Drogue, criminalité financière, corruption : les criminels trahis par leurs téléphones, réputés impénétrables

La police fédérale a mené ce matin environ 200 perquisitions, dont une vingtaine renforcée avec les unités spéciales, visant le crime organisé lors d’une intervention coordonnée au plus haut niveau policier et judiciaire, selon les informations recueillies par la RTBF. L’opération est le fruit d’une intense coopération internationale. En Belgique, les forces de l’ordre ont été mobilisées sur tout le territoire avec un déploiement particulièrement important autour d’Anvers où le port fait figure de plaque tournante du trafic de drogue. Des perquisitions ont aussi été menées à Bruxelles, dans le Limbourg et en Wallonie. A ce stade, plus de dix personnes ont été privées de liberté, des centaines de milliers d’euros ont été saisis et des armes ont été retrouvées.

Cette opération d’une ampleur jamais vue fait suite à deux ans et demi d’investigations de la police judiciaire fédérale, du parquet fédéral et du parquet d’Anvers sous la direction d’un juge d’instruction d’Anvers (section Malines). Du côté de la police et de la justice, si on confirme la tenue de perquisitions, personne ne souhaite faire de commentaire officiel à ce stade. Le parquet fédéral devrait communiquer demain sur ce dossier.

La RTBF a cependant appris à plusieurs sources que l’enquête se concentre sur le réseau de communication composé de cryptophones SKY ECC, parfois appelés téléphones PGP ("Pretty Good Privacy"), très largement utilisés par les milieux du crime organisé. Des criminels, parfois venus de l’étranger, se sont fournis en appareils de ce type auprès de revendeurs opérant en Belgique. Milieu de la drogue, criminalité financière grave et corruption font partie des matières investiguées par la police judiciaire fédérale.

Les enquêteurs ont déchiffré plusieurs millions de messages échangés par des criminels

Selon nos informations, des policiers fédéraux, notamment au sein de la "federal computer crime unit", ont réussi à infiltrer, espionner et localiser des appareils conçus pour assurer un maximum de discrétion à leurs utilisateurs. Grâce à un travail technique et informatique considérable, les enquêteurs se sont frayés un accès direct vers des millions de messages en lien avec des projets criminels, majoritairement des conversations secrètes de cartels de la drogue. Se croyant à l’abri des écoutes des autorités, des suspects communiquaient parfois sans aucune retenue via ce réseau.

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Un enquêteur, brassard de police au bras, arrive dans une rue de Deurne pour une des 200 perquisitions réalisées ce matin © Tous droits réservés

Le dossier est tentaculaire et les forces de l’ordre semblent s’être fixées trois objectifs. Premièrement, désorganiser le réseau en arrêtant les revendeurs d’appareils. Deuxièmement, appréhender les criminels "de terrain" comme les trafiquants de drogue. Troisièmement, remonter vers ceux qui faciliteraient les activités des organisations criminelles en les informant, en les aidant à blanchir l’argent, voire en les protégeant à partir d’une position privilégiée sous la forme de pactes de corruption. L’ensemble des éléments récoltés va orienter le travail de la police et de la justice durant de nombreux mois, en Belgique mais aussi à l’étranger puisque les organisations de malfaiteurs opèrent par-delà les frontières.

Les téléphones étaient réputés impénétrables, compliquant depuis des années le travail des forces de l’ordre

Les cryptophones sont des téléphones mobiles réputés impénétrables et impossibles à placer sur écoute. La protection des communications procurée par l’emploi d’une application de messagerie cryptée est renforcée par la désactivation des caméras, micros, système GPS ou connectivité USB de l’appareil. Il est aussi possible d’effacer toutes les données du téléphone à distance si celui-ci est saisi par les autorités.

Ces dernières années, la police a régulièrement été confrontée à cette technologie très répandue dans le milieu criminel et constituant un obstacle majeur aux enquêtes. Pour déjouer le système, les enquêteurs de la police judiciaire ont dû déployer des moyens techniques de pointe et mobiliser une importante capacité d’analyse de données.

En juillet dernier, les autorités françaises et néerlandaises avaient mené une intervention similaire, visant alors le réseau EncroChat. Trafic de drogue, assassinats, blanchiment d’argent, extorsion de fonds, enlèvements… L’opération avait permis d’intercepter et de déchiffrer en temps réel, à leur insu, plus de 100 millions de messages échangés à travers le monde. "C’est comme si nous étions à la table de discussions des criminels, en direct", résumait alors la cheffe de la police néerlandaise.

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