Pas de CEB cette année pour cause de coronavirus : "C'est en fait une bonne chose"

Ce lundi devait être le jour J pour près de 50 000 élèves de sixième primaire. Finalement, ils ne sont que 730 élèves à passer les épreuves du CEB, principalement des inscriptions individuelles et des élèves francophones inscrits dans les communes à facilités. C’est inédit et c’est bien sûr une conséquence du coronavirus : les épreuves certificatives externes ont été annulées, à la demande de la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir.

Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’UMons, était l’invité de La Première, pour parler des conséquences sur les enfants de cette fin d’année particulière.

Est-ce grave si les compétences des enfants ne sont pas évaluées ?

"C’est un problème si elles ne sont pas évaluées, mais pas dans le cadre d’épreuves certificatives. Les épreuves génèrent du stress évaluent finalement plus la capacité que vous avez à passer des examens que vos réelles compétences. Donc, que ce ne soit pas une épreuve est plutôt une bonne chose. Je crois que c’était beaucoup de sagesse de la part de la ministre de dire à un moment donné qu’on ne peut pas certifier les choses. Mais il faut des évaluations, surtout si en septembre on veut lancer des remédiations qui ont du sens. La remédiation ne s’improvise pas. Il faudra vraiment les cibler, il faudra que chacun soit en mesure de pouvoir faire le bilan de ce qu’il connaît, de ce qui est flottant et de ce qu’il ne connaît pas du tout".

Ça veut dire que vous auriez voulu un diagnostic de l’élève ?

"Je pense que c’est indispensable si on veut faire des remédiations qui ne sont pas des remédiations qui vont se faire à la grosse louche et qui vont surtout profiter aux enfants plus favorables. Il y a une période de désarroi, comme vous l’avez signalé, à la fois pour les parents, mais aussi pour les enseignants, mais le privé va profiter de ce désarroi en proposant — évidemment de manière tout à fait payante — des remises à niveau. Les pouvoirs publics doivent prendre cela en charge. Et l’élève doit savoir ce qu’il ne comprend pas. C’est vraiment ça qui est important et c’est d’ailleurs ce que devrait toujours être une épreuve".

Le CEB, à la base, est une épreuve plus de sélection que d’évaluation.

"Voilà, c’est tout le souci et c’est pour ça que ça génère un stress pas possible, ce qui fait que c’est tout à fait contre-productif sur ce plan-là. Il faut beaucoup mieux le mettre en septembre pour faire un état des lieux des connaissances de chacun. Tout le monde a besoin d’avoir dans sa tête l’équivalent d’une petite armoire où on range : 'ça, c’est ce que je connais, ça, c’est ce qui est flottant et ça, je ne connais pas ou je ne comprends pas'. Ça il fallait le laisser un peu au frigo et le relancer en septembre. Il y aura des écarts importants entre les élèves et il faut vraiment faire le bilan. Une pratique tout à fait positive serait de dire qui comprend en classe explique à celui qui comprend moins bien, mais il faut pour ça faire une évaluation de tout le monde".

Justement, est-ce que l’annulation de ce CEB n’est finalement pas en contradiction avec le fait que l’école à la maison a été instaurée ? Il y a beaucoup d’élèves qui recevaient leurs cours par internet et qui avaient des contacts avec leurs professeurs.

"Oui, mais l’école à la maison a été une vraie catastrophe pour des raisons multiples : l’école et la maison ne sont pas le même endroit, ce n’est pas la même chose, on n’y fait pas les mêmes choses. Ça va creuser les inégalités, mais j’aurais tendance à dire que ce n’est pas grave dans la mesure où on se donne les moyens de les rattraper en donnant un peu plus à ceux qui auront un peu plus besoin. Mais pour ça, il faut qu’on identifie clairement l’endroit où les apprentissages se sont arrêtés chez certains enfants, ou se sont poursuivis, mais de manière flottante".

Est-ce qu’il va falloir redoubler d’efforts au mois de septembre ? Et est-ce que ce sera vraiment possible ?

"Ce sera possible si on se donne les moyens méthodologiques d’avancer pas à la grosse louche. Il faut le faire de façon ciblée. Les remédiations vont devoir être ciblées, sinon elles seront inefficaces pour tout le monde. Et pour ça, il faut d’emblée faire des évaluations. Une évaluation, ce n’est pas une perte de temps. Si vous savez ce que vous ne comprenez pas, vous avancez très fort sur le plan pédagogique".

On associe souvent l’apprentissage à la performance. Est-ce que l’enfant ne risque pas d’être un peu perdu sans CEB ?

"Je dirais que si on n’associe plus les apprentissages aux performances, on aura absolument tous évolué. On doit associer les apprentissages aux compétences. La performance, c’est ce qui vous permet de les actualiser et il y a plein d’autres paramètres qui viennent, notamment le stress et notamment la tension qui est mise autour des épreuves. Je crois donc que c’est tout à fait une bonne chose. Le problème du CEB, c’est que vous passez une épreuve, parfois on vous dit qu’elle est très simple, mais si vous avez échoué à quelque chose qui effectivement a très peu de sélection, c’est encore plus difficile pour ceux qui sont sur le côté de la route et qui sont restés en chemin. C’est donc important que ce ne soit plus certificatif et sélectif, mais que ce soit juste et que ça fasse partie de la formation, c’est-à-dire un moment que l’on se donne, enseignants et élèves, pour faire le point sur les connaissances".

Journal télévisé du 22/06/2020

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