Ostéopathie: plus d'accès sans prescription médicale ?

Ostéopathie : pas d'accès sans prescription médicale ?
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Un Belge sur quinze va chez l’ostéopathe. Vous êtes nombreux à avoir le réflexe "ostéo" quand vous avez mal au dos.

La loi Colla (1999) qui enregistre l’ostéopathie et d’autres pratiques non-conventionnelles dans l’art médical est en cours de révision.

Au cabinet de la ministre de la Santé Open VLD Maggie De Block, on nous confirme "plancher sur l’évaluation et la révision de la loi Colla", mais on ne veut pas "donner de détails car les discussions sont en cours". La ministre a effectivement déjà convoqué les représentants de la profession.

"Les premières informations que nous avons eues au ministère de la santé, explique Jean Ruwet, le président de l'Union belge des ostéopathes et vice-président du GNRPO (Groupement national représentatif des professionnels de l'ostéopathie), c’est que l’ostéopathie pourrait se faire uniquement sur prescription médicale".

Pas de prescription ? Pas d’ostéo !

En février 2014 déjà, Alexander De Croo (Open Vld) avait fait part du même point de vue. Après de longues et multiples auditions d’experts sur le sujet, la ministre de la Santé de l’époque, la socialiste Laurette Onkelinx avait proposé un arrêté royal où il était prévu de reconnaître l’ostéopathie neuro-musculo-squelettique, sans prescription médicale après une formation dans l’enseignement supérieur.

L’arrêté royal prévoyait aussi que l’ostéopathe remette au médecin un rapport sur l’état du patient. Le but de la reconnaissance et de la définition d'un cadre strict était notamment d'écarter les charlatans de la pratique.

Cela s’était terminé par un clash en comité ministériel restreint, le vice-premier ministre Alexander De Croo refusant le texte.

Le conseiller du ministre était un certain Brieuc Van Damme, aujourd’hui chef de cabinet adjoint de la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique Maggie De Block.

Peu étonnant dès lors que l’actuelle ministre de la Santé veuille revoir la loi par laquelle l’ostéopathie a été pour la première fois enregistrée comme "pratique non-conventionnelle de l’art médical".

La loi Colla avait fait en 1999 un pays précurseur dans la reconnaissance de l’ostéopathie. Dix-sept ans plus tard, force est de constater qu’elle n’a jamais été appliquée, et qu’entre-temps, d’autres pays ont avancé : la Grande-Bretagne, la France ou encore le Portugal, qui vient de créer un cursus universitaire d’ostéopathie. Un tel cursus existe déjà à l’ULB.

C’est un non-sens de passer par un médecin

Pierre-Michel Dugailly, professeur à l’ULB, responsable du département d'enseignement en ostéopathie à la faculté des sciences de la motricité de l'ULB n’y va pas par quatre chemins.

Pour lui, "c’est un non-sens, de demander au patient de passer en première intention par un médecin. Les ostéopathes sont formés pour détecter des pathologies qui ne sont pas de leur ressort, pour décider de ne pas intervenir ou de renvoyer vers un autre spécialiste. Ils sont formés à réaliser ce diagnostic d’exclusion. Nos ostéopathes ont d’ailleurs des cours avec les médecins et ont des activités communes de séminaires transdisciplinaires qui permettent aux différents professionnels de la santé de comprendre le champ d’action de chaque praticien".

Jean Ruwet ajoute que "le taux d’incidents y est le plus faible de toutes les pratiques médicales existantes".

Des patients inquiets

Xavier-Edouard Horemans est claviériste. Il se rend chez l’ostéopathe tous les deux à trois mois. "Je souffre du dos régulièrement et quand j’appelle mon ostéo, il me reçoit dans les 24 heures. Si j’ai un concert demain, je dois être remis sur pied pour demain, pas pour après-demain".

D’autres patients nous ont tenu le même discours, qu’ils soient sportifs, experts comptables, pensionnés. "Si je devais passer par un généraliste, insiste Xavier-Edouard Horemans, je ne serais plus soigné aussi rapidement que maintenant, ce seraient des frais supplémentaires pour avoir un papier qui me permettrait d’aller là où je vais pour l’instant directement. Et encore faudrait-il que je trouve un médecin généraliste. Le mien a déménagé et dans les région, ils sont tous overbookés".

Un autre patient ajoute : "Si je vais chez l’ostéopathe, c’est pour ne pas prendre de médicaments. Mon généraliste me prescrivait des anti-inflammatoires, mais ça ne fonctionnait pas dans mon cas".

Du côté des ostéopathes, on y voit aussi un poids supplémentaire pour la sécurité sociale. "Ça voudrait dire des millions de consultations médicales en plus, des prescriptions d’anti-inflammatoires en plus… "

Les ostéopathes exposeront leurs arguments à la ministre et à ses collaborateurs. En attendant, quelques 22 000 signatures ont déjà été récoltées par la pétition concernant la reconnaissance des ostéopathes.

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