Passer aux contenants consignés : pas si simple pour les petits producteurs

Gabrielle Vilour a fait le choix d'utiliser des bocaux consignés pour ses productions artisanales
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Gabrielle Vilour a fait le choix d'utiliser des bocaux consignés pour ses productions artisanales - © RTBF

Le système de la consigne reste populaire chez nous pour les bouteilles de bière, d’eau ou de limonade. Le principe est simple : en rapportant ses bouteilles au point de collecte, souvent le magasin, le consommateur récupère les quelques centimes que valent les contenants. Ceux-ci sont ensuite nettoyés en vue d’être réutilisés pour le même usage. Un mode opératoire qui, selon certaines études, aurait un bilan carbone nettement moins élevé que le recyclage des bouteilles et bocaux déposés dans les bulles à verre.

On s’est dirigés vers la consigne parce qu’on s’est rendu compte que la demande était là

Avec la vague du "zéro déchets", la consigne ou "vidange" connaît donc un regain d’intérêt. Chez les consommateurs, cela se traduit par un retour des bacs plus important dans les grandes surfaces. "Après des années de légère diminution, on note une augmentation notable, d’environ 6%, des retours de bacs de bière et d’eau", indique ainsi le groupe Colruyt.

Cela concerne essentiellement les boissons produites par de grands groupes, dotés d’installations de lavage performantes, de taille industrielle. Des infrastructures auxquelles ont aussi recours certaines petites brasseries.

La Brasserie belge, à Herstal, est une jeune entreprise artisanale. Le choix des bouteilles cautionnées s’est imposé d’emblée, pour des raisons commerciales avant tout. "On s’est dirigés vers cela parce qu’on s’est rendu compte que les clients demandaient ce type de bouteilles, confirme Bruno Jacobs, brasseur. Ce n’était pourtant pas notre préférence au départ : pour nous, la consigne n’a pas de logique et nous semble même avoir un impact écologique et économique plus lourd que le recyclage : il faut tout de même transporter toutes ces bouteilles vides, les laver en utilisant beaucoup d’eau et de produits chimiques".

Les bouteilles de la brasserie sont donc récupérées dans les points de vente et triées par une société tierce, avant d’être envoyées au lavage dans l’usine Jupiler, qui lui fait quasiment face. "C’est un peu aberrant de se dire qu’elles font tous ces kilomètres avant de se retrouver de l’autre côté de la Meuse", commente-t-il. A chaque nouveau brassin, une palette de bouteilles neuves est déballée. "Ce que deviennent nos bouteilles après avoir été vendues nous échappe un peu", reconnaît le brasseur.

 

Beaucoup de contraintes

Le système est simple et ne coûte rien à l’artisan. "Le montant de la consigne est de dix ou douze cents, soit le prix d’une bouteille neuve. Et elles repartent directement pour être lavées pour le même prix", précise Bruno Jacobs. La seule contrainte : utiliser des bouteilles standards. "Si on n’avait pas la pression des clients pour fournir des bouteilles consignées, nous opterions pour une bouteille de forme plus originale. C’est important de se distinguer dans ce secteur", explique-t-il.

Il reste juste à ses bières leurs étiquettes – noires, jaunes et rouges, dans ce cas-ci – pour se distinguer dans les rayons des magasins. Mais là aussi, le brasseur ne peut pas faire n’importe quoi : "Nous utilisons des étiquettes microperforées, pour qu’elles puissent se décoller plus facilement au lavage". Pour être plus libre dans ses choix, l’entreprise ne pourrait-elle pas envisager de laver ses bouteilles elle-même ? "A mon sens, non. Une laveuse de bouteille, c’est énorme en taille, ça consomme aussi beaucoup. C’est un investissement énorme. On pourrait le faire nettoyer, dans des coopératives, en se réunissant à plusieurs brasseurs. Certains le font, mais ça a un coût certain".

