Pas assez de médecins généralistes côté francophone, la faute à qui?

Il y a actuellement trop peu de médecins généralistes du côté francophone du pays. Selon l'AVIQ (Agences pour une Vie de Qualité), 144 communes wallonnes sont en pénurie, ce qui signifie qu'elles comptent seulement 9 médecins pour 10 000 habitants. La ministre fédérale de la Santé et le ministre de l'Enseignement supérieur de la Fédération Wallonie Bruxelles se renvoient la faute. On tente d'y voir clair.

La ministre fédérale de la Santé Maggie De Block reconnaît qu'il y a une pénurie de généralistes au sud du pays, mais estime qu'il y a assez de médecins, c'est la répartition entre médecine générale et les autres spécialités qui pose problème. C'est la raison pour laquelle elle ne donnera plus de numéros Inami supplémentaires s'il y a davantage de diplômés que ce que permettent les quotas. C'est cette même raison qui la pousse à exiger un filtre "plus performant" à l'entrée des études de médecine. Pour elle, on ne résoudra pas le problème de pénurie de généralistes en diplômant davantage de médecins. Maggie De Block charge le ministre de l'enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt qui se dit outré par sa gestion du dossier.

Madame De Block veut sanctionner une nouvelle fois les francophones

"On ne peut qu'être outré par la manière dont Madame De Block traite ce dossier depuis des années. Et aujourd'hui alors que nous avons cette pénurie, madame De Block veut, uniquement pour des raisons communautaires et électorales, sanctionner une nouvelle fois les francophones." Et Jean-Claude Marcourt de lister tous les pas qu'il a faits vers le gouvernement fédéral. "Nous avons proposé au gouvernement fédéral un concours qui fixait le nombre de manière impérieuse. Le gouvernement fédéral n'a pas tenu ses engagements. Il a demandé que nous organisions un examen d'entrée. Ce que nous avons fait". La déclaration de Maggie De Block est ressentie comme une exigence de plus.

On a laissé passer le double de médecins dont on a besoin

Pour la ministre par contre, le contrat n'a pas été rempli. "J’ai toujours dit qu’il n’était pas suffisant d’installer un filtre. Il faut que ce filtre soit efficace, avance Maggie De Block. Ici, on a laissé passer le double de médecins dont on a besoin". La ministre fait référence au taux de réussite de l'examen d'entrée en médecine-dentisterie : 1138 candidats ont réussi dont 1042 candidats en médecine, alors qu'il n'y a que 505 numéros Inami prévus à la sortie. D'où cette réaction de la ministre qui y voit le "double du nombre de médecins dont on a besoin".

Alors, cet examen était-il trop facile ? "Pas du tout, selon Julien Nicaise, administrateur de l'ARES (Académie de recherche et d'Enseignement supérieur). 80 % des candidats qui s'y sont présentés ont échoué. De plus, 20% de nos lauréats sont des étudiants étrangers et ne se présentent finalement pas le jour de la rentrée académique. Et 40% de ces lauréats ratent leur première année de médecine. Si on soustrait tout cela, on voit qu'on arrive à un chiffre beaucoup plus proche du quota Inami prévu dans six ans".  Et Julien Nicaise de rappeler que la situation est très différente entre le Nord et le Sud du pays. "Les étudiants flamands qui réussissent le concours d'entrée ont un taux de réussite de 90%. Ce n'est pas le cas chez nous".

Un concours à nouveau évoqué dès ce vendredi?

Tout cela sera certainement ce vendredi 1er février au cœur des discussions de la Commission de planification qui se réunira en plénière pour aborder la question qui fâche (chaque fois) du nombre de numéros Inami à attribuer en 2025 (soit, l'année où seront diplômés les étudiants qui attaqueront les études de médecine en septembre 2019). La question du filtre (que Maggie De Block veut plus efficace) sera donc à nouveau sur la table, et rappelons qu'en Flandre, on a depuis l'an dernier, un concours d'entrée, qui établit un nombre fixe d'étudiants pouvant faire des études de médecine. De là à imaginer que le concours sera à nouveau sur la table des discussions, il n'y a qu'un pas.

Mais si la pénurie n'est pas causée par le manque de numéros Inami, à quoi est-elle donc imputable ? La ministre De Block rejette la responsabilité sur le ministre de l'enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt. "Les francophones ont trop de médecins, mais pas assez de généralistes. C'est une question de sous-quota. En Flandre, 40% des médecins ont été formés chaque année en médecine générale, alors il y en a presque assez. Mais en Wallonie, par contre, on est à 20…23… 27%. Ce n’est pas suffisant"Les 'sous-quotas',  qui sont définis par les communautés.

20 pourcent ? 23 pourcent ? 27 pourcent ? Non, 43 pourcent.

Revenons d'abord sur la comparaison de la ministre. Elle n'est pas totalement correcte. Le pourcentage de généralistes a grimpé ces dernières années. Jacques De Toeuf, président de l'Absym, estime, comme Maggie De Block, qu'on n'a pas formé assez de médecins généralistes en FWB, mais il enchaîne: "Depuis deux ans, le monde francophone a compris qu'il fallait rétablir un équilibre et donc dans tous les secteurs, on est arrivé à former 38 à 39% de médecins généralistes".

L'an dernier le pourcentage de médecins qui décidaient de se diriger vers la médecine générale était à 43 %. Et pour cause… le sous-quota de médecins généralistes qui était fixé à 32 % est passé justement à 43 % il y a un an. Preuve que les autorités de la Fédération Wallonie Bruxelles ont ('enfin', diront certains) pris conscience du problème. Pour Julien Nicaise, administrateur à l'Ares, il ne faut pas juger trop vite. "C'est facile de juger 5 ou 10 ans après. Il faut analyser ce qui a changé ces dernières années. Et c'est la mutation profonde du métier en général, mais surtout du métier de généraliste. Le généraliste travaille beaucoup moins qu'auparavant, ce qui explique qu'on a pu sous-estimer les besoins de médecins généralistes. L'image du médecin de campagne qui travaille jour et nuit est dépassée".

Qui plus est, les médecins généralistes francophones diversifient davantage leurs activités, ils passent davantage de temps sur les routes, ils délèguent moins leurs tâches à d'autres travailleurs du domaine de la santé.

Voilà peut-être l'une des raisons qui explique que malgré un nombre de médecins pour 10 000 habitants supérieur par rapport à la Flandre, c'est en Wallonie que la pénurie se fait le plus ressentir.

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