Données covid-19 et Sciensano: des chercheurs se plaignent d'un manque d'accès à l'open data

Open data et Sciensano: quand le discours officiel sur ne colle pas à la réalité
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"Chers followers/visiteurs,

Nous avons pris la décision d’arrêter la maintenance de Covidata.be ainsi que les commentaires/analyses des chiffres belges du Covid via twitter. […] Notre décision d’arrêter est en grande partie influencée par la désillusion de ces deux derniers points : open-science et open-data. Il y a en Belgique un manque de transparence sur les données collectées sur le covid rendant très difficiles certaines analyses objectives. […]"

Voilà ce qu’on peut lire depuis ce jeudi sur le site covidata.be. Ce site mettant à disposition des analyses des données au service des citoyens grâce à l’open-data n’est plus. "On hésite entre la pause et l’arrêt définitif", regrette Pierre Schaus, professeur et cocréateur du site covidata.be.

Manque de cohérence

Le professeur à l’UCLouvain constate que le fossé grandit entre les données accessibles au public et celles réservées seulement à Sciensano : "Nous n’avons par exemple pas accès à l’âge des personnes testées alors que Sciensano le mentionne dans certains de ses rapports."

Pour Bernard Rentier, virologue et défenseur de l’open data dans le domaine scientifique, cette situation met au jour le manque de cohérence des gouvernements en matière de transparence dans les données publiques : "Les politiques organisent des conférences de presse pour dire qu’on est dans un État qui respecte le principe de la transparence. Mais l’open data n’est pas totalement open. Les actes ne collent pas au discours officiel."


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Bernard Rentier rappelle que les gouvernements fédéral et fédérés ont pris des engagements pour déployer l’open-data en Belgique : "Et ça remonte bien avant la crise du covid. Il s’agit du principe de transparence de l’information au public. Le covid, en fait partie. Les scientifiques et autres professionnels doivent avoir accès aux données bruts."

Protection de la vie privée ? Faux problème !

Interrogé par la RTBF, Sciensano a entre autres justifié la non-divulgation de certaines données par le non-respect de la vie privée. L’analyste Pierre Schaus s’insurge contre cet argument : "C’est un faux problème, il existe toute une panoplie d’outils pour anonymiser les données, comme l’agrégation."

Le centre Sciensano pointe le temps que demande ces procédures. Il déclare par ailleurs être en "faveur de la réutilisation des données mais les demandes supplémentaires sont nombreuses et impliquent une charge de travail importante en plus des tâches de suivi épidémiologiques effectuées."

Chaque scientifique peut aussi remplir un formulaire pour demander l’accès à certaines données. Il faut alors compter sur un délai de trois semaines pour des demandes de données sensibles, avec la possibilité d’une prolongation en fonction des priorités accordées à la gestion opérationnelle de la crise.


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Le 14 décembre, Pierre Schaus envoie une demande d’accès. Il n’a obtenu une réponse que le 7 janvier, le lendemain de la publication d’un article où il est interrogé le site de La Libre. "Sciensano invoque un retard dans le traitement de la demande", précise l’intéressé à la RTBF.

"La demande de Monsieur Schaus est traitée selon la procédure en place, comme toutes celles que nous recevons", nous confirme-t-on chez Sciensano.

Et pourquoi pas se serrer les coudes ?

L’épidémiologiste Simon Dellicour, qui lui a bel et bien accès à la base de Sciensano, trouve également que l’open-data doit devenir une réalité en Belgique :

Le créateur du site covidata.be regrette aussi le manque de volonté de collaboration. Il trouve que tout le monde aurait à gagner à véritablement mettre en pratique l’open-data : "Si nous avions accès aux données liées au retour des vacances, nous pourrions voir si les voyages constituent réellement un problème dans la propagation du virus."

Le professeur à l’UCLouvain ajoute que l’open data permettrait aussi aux responsables politiques de justifier les mesures qu’ils prennent. "Comment expliquer que le couvre-feu en Wallonie et à Bruxelles débute à 22 heures contre minuit en Flandre ?"

La transparence pour convaincre

Les premiers résidents de maisons de repos viennent de se faire injecter leur vaccin Pfizer. Mais, pour atteindre les 70% de la population vaccinée, synonyme d’immunisation collective, il faudra convaincre la population de se faire vacciner. Et selon Pierre Schaus, la transparence est un excellent argument : "Pour gagner l’adhésion des citoyens, on a intérêt à ne rien leur cacher."

Bernard Rentier, conclut : "Le public et la presse doivent avoir accès aux données sur les vaccinations. C’est la population qui veut ou pas se faire vacciner. Elle doit avoir tous ces éléments en main pour prendre décision en connaissance de cause."

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