Pape François: "La réalité peut changer, l'homme peut changer"

Le pape François le 25 juillet 2013, à Rio
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Le pape François le 25 juillet 2013, à Rio - © Luca Zennaro

François, pape infatigable qui épuise jusqu'à son entourage, a vendredi à Rio un marathon de rencontres: il doit confesser des jeunes, déjeuner avec d'autres, participer à un chemin de croix, et rencontrer de jeunes détenus, au cinquième jour de JMJ qui sont déjà un succès.

Un million de jeunes participants aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) sont allés à sa rencontre jeudi soir sur la plage de Copacabana, dans une grande fête joyeuse malgré un temps pluvieux, selon les chiffres du Vatican.

"Il paraît que les Cariocas n'aiment ni le froid ni la pluie", a-t-il lancé à l'assistance, une fois arrivé à un immense podium éclairé par une grande croix bleue.

"Et bien vous avez montré que votre foi est plus forte que le froid et la pluie"!

Au début de ses paroles de bienvenue, le pape avait demandé une minute de silence pour une jeune Française décédée le 17 juillet dans un accident d'autocar en Guyane, en se rendant aux JMJ.

"Je vois en vous la beauté du visage jeune du Christ et mon coeur est plein de joie", s'est-il exclamé en contemplant la foule.

Un Ave Maria a retenti, dans une nuit illuminée par le scintillement des centaines de milliers de téléphones portables et flashes d'appareils photographiques.

Le matin, le pape avait profité de la visite d'une favela pour plaider en faveur de l'intégration sociale des plus pauvres et encourager les jeunes Brésiliens à ne pas se résigner à la "corruption" qui ronge le pays.

Il a prononcé son discours le plus politique et social depuis son arrivée lundi au Brésil, secoué en juin par une fronde sociale historique de la jeunesse contre la corruption et l'indigence des services publics de base.

Le pape argentin a été accueilli avec chaleur, entre larmes et rires par les habitants de la petite favela grise et oubliée de Varginha, massés sur le terrain de football boueux de leur communauté.

Il s'est adressé aux jeunes, "qui ont une sensibilité spéciale contre l'injustice", les exhortant à ne pas se résigner à la "corruption de personnes, qui au lieu de chercher le bien commun, cherchent leur propre intérêt".

"Ne vous découragez jamais. La réalité peut changer, l'homme peut changer. Cherchez, vous les premiers, à apporter le bien, à ne pas vous habituer au mal, mais à le vaincre", leur a-t-il conseillé.

Pour ce temps fort de son voyage, le pape avait choisi Varginha, située dans un complexe de favelas surnommé la "bande de Gaza", à cause des fréquents et meurtriers affrontements entre policiers et trafiquants de drogue.

Varginha a été "pacifiée" par la police il y a sept mois. Mais les problèmes y restent profonds: pauvreté, coupures d'eau, pannes d'électricité.

Mais "aucun effort de 'pacification' ne sera durable, il n'y aura ni harmonie, ni bonheur dans une société qui ignore, qui met en marge et abandonne dans la périphérie une partie d'elle-même", a averti le pape.

Avant ce discours, le souverain pontife, a passé un moment dans la petite maison jaune de Maria Lucia dos Santos Penha, une modeste femme au foyer qui avait préparé pour lui du café et un gâteau. "Je lui ai dit: 'pape François, c'est le plus beau cadeau de ma vie' ", a-t-elle confié.

Chemin de Croix

Le pontife argentin s'entretient ce vendredi avec cinq détenus en privé, à l'abri des caméras: troisième rendez-vous en trois jours avec des jeunes en difficulté, après les toxicomanes et les jeunes de la favela Varginha.

Le moment le plus important de la journée est la Via Crucis, le chemin de Croix, qui se déroule à chaque JMJ, avec des accents propres selon les papes.

Sur la plage sont invités à y participer tous les jeunes des JMJ venus de 170 pays. Quatorze stations seront l'occasion d'évoquer, au milieu de chorégraphies, autant de thèmes qui concernent les jeunes d'aujourd'hui : de la communication virtuelle sur les réseaux sociaux aux malades en phase terminale, de la mort des jeunes aux femmes maltraitées, de la défense de la vie à la vie de couple.

Le pape a repris deux autres traditions de Benoît XVI : dans le parc "Quinta da Boa Vista", il doit confesser cinq jeunes de langues italienne, espagnole et portugaise, qu'il maîtrise. La confession - soit la réconciliation avec Dieu - est un accent de son pontificat.

Puis il déjeune à l'archevêché avec douze jeunes garçons et filles des JMJ venant des cinq continents.

Selon le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, "le pape montre durant ce voyage, tout comme à Rome, une énergie incroyable. Il ne profite même pas des moments où il pourrait se reposer! Il est toujours en action".

"On verra jusqu'à quel point on réussit à le suivre et jusqu'à quand il conservera ce niveau d'énergie", a ajouté avec recul et un brin d'humour le père jésuite.

Il a rappelé que Benoît XVI en démissionnant avait voulu un successeur qui ait "l'énergie" qu'il n'avait plus, et que les cardinaux ont fait ce choix cohérent.

Changement de programme

Le programme des prochains jours a connu un très important changement. L'immense terrain de Guarabita, à 40 km de Rio, a été abandonné pour la veillée de prière et la dernière messe du dimanche, points culminants des JMJ.

Ils se tiendront tous deux sur la plage de Capacabana, comme la rencontre de jeudi soir avec le pape et la Via Crucis.

"Une réunion des organisateurs (du Brésil et du Vatican) s'est tenue jeudi: il a été décidé qu'il n'était pas prudent pour les jeunes de passer la nuit sur un terrain saturé d'eau, en raison des fortes pluies" et le risque d'inondations, a expliqué le porte-parole.

"Ils ont appelé le pape qui était parfaitement d'accord", a-t-il relevé.

La seule différence, a expliqué Lombardi, sera que "les jeunes à Copacabana ne pourront pas dormir sur la plage, et qu'ils retourneront là où ils ont dormi les nuits précédentes".

Ainsi la nuit à la belle étoile, expérience très importante pour les jeunes, tout comme le pèlerinage pour arriver sur les lieux de la veillée sont abandonnés.

Depuis janvier, des centaines d'ouvriers divers s'affairaient sur le champ immense de Guaratiba, rebaptisé "champ de la foi".


AFP

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