"Papa jette une bombe et va en prison": un manuel d'alphabétisation crée la polémique

"Papa jette une bombe et va en prison", "Il a jeté une bombe et va en prison", "Il me montre sa bombe en prison"... Ces phrases sont extraites d'un manuel qui sert de support à un cours d'alphabétisation du cours de promotion sociale Érasme à Anderlecht.

Proprement inadmissible

C'est Catherine Lemaire, une femme qui accueille actuellement un Irakien, qui s'est offusquée sur les réseaux sociaux. Pour elle, l'utilisation de ces termes dans un matériel didactique visant à enseigner le français aux nouveaux arrivants est "proprement inadmissible". Elle soulève la question : "Est-on vraiment conscient qu'il s'agit de matériel didactique proposé par un pays d'accueil en vue de l'insertion ?".

Mauvais souvenirs pour Raad

Raad est arrivé d'Irak il y a un peu plus d'un an, sans Catherine, il n'aurait pas compris ce qu'il apprenait dans le syllabus. Quand il a découvert le sens de ces mots, cela l'a attristé : "Quand on m'a traduit la phrase, j'ai été surpris. Et ces mots, je ne les ai pas appréciés parce qu'on a beaucoup souffert en Irak. Des bombes... des voitures piégées.. tout le monde le sait. Je ne sais vraiment pas quoi dire et je suis vraiment très triste".

Ce manuel, la RTBF a pu le consulter. Il s'agit du support d'un cours d'alphabétisation "Niveau 2" enseigné dans le cadre des cours de promotion sociale Érasme. Aucun éditeur responsable n'y est mentionné. Officiellement, il s'agit de maîtriser le son "ON", mais certains se sont émus du choix de ces mots.

Surpris et choqué

Contactée, la direction d'Erasme reconnait "une erreur". Le directeur du centre, Bernard Delécluse s'est dit "surpris et choqué". Il affirme avoir pris contact avec l'équipe pédagogique pour voir d'où venait le "problème" et ne veut pas "qu'on jette l'opprobre sur l'ensemble de l'équipe" composée de 40 professeurs qui ont en charge plus de 2500 élèves.

Manuel vieux de trois ans

Le syllabus aurait été rédigé il y a trois ans, selon Bernard Delécluse qui "aurait préféré qu'on réagisse auparavant". Mais ces documents, ont-ils fait l'objet d'une relecture avant leur diffusion ? Le directeur indique qu'il a "donné ordre de supprimer ces phrases dans les versions suivantes" et se justifie: "Moi en tant que directeur j'ai 40 enseignants. Impossible de refaire les syllabus chaque année et de vérifier le matériel pédagogique de tout le monde ici". Mais "l'effort sera fait de toute façon pour que ce genre de chose n'apparaisse plus".

Isabelle Simonis, également "choquée"

La Ministre de l’Enseignement de promotion sociale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a réagit par communiqué. Elle se dit "choquée d’apprendre l’existence des propos exprimés au sein de ce manuel d’enseignement". Selon Isabelle Simonis, "il existe une multitude de phrases à utiliser dans la langue française, choisir celle-ci dans le contexte actuel est pour le moins interpellant".

La ministre socialiste demande par ailleurs une mission d’inspection et indique avoir donné une consigne en ce sens à ses services. Elle précise enfin, qu'à ce stade, elle attend davantage d’information sur le sujet.

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