Pas de chambre simple, pas d'opération: témoignage d'une pratique illégale

Imaginez : vous devez subir une opération qui nécessite une hospitalisation de jour. Vous souhaitez prendre une chambre double mais votre médecin refuse alors de vous opérer. Votre docteur vous impose une chambre simple, beaucoup plus chère. Une pratique illégale que Philip a vécu lors d'une consultation en orthopédie à l'hôpital bruxellois du CHIREC.

"Je me suis déboîté l'épaule lors d'une séance de sport. Je me suis rendu aux urgences du CHIREC. Là, on me l'a remise en place mais j'ai été voir un orthopédiste quelques jours plus tard sur conseil de l'urgentiste" explique cet informaticien.

"Cet orthopédiste s'est contenté de regarder une radio et m'a annoncé qu'il fallait opérer. Ensuite, il m'a tendu un document. Il s'agissait du formulaire d'admission pour une hospitalisation qui était déjà pré-rempli. La case "chambre individuelle" était cochée" ajoute-t-il. Philip fait remarquer au médecin qu'il souhaite une chambre double pour la journée : "Il m'a répondu qu'il ne faisait pas de chambre double, juste des chambres individuelles. J'ai refusé de me faire opérer".

La chambre individuelle coûte en effet plus cher au patient car elle permet au médecin de demander des honoraires supplémentaires. Au CHIREC, ces suppléments d'honoraires peuvent monter jusqu'à 300% du tarif légal des prestations médicales comme mentionné sur le formulaire d'admission de l'hôpital. 

Une exigence du médecin illégale comme le rappelle le Conseil national de l'Ordre des médecins dans un avis rendu en 2016:

(...) il est contraire à la déontologie médicale qu'un médecin refuse ses soins à un patient au seul motif que celui-ci ne choisit pas une chambre individuelle (...) Cette position déontologique exprimée en 2014 est devenue loi en 2016.

Finalement, Philip consulte un autre médecin dans hôpital différent : "Il m'a dit que l'opération n'était pas nécessaire car il s'agissait d'une première luxation de l'épaule. J'ai fait sept séances de kiné et mon épaule est finalement guérie".

Une procédure de sanction entamée 

Philip a alerté l'hôpital de la demande de l'orthopédiste. Le Dr Michel Dewever, Médecin Chef de Site Delta du CHIREC se défend : "Cette pratique est intolérable. J'ai convoqué le médecin mis en cause et une procédure de sanction a été entamée". L'orthopédiste était déjà connu de la direction pour des faits similaires : "Il avait déjà reçu un avertissement pour ce genre de pratiques. Il avait promis de ne plus recommencer mais, cette fois-ci, il a dépassé les bornes" pour le responsable du CHIREC.

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L'hôpital compte par ailleurs mettre en place prochainement un service pour éviter aux patients de négocier directement avec les médecins : "Le formulaire d'admission notamment sera rempli dans ce service. D'autres éléments concernant les assurances des patients seront aussi abordés ainsi que leurs souhaits. Cela se fait déjà dans d'autres hôpitaux" précise Michel Dewever.

Interpellé par mail par Philip, la Mutualité Chrétienne réagit : "Depuis le lancement d'une campagne contre les suppléments d'honoraires en cas d'hospitalisation, nous avons reçu deux autres témoignages qui dénoncent cette pratique. Il faut du courage pour les patients. Ils n'osent pas toujours dire non à leur médecin quand il évoque l'obligation de prendre une chambre simple" explique Jean Hermesse, Secrétaire général de la Mutualité Chrétienne.

 

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