Once upon a time in Hollywood: Tarantino ou le triomphe du mâle alpha

Once upon a time in Hollywood: Tarantino ou le triomphe du mâle alpha
Once upon a time in Hollywood: Tarantino ou le triomphe du mâle alpha - © Tous droits réservés

En ce long et pluvieux weekend, vous serez peut-être tenté.e.s de vous faire une toile. Çà tombe bien, le dernier film de Quentin Tarantino, Once upon a time… in Hollywood, vient de sortir sur nos écrans et fait salle comble. Il faudra pourtant supporter quelques travers scénaristiques… Première étrangeté: les femmes sont montrées la plupart du temps à moitié nues et pieds nus alors que les hommes ont tout à fait trouvé des affaires à porter. Et même des chaussures. Outre la manière dont elles sont habillées, la manière dont elles sont filmées relève typiquement du " male gaze ", ou regard masculin. Ce concept explique comment la culture dominante impose la perspective des hommes hétérosexuels. Dans le film de Tarantino, ce regard masculin sur les femmes signifie des gros plans et des longs travellings sur leurs fesses, leurs cuisses et leurs pieds. Autant de plans qui transforment les actrices en objets sexuels. Le personnage de Pussycat (sic) est particulièrement intéressant puisqu’un long dialogue nous apprend qu’elle est mineure, ce qui n’empêche pas de l’hypersexualiser dans les dialogues qu’on lui a écrits, les mimiques qu’on lui fait faire et la manière dont la caméra de Tarantino la filme, notamment par derrière, à hauteur des fesses (oui, encore).


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Le féminicide comme ressort comique

Il y a " mieux ". Il se trouve que le personnage de Cliff Booth, interprété par Brad Pitt, a assassiné sa femme. Cet événement servira de ressort comique durant tout le film, par exemple quand Bruce Lee veut se battre avec Brad Pitt (quels hommes !) et qu’on le prévient en lui disant " Tu es sûr de vouloir te battre avec lui ? Il est connu parce qu’il assassiné sa femme et s’en est sorti ". Rires gras dans la salle. Pire, le seul flashback qui revient sur le meurtre montre sa femme se disputant avec lui. Suivi d’un gros plan sur le visage de Brad Pitt qui tient une arme dans ses mains et semble bien sur le point de la tuer. Autres rires gras dans la salle. Cette scène semble accréditer la thèse masculiniste selon laquelle les hommes tuent les femmes parce qu’elles les emmerdent alors que les hommes tuent les femmes parce qu’ils les dominent. En France, plus de 90 femmes ont été assassinées par leur compagnon ou ex-compagnon rien que cette année. En Belgique, 15 femmes sont mortes en 2019 à cause de la violence des hommes, souvent ceux qui leur sont le plus proche. Des actes que l’on appelle féminicides (tuer une femme parce qu’elle est une femme), que l’on a encore du mal à visibiliser et qui ne devraient donc pas participer à nous marrer devant un seau de pop-corn. Ou en tout cas pas en faisant porter la responsabilité de son propre meurtre sur la femme. Moquons-nous du tueur pour une fois, ce qui n’est pas fait ici, Brad Pitt étant l’un des héros.

Il s’agit d’un film de Tarantino, on ne s’étonnera donc pas qu’il soit violent. Mais cette violence est essentiellement exercée par les personnages de Leonardo DiCaprio et Brad Pitt. DiCaprio joue un acteur sur le déclin qui ne joue dans ses films que des gros macho passant leur son temps à tirer sur tout ce qui bouge, au revolver ou au lance-flamme (quel homme !). Le personnage de Brad Pitt est quant à lui violent dans la vraie vie, notamment en tabassant du hippie. Il faut dire que le duo passe son temps à cracher sur le mouvement hippie, une attitude qui résonne drôlement en 2019 où les militant.e.s écologistes doivent encore supporter pas mal d’insultes également et que le film nous place du côté des gens qui insultent, les vrais (anti-)héros de l’histoire, tellement attachants.

Racisme ordinaire

Dans le film de Tarantino, les Italiens sont des " Ritals ", on ne " pleure pas devant les Mexicains " (pourquoi pas ?), et Polanski est un réalisateur polonais qui a beaucoup d’amis polonais (vous avez compris qu’il était polonais ou il faut encore préciser à quel point il est polonais ?). Que dire du personnage de Bruce Lee, caricaturé à l’extrême et qui sert à lui tout seul de ressort comique. C’est bien simple : dès qu’il ouvre la bouche, la salle est pliée de rire. Il finira à terre, vaincu par l’homme blanc.

Dans une longue scène dont le seul but doit être de nous faire dire " Quel homme ! ", Cliff Booth (Brad Pitt) met encore de la nourriture sous le nez de son chien mais le menace s’il ose vouloir manger.

Contexte

Tarantino n’avait pas trop apprécié quand une journaliste avait légitimement demandé à Cannes pourquoi Margot Robbie (qui interprète Sharon Tate) avait si peu de répliques dans le film. C’est pourtant elle qu’on voit de plein pied sur plusieurs versions de l’affiche du film. Tout cela à mettre en lien avec les révélations d’Uma Thurman qui a expliqué comment le réalisateur l’avait forcée à faire une cascade dangereuse sur le plateau de Kill Bill, une scène qu’elle ne voulait pas faire et qui l’avait blessée. Elle a pourtant toujours été considérée comme une de ses muses par les critiques du cinéma. Une muse quelque peu violentée puisqu’elle a également raconté comment Tarantino jouait lui-même certaines scènes de violence à son égard à la place des acteurs, c’est ainsi qu’il lui a craché dessus et qu’il l’a étranglée, ce qui est également arrivé à Diane Kruger sur le tournage d’Inglourious Basterds. Mais que sont quelques femmes agressées au regard d’un chouette moment cinéma ? Dans la longue série " c’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous ça veut dire beaucoup ", ajoutons encore que parmi tous les acteurs possibles, Tarantino a choisi d’engager Emile Hirsch pour jouer Jay Sebring dans le film. Cet acteur a plaidé coupable d’avoir… étranglée une femme au Festival du film de Sundance de 2015. Tarantino a également pris la défense de Roman Polanski, accusé de viol sur mineure par plusieurs femmes. Sans oublier Rose McGowan qui a révélé comment le réalisateur lui avait régulièrement dit en public qu’il se masturbait sur les images de ses pieds dans le film Jawbreaker. Vous serez d’ailleurs inondé.e.s par des images de pieds nus féminins dans Once upon, a time…in Hollywood.

Le sexisme tue, le racisme tue et le cinéma est politique. Il paraît que le film de Tarantino montre la nostalgie pour une époque révolue, celles des sixties, et qu’il nous en offre sa propre vision (ces chouettes années où on pouvait encore tabasser du hippie, insulter les Italiens et où les femmes se baladaient en nuisette). Quand on la voit à travers les yeux des hommes, cela donne plutôt envie de se réjouir que cette période soit derrière nous.

 

Camille Wernaers est chargée de projet au sein de l'asbl Amazone et journaliste

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