Pass Covid belge: "un dispositif de gouvernance qui est fait pour rester"

Pour accélerer le retour à une vie normale, certains préconisent un pass Covid belge, sur le modèle du certificat vert européen qui devrait voir le jour le mois prochain pour faciliter les voyages des Européens dans l'Union cet été. Pour en débattre sur le plateau de CQFD: Elie Cogan, professeur émérite à l’ULB et spécialiste en médecine interne au CHIREC – Delta et Benoit Frydman, professeur au centre Perelman de Philosophie du droit à l'ULB. 

Un outil ni clivant, ni discriminant

Elie Cogan s'est à plusieurs reprises prononcé en faveur de ce pass national, insipiré du dispositif européen visant à faciliter les déplacements dans l'Union d'ici l'été, en fournissant trois types de données: personnes vaccinées, personnes guéries du Covid et supposément immunisée, et personnes testées négatives. 

Un outil qu'il voit comme une bouffée d'air pour les citoyens comme les secteurs impactés et qui pourrait, dit-il, contribuer à accélerer le retour à une vie normale, en permettant de retourner au théâtre, au cinéma ou au restaurant. "Compte tenu de la circulation du virus et de certains lieux pour lesquels il y a un risque de transmission, je plaide effectivement pour un pass Covid qui ne serait ni clivant, ni discriminant car accessible à toute personne indépendamment du statut vaccinal", explique le professeur émérite à l’ULB.

Benoit Frydman est contre cet outil: "il faut comprendre que le Covid pass est un dispositif de contrôle qui va subordonner l'accès de toute personne à certains lieux publics à une attestation authentifiant certains éléments de son statut de santé. C'est donc un dispositif de gouvernance dans un objectif louable mais qui porte atteinte à la liberté d'aller et de venir, en créant un système de laisser-passer". Il faut réflechir en termes de coûts-bénéfices, poursuit-il: 

Un dispositif fait pour s'amplifier dans ses applications

Adapter à la réalité sanitaire

"C'est pour cela que ce type d'outil doit être encadré à la fois par des considérations éthiques et légales", réagit Elie Cogan. "Personnellement, je n'ai pas autant de craintes. Dans une situation telle qu'on la vit maintenant, où les contraintes et les entraves aux libertés sont, de mon point de vue, trop importantes, n'est-il pas légitime d'imaginer un outil qui permette de retrouver des libertés progressivement, en l'adaptant à la réalité sanitaire?", s'interroge le spécialiste en médecine interne au CHIREC – Delta.

Benoit Frydman dit ne pas remettre en cause l'intention de départ, "mais concernant les choix à faire, je pense que le confinement touche à sa fin [...] Le choix aujourd'hui, me semble-t-il, est plutôt: soit on libère sans, soit on libère avec le pass. Sans le pass, on aura vraisemblablement plus d'infections. La question est de savoir si ce bénéfice du pass vaut la peine d'introduire un dispositif de surveillance qui va poser problème, quand bien même il serait balisé par un texte de loi", estime le professeur au centre Perelman de Philosophie du droit à l'ULB. 

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