Pacte énergétique: une consultation populaire passée sous silence?

Depuis 2015, un pacte énergétique doit être rédigé et déposé sur la table des négociations. Mais avant que ce document puisse publiquement voir le jour, une consultation populaire est requise. Cette consultation qui a débuté le 17 octobre est pourtant très discrète. Tellement discrète que certaines personnalités publiques en viennent à se poser des questions. 

Le pacte énergétique est ce document qui doit, lorsqu'il sera prêt, tracer les lignes directives de la politique énergétique pour les dizaines d'années à venir. Une vision à long terme nécessaire pour obtenir un réel impact sur les générations futures. L'approbation de ce pacte déclencherait un tournant énergétique majeur en Belgique. Afin de récolter les avis des citoyens sur les questions centrales comme la consommation d'énergies fossiles ou la sortie du nucléaire, la plateforme Pacte énergie 2050 a été lancée le 17 octobre et sera active jusqu'au 5 novembre inclus. Après cette date, la consultation sera terminée.

Une consultation en toute discrétion

Réalisé par le groupe de concertation autour du renforcement de la coopération entre le Fédéral et les entités fédérées dans le domaine de l'énergie, CONCERE, ce questionnaire de 16 points aborde des thématiques variées sur lesquelles la population peut donner son avis. Une fois la date limite dépassée, les résultats seront rassemblés, analysés et résumés sous forme de synthèse. 

Si plusieurs médias ont mentionné le lancement de la consultation citoyenne le 17 octobre, très peu de publicité lui a été faite depuis. Or, elle représente 'LA' possibilité pour les citoyens de donner leur avis sur des questions importantes à l'aube d'un tournant majeur en termes d'énergie. 

Bien que Marie-Christine Marghem ait annoncé sur son compte Twitter le début de la consultation populaire, la ministre de l'Énergie, de l’Environnement et du Développement durable, n'en fait plus mention depuis. 

"Vous n'êtes pas au courant ? C'est normal !"

Ce manque de promotion pose question. Notamment à Bouli Lanners, acteur et réalisateur belge bien connu. Dans une vidéo postée sur sa page Facebook, le 21 octobre, et partagée plus de 1.400 fois, l'acteur se questionne ironiquement sur le manque de promotion faite à la fameuse consultation.

"Vous n'êtes pas au courant ? C'est normal ! C'est un peu fait exprès...", s'exclame-t-il dans la capsule de trois minutes qui vise à remettre un coup de projecteur sur la nécessité de répondre au questionnaire. 

Mais il n'y a pas que le manque de promotion qui dérange. En effet, ledit questionnaire n'est disponible qu'en ligne. Ce qui veut dire que toutes les personnes qui n'ont pas internet ou qui ne sont pas coutumiers du média, n'ont pas la possibilité d'y répondre.

Bouli Lanners critique aussi cruellement le contenu de ce questionnaire. "La plupart des gens ne pourront pas répondre aux questions parce qu'ils ne connaissent pas la matière et toutes les questions à choix multiples sont très orientées." Parmi les 16 questions, on en dénombre trois "ouvertes" c'est-à-dire, qui laissent l'opportunité à la personnes questionnée d'étayer son avis par écrit. 

Un échantillon représentatif ? 

Comme le site du pacte énergétique le mentionne à juste titre : "Plus que jamais, notre pays a besoin d’une vision énergétique à long terme coordonnée et largement soutenue". Trois buts majeurs sont mis en lumière : atteindre une sécurité d'approvisionnement et proposer une énergie  à la fois financièrement abordable et durable. C'est-à-dire une énergie qui réponde aux besoins actuels sans pour autant empiéter sur les besoins des générations futures. 

Enfin, qu'en est-il de la représentativité de cet échantillon ? Si le questionnaire n'a pas eu la visibilité qu'il mérite, pourra-t-on considérer que les réponses reflètent ce que pense la population ? Ou fera-t-elle état de l'opinion d'une élite ayant déjà des prérequis quant aux questionnements sur l'énergie ? Ou pire, d'une petite minorité poussée par les lobbys qui ne voudraient pas que le nucléaire stoppe effectivement en 2025 comme c'est prévu depuis plus de 15 ans. 

Si le site du pacte énergétique affirme "qu'il doit s’inscrire dans la réalité sociale, économique et environnementale de la Belgique", il reste encore à prouver que l'échantillon de participants est bel et bien représentatif de ce que le citoyen espère d'un point de vue énergétique pour son avenir et celui de ses descendants.

Pour ceux qui désireraient participer à la consultation, il suffit de remplir ce questionnaire

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