Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga. Ce dernier régnera sur le pays en dictateur absolu pendant plus de trente ans. Depuis lors, le pays n’a plus jamais pu renouer durablement avec la démocratie.

Mais en étant assassiné, Patrice Lumumba est devenu plus qu’un homme politique. Il est devenu un mythe, un héros martyr de l’histoire des luttes anticoloniales en Afrique subsaharienne au même titre que peuvent l’être des Felix Moumié, Amilcar Cabral ou Thomas Sankara.

Responsabilité "morale" et malaise

"Martyr" en effet parce que toutes ces figures historiques ont un triste point commun : elles sont mortes assassinées dans des circonstances troubles mais où la puissance coloniale a systématiquement joué un rôle.

La Belgique a commencé son examen de conscience en 2000 avec une commission parlementaire sur l'assassinat du leader congolais. Une commission qui conclut en 2001 à la "responsabilité morale" de la Belgique, sans que l’on puisse expliquer ce qu’on entend clairement par là. Quoi qu’il en soit, en 2002, le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Louis Michel (le père de notre Premier ministre actuel) a présenté ses excuses à la famille de Lumumba et au peuple congolais, au nom de notre pays.

Mais malgré ces excuses, on sent que notre pays reste mal à l’aise vis-à-vis de ce passé peu glorieux.

C’est pour dissiper ce malaise, pour pouvoir enfin regarder notre passé colonial droit dans les yeux que les militants de Bamko ont décidé d’ériger cette statue.

Nous avons rencontré Mireille-Tsheusi Robert, qui est la tête de cette association, ainsi que plusieurs autres personnes présentes dont Aliou Balde du collectif "Mémoire Coloniale et Lutte contre les Discriminations".

Découvrez leur décodage de cet événement ainsi que d’autres témoignages dans le reportage vidéo de VEWS ci-dessus en tête d’article

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