Un litre et demi d’eau par cycle, mais…

Il est vrai que pour le moment, les stations de lavage peinent à trouver des clients pour le nettoyage des contenants consignés. "Il y a encore de nombreux freins à l’utilisation de ce type de lave-vaisselle, ce qui fait qu’il n’est en ce moment utilisé qu’à 10% pour ce type de lavage" confirme Valérie Cosse, chargée de mission chez Axedis.

Cette entreprise de travail adapté de Limal (Wavre) a été une des premières à faire l’acquisition de cet équipement, avec l’aide de subsides. Il s’agit d’un gros lave-vaisselle, peu gourmand en eau et en énergie. "En un cycle de quelques minutes, on consomme seulement litre et demi d’eau. Notre processus est globalement écoresponsable : nous utilisons des produits écolabellisés, de l’énergie verte, et nous avons pour projet d’installer des panneaux solaires", précise Valérie Cosse.

Aujourd’hui, il est surtout employé pour le lavage des gobelets réutilisables, qui se généralisent dans les fêtes et festivals, et de vaisselle. "Pour le moment, il y a encore pas mal de limites au lavage des contenants consignés, poursuit-elle. Il faut que le verre soit de bonne qualité, suffisamment épais pour ne pas casser au bout d’un ou deux lavages. Il faut faire attention au type d’étiquette qu’on y appose. S’il faut gratter, c’est de la main-d’œuvre en plus, qu’on doit forcément répercuter sur le coût du lavage. Il faut aussi tenir compte de l’éloignement du client : dans notre démarche, faire beaucoup de kilomètres n’a pas beaucoup de sens".

De plus, le lave-vaisselle ne peut actuellement pas accueillir les bouteilles, de bière notamment : leur nettoyage est plus compliqué de par leur forme, mais aussi parce qu’il faut bien veiller à éliminer les levures qui restent parfois au fond des contenants et qui peuvent nuire à la qualité du produit.

Il va falloir un temps d’adaptation

Mais l’entreprise, comme le secteur des entreprises de travail adapté, croit dans cet outil. Une autre ETA, en province de Luxembourg, va d’ailleurs prochainement inaugurer sa propre station de lavage. L’idée est de créer à terme un réseau, avec un dispositif au moins par province, pour se rapprocher au maximum des clients et éviter les kilomètres inutiles.

Valérie Cosse le confirme : "Pour fonctionner de manière optimale, cela nécessite la création d’un réseau entre plusieurs partenaires". Marie Jemine, qui vient de lancer sa société L’Empoteuse, tient le même discours : "Il va falloir un temps d’adaptation, de transition pour qu’un circuit logistique se mette en place et qu’on propose une offre démocratique".

Son projet repose sur une idée simple : aider les petites structures à adopter l’emballage consigné, sans que cela ne génère plus de contraintes pour elles. "C’est compliqué pour elles de le faire. Du coup, beaucoup d’entre elles abandonnent, regrette-t-elle. J’arrive donc avec un service qui externalise le système : la fourniture des bocaux, la récupération des consignes dans les magasins, leur nettoyage, le transport et tous les aspects logistiques". En mettant justement sur pied un réseau, qui inclut la station de lavage d’Axedis, et bientôt d’autres, des transporteurs, dont des coursiers à vélo dans les centres-villes…

Le projet n’en est qu’à son tout début, mais la première cliente de L’Empoteuse, la productrice de préparations artisanale Gabrielle Vilour, se réjouit : "Le frein c’est vraiment le temps et l’énergie que la gestion des consignes demande, en plus de la production et la gestion de l’entreprise proprement dite. Avoir un support tel que celui-ci va vraiment m’aider". Elle avait commencé à suggérer à ses clients de rapporter les bocaux au magasin, mais cela devenait trop lourd pour elle.

Ses tapenades, légumes fermentés et compotes seront donc bientôt vendus dans des contenants réutilisables. "Je vends des produits issus de l’agriculture bio et locale. Ce type d’emballage est cohérent avec mes valeurs et celles de mes clients", rappelle-t-elle.

Reste la question du prix : les produits emballés de cette manière seront forcément vendus plus cher.

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