Parler en classe de l'orientation sexuelle : nécessaire dès les primaires ?

Actuellement, les référentiels (sur lesquels se basent les programmes dans les écoles) sont repensés. Et il apparaît que la question de l’orientation sexuelle pourrait apparaître plus tôt dans le cursus, dans le cadre de l’EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle). Ce sont nos confrères de Sud Presse qui ont détecté cette évolution. La nouvelle ministre de l’Enseignement Caroline Désir, en phase avec les travaux en cours sur ces référentiels, pense qu’il est souhaitable d’avoir une première approche de l’orientation sexuelle dès la 5e ou la 6e primaire. Actuellement la question est généralement abordée en secondaires.

Qu’en pense-t-on sur le terrain ? Nous sommes allés à la rencontre de trois professionnels en prise avec ces questions.

Nous avons des enfants avec deux papas ou deux mamans, donc ce questionnement arrive dans la tête des élèves

Premier coup de sonde à l’école fondamentale Congrès-Dachsbeck, à Bruxelles. Dans cette école de 240 élèves, on aborde déjà les questions relatives à l’EVRAS via des animations en collaboration avec le service de promotion de la santé. "En maternelle, une équipe vient expliquer aux enfants le corps, la découverte du corps, puis en primaire on évolue, jusqu’à arriver en sixième aux changements liés à la puberté", explique le directeur, Nicolas Joostens. Quid des questions liées à l’orientation sexuelle ? Faut-il selon lui en parler dès les primaires ? "Oui, on voit que les élèves se posent des questions. C’est un fait de société aussi : nous avons des enfants avec deux papas ou deux mamans, donc ce questionnement arrive dans la tête des élèves."

Précisons que l’EVRAS est déjà obligatoire en théorie dans les écoles mais dans les faits, elle est confrontée à des difficultés de mise en œuvre, selon le porte-parole de la ministre. La déclaration de politique communautaire prévoit la généralisation effective de cette éducation. Ce sont des professionnels agréés, extérieurs aux écoles (comme les centres de planning familial) qui en sont chargés.

C’est à ce moment-là qu’on peut travailler la question de l’homophobie

Camille Nerac travaille pour Aimer à l’ULB. Cette sexologue est animatrice dans le cadre de l’EVRAS. Elle accueille des petits groupes d’élèves, mixtes ou pas, pour des sessions de deux heures. Le cyber-harcèlement constitue actuellement une grande part des interpellations des élèves. Mais des questions sur l’orientation sexuelle surgissent aussi. "On n’est pas étonné, cela fait partie de la vie amoureuse", entonne-t-elle. "On répond aux questions et on en parle ouvertement dans un esprit de tolérance, d’ouverture, de lutte contre l’homophobie, l’idée que ce sont les droits sexuels de chacun".

Ce qui fait la différence pour des élèves de primaires, ce sont les termes choisis pour en parler. "On ne va pas entrer dans les détails sexuels", précise-t-elle. "Mais on explique que l’amour, c’est la diversité". Pour elle, aborder ces questions avec les plus jeunes est indispensable : "C’est à ce moment-là qu’on peut travailler la question de l’homophobie et la travailler dans un sens où on peut déconstruire les croyances liées à l’orientation sexuelle quelle qu’elle soit."

Avec des jeunes de primaire on va plutôt parler de relation amoureuse, de sentiments, d’amour…

Pour parler d’homosexualité ou de bisexualité aux élèves, différentes approches sont possibles. Des écoles font notamment appel au GrIS (groupe d’intervention scolaire) Wallonie-Bruxelles. Cette association a commencé ses animations en 2013, avec un concept inspiré du Québec : ce sont des personnes homosexuelles qui interviennent dans les classes.

"Les deux bénévoles se présentent de manière très brève puis permettent aux élèves de poser toutes les questions qu’ils voudraient poser. Toutes les questions sont permises", explique Jérémy Minet, le coordinateur général de l’association. Les questions sont multiples : "Des questions de base, qui portent sur manière dont la famille ou les parents ont accepté l’orientation sexuelle, la manière dont les bénévoles ont réalisé qu’ils étaient homos ou bis, et puis des questions qui portent sur les différences avec l’hétérosexualité : la fameuse question par exemple sur 'qui fait l’homme ou qui fait la femme', car on voit que les jeunes fort attachés à modèle hétéro normatif ", développe-t-il.

En 7 ans, grâce à sa centaine de bénévoles, le GrIS a sensibilisé 15.000 élèves. Des élèves de troisième année du secondaire, la plupart du temps. Plus tôt, cela semble trop tôt pour bon nombre de professeurs, constate Jérémy Minet. Mais pour lui, il n’est jamais trop tôt : "Dans ma vie personnelle, j’ai des neveux et des nièces qui m’ont toujours connu en couple et qui sont petits, en primaire, maternelles. Il y a un moment donné où ils m’ont demandé comment ça se faisait que chez moi, il n’y avait pas de maman… En leur expliquant les choses de manière très simple, pour eux c’est un sujet clos, ils n’y voient rien de bizarre".

Comme Camille Nerac, il précise que tout est une question de langage adapté à l’âge des enfants. "Avec des jeunes de primaire on va plutôt parler de relation amoureuse, de sentiments, d’amour… C’est quand même la base de tout ça". Inutile de préciser qu’il se réjouit du projet actuel de généraliser l’approche de l’orientation sexuelle dès les primaires, "avant que les préjugés soient ancrés dans les mentalités".

 

 

 

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