Ophtalmologues contre optométristes: la guerre est déclarée

La reconnaissance de la profession d'optométriste vivement contestée par les ophtalmologues
La reconnaissance de la profession d'optométriste vivement contestée par les ophtalmologues - © tvn

La guerre est désormais déclarée entre les ophtalmologues et les optométristes. Ils se déchirent autour d’un arrêté royal pris par la ministre de la santé Maggie Deblock qui veut octroyer une reconnaissance légale aux optométristes contre l’avis des ophtalmologues. Les premiers sont médecins, soignent les affections de la vue et font 11 ans d’études. Ils ne sont pas assez nombreux et obtenir un rendez-vous chez eux demande parfois plusieurs mois. Les seconds vous accueillent généralement dans des magasins d’optique, ont au mieux un titre de bachelier (3 ans d’études). Ils réalisent des examens de la vue, y compris des mesures de tension de l’œil, et vendent aussi lunettes et lentilles.

Un conflit d’intérêts

Pour les ophtalmologues, explique Monique Cordonnier, chef du service ophtalmologie de l’hôpital Erasme, cette reconnaissance pose un évident conflit d’intérêts : « Il faut savoir que la profession d‘optométriste n’est pas reconnue légalement en Belgique. Leurs formations sont de qualité très variable et ne comprennent pas de stages en hôpital. Ils n’ont jamais été au contact de patients avant de se lancer dans des examens de la vue. C’est dangereux parce qu’ils ne sont pas formés pour détecter d’éventuels cas de maladie de l’œil. Le client pensant qu’il a subi des tests de la vue complets n’ira pas consulter un ophtalmologue. C’est un risque pour la santé. »

Thierry Segaert, président de la Fédération des opticiens et optométristes s’insurge contre cette vision catastrophiste : « C’est vrai que nos formations n’ont pas encore atteint une qualité comparable à celles qui existent ailleurs en Europe. Mais cette reconnaissance légale va justement nous permettre d’améliorer nos formations. Il faudra être impérativement, au moins, bachelier pour réaliser les examens de la vue. Et l’Arrêté royal va fixer des balises. Une liste de cas dans lesquels l’optométriste devra absolument renvoyer le client vers un ophtalmologue. Nous ne voulons pas prendre leur travail mais au contraire les soulager de tâches techniques et permettre ainsi de raccourcir considérablement les délais d’attente des patients ».

Vive les orthoptistes

Monique Cordonnier se dit bien consciente du problème que posent ces longs délais avant consultation. « Mais nous avions déjà une solution. Nous préférons travailler avec les orthoptistes. Ce sont des gens qui ont une formation paramédicale. Deux écoles récemment créées les forment désormais à Liège et à Bruxelles. Dans quelques années, cela permettra de résoudre le problème des délais sans mettre la santé des patients en danger. Ni de la brader pour faire des économies comme le veut la ministre de la santé. Malgré nos protestations et nos inquiétudes portées aussi par le conseil supérieur des médecins spécialistes et généralistes, l’Arrêté royal crée une profession qui n’existe nulle part au monde: celle d’orthoptiste-optométriste, dont les diplômés pourront réaliser des examens pour donner suite à des plaintes visuelles, poser des diagnostics et vendre ensuite lunettes ou lentilles sans autre contrôle. Au patient d’assumer les frais de cette évaluation non médicale de première ligne et tant pis pour les plaintes. Et pour la sécurité sociale, ce sera tout bénéfice car les salaires et les équipements seront financés par les ventes de lunettes et par les firmes de matériel.»

Une charge lourde contre une profession qui ne demande qu’à trouver sa place parmi les professionnels de la vue. En attendant, les protestations des ophtalmologues ont peut-être ébranlé la conviction du cabinet de la ministre de la santé qui a suspendu la publication de l’Arrêté royal. La situation est plus floue que jamais

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