"Pas de droits, pas de chocolat !": Oxfam veut un commerce du cacao plus équitable et écologique que le "chocolonialisme" actuel

C’est bientôt la Saint-Nicolas, et avec elle bien souvent le chocolat. Mais ce dernier peut avoir un goût amer lorsqu’on se penche sur ses conditions de production, notamment en Afrique de l’Ouest, qui représente 70% de la production mondiale de cacao. Les fèves sont transformées en chocolat dans les pays du Nord, et ce dernier est emballé et vendu en grandes surfaces. Résultat : le petit paysan africain ne touche au final plus que 6% du bénéfice de la vente d’une tablette…

Un "chocolonialisme" auquel Oxfam veut mettre fin. Ce samedi et dimanche, l’organisation organise des petits-déjeuners pour sensibiliser les chocovores sur cette injustice. "L’Afrique de l’Ouest est le plus grand producteur de chocolat, et l’Europe est le plus grand consommateur, explique Sébastien Maes, d’Oxfam-Magasins du Monde. On estime que les producteurs et les productrices gagnent un tiers de ce qu’ils devraient gagner pour avoir un revenu dit vital, pour avoir accès au logement, à l’éducation des enfants, aux soins de santé, mais aussi à une épargne en cas de coup dur."

2 millions d'enfants dans les plantations

Dans les années 80, les producteurs de cacao touchaient environ 16% du bénéfice de vente d’une tablette de chocolat. Mais aujourd’hui, ce sont les grands chocolatiers et les supermarchés qui se sucrent au passage. "C’est tout le jeu de l’agro-industrie, note Sébastien Maes. On a une grosse concentration de pouvoir au sein des filières alimentaires et notamment celle du cacao, et que les bénéfices ne se font pas au niveau des producteurs et des productrices, mais au niveau des grandes entreprises chocolatières : Barry Callebaut, Cargill… Ils essaient de faire évoluer les choses mais ils ne permettent pas la transparence qu’on veut garantir à nos consommateurs et consommatrices."


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Les mineurs sont mobilisés pour travailler dans les champs de cacao : on estime que 2 millions d’enfants travaillent dans les plantations, rien qu’en Côte d’ivoire et au Ghana, les deux principaux pays producteurs. "Les périodes de récolte, qui coïncident plus ou moins à la rentrée scolaire, c’est-à-dire septembre-octobre, sont des moments où on a besoin d’énormément de main-d’œuvre, précise Sébastien Maes. Ce sont donc les enfants qui, au lieu d’aller à l’école, se retrouvent dans les plantations. Sachant qu’il y a entre 5 et 6 millions de producteurs de cacao au niveau mondial, se dire qu’il y a déjà 2,1 millions d’enfants, c’est un constat assez affligeant", soupire le militant. D’autant qu’il s’agit parfois d’esclavage d’enfants, venus de pays étrangers, vendus par leurs parents qui vivent dans une situation d’extrême pauvreté.

Le chocolat, 1% du PIB belge

OXFAM a développé une filière équitable : les producteurs sont payés de manière correcte, et reçoivent en plus une prime permettant d’attendre un revenu vital. Cette prime permet aux familles d’envoyer leurs enfants à l’école, ou de les soigner le cas échéant.

La culture du cacao est aussi responsable de la destruction des forêts indigènes à cause des incendies causés par les agriculteurs. "Cet été, l’Amazonie a brûlé, mais l’Afrique aussi, remarque Sébastien Maes. C’est la technique de l’abattis-brûlis, que l’on connaît aussi ici, pour développer de nouvelles parcelles ou les rendre plus fertiles. C’est un phénomène très difficile à maîtriser." En 2017, la crise du cacao a provoqué des abattages massifs pour pouvoir planter plus de cacaoyers, alors que des techniques agricoles comme le compost permettent une plus grande rentabilité. L’apprentissage de l’agro-écologie permettrait donc d’épargner les forets, en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Indonésie et en Amérique latine.


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En Belgique, le chocolat représente beaucoup d’emplois et de créations de richesses. Il y a un an, le secteur du chocolat et la grande distribution ont signé, à l’initiative du gouvernement, un partenariat, "Beyond Chocolate". L’objectif est de rendre le chocolat belge plus éthique, en luttant contre le travail des enfants et le déboisement, et en assurant un revenu décent aux paysans du sud. "En Belgique, le chocolat représente 1% du PIB, affirme Sébastien Maes. Les décideurs politiques ont conscience de cet aspect, mais pour l’heure, c’est plus une déclaration d’engagement." Oxfam demande donc un vrai plan d’engagement, pour que ce ne soit pas qu’un coup de communication.

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